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Je n’ai pas lu le palmarès des écoles

Après quelques années d’absence, le Journal de Montréal a ressuscité le tristement célèbre Palmarès des écoles secondaires. Et, pour tout vous dire, je ne me suis pas donné la peine de le consulter. J’ai seulement vu passer l’annonce de sa parution.

Pourquoi? Parce que ce classement des écoles n’en est pas vraiment un. On ne compare pas des écoles entre elles, ce qu’on compare ce sont les élèves qui les fréquentent, les familles et le milieu social dont ils sont issus. Point à la ligne.

Sélection artificielle

Sans surprise et sans avoir lu, je peux déjà vous dire qu’au sommet de ce palmarès vous avez retrouvé une poignée d’écoles privées prestigieuses qui sélectionnent scrupuleusement leurs élèves à l’entrée et quelques écoles publiques qui, sous prétexte d’être «internationales» s’adonnent au même jeu.

Et c’est sans surprise également qu’on observe à la cave du classement des écoles situées en milieu défavorisé, ou qui accueillent des proportions importantes d’élèves en difficulté. Et au milieu, des écoles «écrémées» qui se démènent pour faire réussir leurs élèves dans des conditions qui varient beaucoup d’un milieu à l’autre.

Services locaux

Un peu fatigué de me faire parler des comparaisons entre écoles publiques et privées de notre région, j’avais déjà suggéré à ma commission scolaire de retirer le programme d’éducation internationale de la «juridiction» de la Polyvalente Saint-Jérôme et d’en faire une école distincte, avec sa propre direction, son propre conseil d’établissement.

Données à l’appui, j’avais fait la démonstration que cette nouvelle «école» aurait neuf années sur dix été la «meilleure» école secondaire des Laurentides, selon les critères du Palmarès. Vous comprenez que je n’étais pas sérieux avec cette proposition mais que je voulais seulement démontrer comment il pouvait être facile de se donner une belle image sans faire réussir un seul élève de plus…

Pas pour s’améliorer

Les auteurs du Palmarès des écoles secondaires prétendent qu’ils fournissent aux parents des outils pour mieux choisir l’école de leurs enfants. Ils veulent ainsi favoriser la concurrence entre les établissements, affirmant que celle-ci est saine et pousse les écoles à s’améliorer. Or voilà: cela est faux.

Dans un tel système, les écoles qui s’améliorent le font trop souvent au détriment des autres en leur soutirant leurs meilleurs élèves. En réalité, la réussite globale des élèves d’un territoire donné ne s’améliore pas, il n’y a que des écarts qui se creusent.

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Si la concurrence fonctionnait vraiment, Montréal, qui compte le plus fort pourcentage d’élèves au Québec fréquentant le privé ou une école publique sélective, on parle d’un élève sur trois, devrait avoir les meilleurs taux de réussite. Ce n’est pas le cas : les écarts de réussite entre le privé et le public y sont énormes, mais au total les élèves montréalais réussissent moins bien que ceux du l’ensemble du Québec.

L’éducation n’est pas une marchandise

La concurrence entre écoles et les palmarès qui l’alimentent créent à la longue des inégalités sociales en favorisant un système à deux vitesses. L’éducation n’est pas une marchandise. La recette pour se retrouver aux premiers rangs des classements est connue : n’accepter que les meilleurs élèves, issus de familles prêtes et capables d’y mettre le prix, exclure de la sélection les élèves en grande difficulté, expulser les élèves les plus difficiles.

Désolé, mais ce n’est pas ma vision de l’éducation. L’école publique ordinaire et ceux qui y travaillent n’a pas besoin d’être jugée ou pointée du doigt.

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