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Éducation, Réflexions, Topos

La fusion des commissions scolaires: le sort en est jeté

À l'image de la piste du P'tit Train du Nord, il n'y aura bientôt plus qu'une seule commission scolaire de Saint-Jérôme à Mont-Laurier.

Le sort en est jeté: la carte scolaire des Laurentides telle que nous la connaissions depuis 1998 risque de changer de façon dramatique.

Le ministre avait déjà annoncé la fusion des commissions scolaires de la Rivière-du-Nord (CSRDN), des Laurentides (CSL) et Pierre-Neveu (CSPN), mais voilà qu’on apprend qu’il compte également amputer l’actuelle CSRDN d’une partie de son territoire.

En effet, les écoles primaires et l’école secondaire de la ville de Mirabel situées sur le territoire de la CS de la Rivière-du-Nord seraient annexées à la commission scolaire de la Seigneurie des Mille-Iles (CSSMI) dont le siège social est situé à Saint-Eustache.

Une seule commission scolaire pour les Laurentides

Drôle de retour de l’histoire, puisqu’il y un peu plus de dix ans, le conseil municipal de Mirabel avait adopté une résolution souhaitant que toutes les écoles de son territoire soient rattachées à la CSSMI, ce à quoi s’étaient vivement opposés les conseils d’établissement et les parents des écoles primaires de Saint-Janvier et Saint-Hermas.

Enfin voilà: ce qui est pratiquement assuré c’est qu’il n’y aura plus qu’une seule organisation responsable de l’organisation des services éducatifs pour tout le territoire situé entre St-Jérôme et Mont-Laurier et une autre, au sud de St-Jérôme. Cette réorganisation majeure n’est pas sans soulever un certain nombre de questions. Voici les premières qui me viennent en tête :

  • Qu’est-ce qui arrivera avec les élèves de Mirabel qui fréquentent actuellement une école de Saint-Jérôme dans le cadre de programmes particuliers comme l’international à la Poly St-Jérôme, le profil hockey à Cap-Jeunesse ou le football à Saint-Stanislas?
  • Peut-on penser que des élèves actuellement inscrits dans les CS au nord de Saint-Jérôme pourront aussi fréquenter ces programmes et auront droit eux aussi au transport ?
  • Est-ce qu’on va conserver des bureaux administratifs sur tout le territoire, à Saint-Jérôme, Sainte-Agathe et Mont-Laurier ? Où sera situé le siège social ? À Saint-Jérôme, où il y a une population plus nombreuse ou à Sainte-Agathe, beaucoup plus centrale ? Combien de personnes seront déplacées ou de postes abolis ?
  • Que se passera-t-il avec les commissaires et les présidents nouvellement élus des commissions scolaires existantes ?
  • Comment va-t-on disposer des postes qui se dédoubleront ? Qui sera directeur général ? Qui gardera son titre de directeur de service, qui le perdra ? Assistera-t-on à des guerres intestines, des chicanes de clocher ?
  • Comment va-t-on harmoniser l’offre de services aux élèves en difficulté afin de la rendre équitable et accessible pour tous les élèves du territoire alors qu’actuellement cette offre est variable et inégale d’une CS à l’autre ?
  • De quelle façon s’y prendra-t-on pour affecter les enseignants dans les écoles ? Y aura-t-il des contraintes liées à la distance ? Et pour les directions d’écoles ? Les orthophonistes? Les psychologues?
  • Comment va s’organiser le transport scolaire sur un aussi vaste territoire ? La gestion des ressources humaines ? L’organisation de la suppléance ? L’entretien des bâtiments ?

J’arrête ici ma liste, elle pourrait s’allonger si je prenais juste un peu plus de temps pour réfléchir.

Des structures, mais la réussite?

À l’heure où, après des années de travail, les taux de diplomation et de persévérance scolaire s’améliorent enfin dans les Laurentides, plus même qu’ailleurs au Québec, il est malheureux de constater qu’une partie importante des efforts et des ressources du milieu scolaire sera détournée des enjeux de réussite au profit d’improductifs débats de structures.

Ce phénomène de détournement a été observé lors des dernières grandes fusions en 1998 quand on a diminué de moitié le nombre de commissions scolaires. Tout le monde était préoccupé par les transformations en cours, les impacts possibles sur leur travail. Des milliers d’heures de réunions, de tractations, de réécriture de politiques, d’adaptation ont été consacrées aux changements de structures.

Les taux de réussite et de persévérance avaient alors chuté de façon significative dans les années qui avaient suivi. C’est ce qui arrive quand les préoccupations de nature administrative prennent le pas et font ombrage à la mission éducative.

Un brassage qui ne profite pas aux élèves

La descente avait été particulièrement dramatique dans la région de St-Jérôme. Il aura ensuite fallu presque dix ans pour ramener la réussite là où elle était avant le grand brassage de structures de ‘98.  Ce n’est que depuis cinq ans environ que la tendance à la hausse, par rapport au niveau de 1998, se concrétise. Plus lentement au début, puis progressivement.

Pendant ces années difficiles où le secteur public se restructurait à force d’essais et d’erreurs et que la réussite des élèves écopait, le secteur privé a profité du contexte, supporté notamment par le palmarès des écoles, pour refaire le plein d’élèves. Cette descente du secteur public a été suivie à la loupe par les médias, dénoncée, sans tenir compte des contextes. On s’est alors lancé dans le jeu des comparaisons et les dénonciations de toutes sortes, accentuant une certaine dévalorisation de l’école publique aux yeux de la population, jetant ainsi les bases sur lesquelles d’autres ont souhaité assujettir le milieu scolaire aux lois du marché et de la concurrence.

Un risque sérieux pour le public

Alors voilà, je souhaite très sincèrement que nos dirigeants, qu’ils oeuvrent aux niveaux scolaire, municipal, provincial ou qu’ils proviennent de la société civile,  sachent profiter des leçons de l’histoire pour éviter que les jeunes les plus vulnérables des territoires dont ils ont la responsabilité paient encore une fois pour un exercice de restructuration qui pourrait se réaliser au détriment de la mission éducative.

Pour éviter que les mêmes causes, bien connues, ne nous mènent aux mêmes résultats, bien documentés, j’enjoins nos dirigeants et les encourage, car il faudra du courage, à garder le cap sur la pédagogie et la réussite en ces périodes troubles qui les attendent et qu’ils ne prennent pas pour acquis les progrès des dernières années.

Ce qu’on risque à mon sens, c’est ni plus ni moins qu’une implosion de notre système public d’éducation, la consolidation d’une école publique à deux vitesses et un accroissement des inégalités scolaires et sociales.

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