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Chroniques, Culture, Réflexions, Topos

L’art n’est pas un sondage

Les artistes le disent et le répètent: ils créent pour eux avant tout. Pour se libérer, s’exprimer, se réinventer. Pour vivre.  Et pour toucher l’autre. Le secouer, le faire réfléchir, l’amuser. Pour qu’il se sente vivant lui aussi à son tour. Ces deux réalités sont les deux faces d’une même pièce.  Elles cohabitent dans une harmonie relative.

Parfois, malheureusement, la face cachée de l’art, le commerce, prend trop de place au point d’ébranler les raisons pour lesquelles le geste artistique doit être motivé. Oui, l’art est une industrie, mais quand ce fragile équilibre se rompt au point où les critères de l’existence même d’une oeuvre se voient réduits à sa plus simple expression soit l’argent, il y a lieu de s’inquiéter, de s’indigner.

L’art ne demande rien

Un artiste ne doit jamais se soucier de que le public veut, de ce que le public pense. Car s’il tombe dans ce piège, il se pliera à autre chose qu’à son instinct, son art. Et il ne sera plus que l’ombre de lui-même. Une loque rampante qui s’excuse presque d’exister, quémandant sa raison d’être, cognant aux portes pour connaitre les désirs de l’un, les goûts de l’autre.

On n’écrit pas un livre comme on répare un évier; on ne peint pas une toile comme on fabrique des souliers.

Une espèce de mutant, croisement entre l’itinérant et le vendeur d’assurances.  Les artistes sont l’âme d’un peuple, ses racines, son coeur surtout. Ils voient et entendent des choses que peu de gens prennent le temps d’observer.  Leurs antennes captent des sons, des paroles, des phrases, des images, des idées, des rêves, des visions.

L’art n’a pas de patron

Nous devons apprendre à nous arrêter, à mettre la pédale douce à nos vies un peu folles.  Pour être témoin de l’art qui nous entoure.  Souvent, on aimera. Et tout aussi souvent, nous serons déçus. Et c’est correct. C’est même souhaité.  L’unanimité est souvent suspecte.

Quand un geste artistique est posé, nous devons être là pour l’accueillir.  S’il résonne en nous, il marquera quelque chose, inscrira avec force un moment-clé dans nos vies. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas un crime. Peut-être le sera-t-il dans quelques années?  Quelques siècles? Jamais? On ne le sait pas. On ne doit jamais chercher à le savoir.  L’artiste n’est pas un ouvrier. Il n’a pas de patron. Oui, il est un artisan. Il travaille sans relâche à peaufiner son art, mais il le fait pour lui, pour son plaisir, son bonheur, pour donner du sens.

L’art n’est pas un menu de restaurant

Dans un monde où les artistes sont malmenés par un gouvernement qui les voit comme une menace, ils se doivent d’être encore plus forts, plus solidaires, sans pitié. Ils doivent répliquer, même si c’est loin d’être facile, avec une vigueur renouvelée, un idéal inébranlable.  On n’écrit pas un livre comme on répare un évier; on ne peint pas une toile comme on fabrique des souliers.  Créer une oeuvre ne se fait pas à l’aide d’un vox pop où tout un chacun explique ce qu’il aimerait. L’art n’est pas un menu de restaurant. Il n’y a qu’un seul sens, une seule direction : de l’artiste vers le public. Pas l’inverse.

Le jour où ces deux pôles inséparables seront inversés, l’espoir fondra comme neige au soleil. Le réchauffement ne sera pas que climatique, il pourrait être aussi artistique. Soyons vigilants. Laissons l’art s’exprimer et acceptons-le pour ce qu’il est : un miroir de ce que nous sommes et non pas un clone de nos moindres désirs.

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