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Chroniques, Éducation, Topos

Moins d’élèves par classe, ça fait vraiment une différence?

Lorsque le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, ou le porte-parole patronal à la table de négociation, Me Bernard Tremblay, nous disent que la réduction du nombre d’élèves par classe n’a pas eu les effets attendus sur la réussite des élèves, ils ont raison.

Quand le ministre rapporte l’état de la recherche sur la question,  à savoir que la diminution universelle des ratios est une mesure coûteuse aux effets très limités, il a aussi raison. Aucune donnée, malheureusement, ne permet de lier la diminution des ratios à l’amélioration de la réussite, sauf dans certains contextes très particuliers. Les diminutions doivent alors être importantes, de l’ordre du tiers au moins, être faites en milieu défavorisé et dans les classes du début du primaire.

L’utilisation de la recherche

Par ailleurs, qu’on me comprenne bien : je ne cherche pas à me servir de la recherche pour justifier la proposition d’augmentation des ratios mise sur la table par le gouvernement. Je veux principalement dénoncer l’utilisation des résultats de recherche à des fins de petite politique politicienne.

Car, voyez-vous, l’état de la recherche sur le nombre d’élèves dans les classes est connu depuis le début des années 1990. Il l’était donc sous le règne de François Legault au ministère de l’Éducation, qui a lancé en 1999 le mouvement de réduction de la taille des classes au primaire en milieu défavorisé et sous celui de Michèle Courchesne qui l’a étendu à l’ensemble des classes du primaire et du 1er cycle du secondaire.

Réduire du tiers

Si on avait alors trouvé important de vraiment tenir compte des travaux des chercheurs, il aurait fallu dès lors, comme je l’ai mentionné plus haut, réduire de plus du tiers le nombre d’élèves par classe pour obtenir certains effets positifs sur la réussite, mais seulement en milieu défavorisé et pour les élèves les plus jeunes.

C’était et c’est toujours ce que dit la recherche à ce sujet. Et même là, les effets ne seraient pas des plus spectaculaires si on ne les accompagnait pas de stratégies d’enseignement efficace.

15 élèves par groupe

Bref, on aurait dû lire et tenir compte de la recherche là-dessus il y a 20 ans, non pas attendre à aujourd’hui pour invoquer ces travaux, en pleine période d’austérité pour justifier les coupes. Dire haut et fort aujourd’hui que le nombre d’enfants par classe n’a que peu ou pas d’effets et à gros prix, c’est affirmer que la décision de réduire ces ratios, de la façon dont on l’a fait, était mauvaise dès le départ.

En toute logique, et pour tenir compte de la recherche jusqu’au bout, il ne faudrait pas abolir les baisses de ratio : il faudrait les bonifier en milieu défavorisé, en y ramenant les maximum par groupe à 15 élèves en maternelle et au 1er cycle du primaire et revenir au statu quo ailleurs.

La recherche, on ne l’écoute pas

La question du nombre d’élèves par classe n’est pas la seule où les gouvernements successifs auraient dû prêter une oreille plus attentive à la recherche. En voici quelques-unes :

  • Aide aux devoirs: Quelques centaines de millions de dollars ont été investis dans l’aide aux devoirs au primaire, alors qu’aucune recherche digne de ce nom ne le justifie et démontre l’effet de cette mesure sur la réussite au primaire. Avoir tenu compte de la recherche, c’est au second cycle du secondaire qu’il aurait fallu investir d’abord ;
  • TBI: Des centaines de millions ont été dépensés pour installer des tableaux blancs interactifs quand les effets de cette technologie sur l’apprentissage restent à démontrer ;
  • Décrochage: On a investi trois-quarts de milliards dans un projet pour contrer le décrochage, connu sous le nom : « Agir autrement », alors que l’évaluation de cette mesure a démontré que les élèves fréquentant les écoles qui l’avaient le mieux implantée avaient de moins bons résultats au plan scolaire et de la persévérance que ceux des élèves des écoles l’ayant moins bien implanté. Comme un vaccin qui non seulement ne soulage pas, mais trouve le moyen de retarder la guérison ;
  • Des minutes de plus: On a littéralement gaspillé plus de 150 millions de dollars par année depuis 2003 pour ajouter de 3 à 5 minutes d’enseignement de plus par période au primaire, sans ajouter une minute de plus pour l’enseignement du français et des mathématiques, sous prétexte d’améliorer la réussite ;
  • Financer le privé: On continue de financer un système privé d’éducation qui n’assume pas toutes ses responsabilités sociales vis-à-vis tous les enfants, sous prétexte que les parents paient et que cela engendre des économies à court terme alors que dans les faits il découle de cette ghettoïsation par le haut des coûts sociaux de beaucoup supérieurs aux économies réalisées.

Je ne prétends pas que ces mesures, dans certains cas contre-productives, n’ont produit absolument aucun résultat, mais que ceux-ci sont minimes, pratiquement immatériels dans certains cas et qu’il faut voir si d’autres actions n’auraient pas eu un impact beaucoup plus important, souvent à coût moindre.

Un BAPE de l’éducation?

Force est d’admettre que les quelques programmes énoncés précédemment ne résisteraient pas longtemps à une analyse coût-bénéfices rigoureuse.

Le gouvernement du Québec serait mieux avisé s’il avait recyclé une petite partie seulement de ces sommes pour mettre sur pied un Institut scientifique national de l’Éducation publique qu’il s’obligerait à consulter avant de lancer des programmes coûteux ou des mesures à grande échelle. Après tout, il le fait avec le BAPE en matière d’environnement.

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