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Éducation, Topos

La concurrence en éducation: une bonne idée pour améliorer l’école publique ?

Marc St-Pierre est chargé d’enseignement en administration scolaire à l’Université du Québec en Outaouais, consultant en éducation et administrateur scolaire retraité. Il contribue de temps à autre à TopoLocal pour brasser des idées.

La concurrence en éducation est utile et donne de bons résultats car elle pousse l’école publique à innover et à s’améliorer, en plus d’élargir les choix offerts aux parents, nous rappellent ponctuellement certains chroniqueurs.

Mais pourquoi alors le Québec, champion canadien de l’école privée et de la liberté de choix, n’affiche-t-il pas les meilleurs taux de persévérance et de diplomation au Canada ?

Pourquoi les écoles secondaires publiques de l’île de Montréal ne sont-elles pas les plus performantes au Québec puisqu’elles sont celles qui bénéficient le plus de cette saine émulation avec l’école privée, qui attire, rappelons-le, le tiers des élèves montréalais ?

Peut-être pas une bonne idée

Peut-être parce que la concurrence en éducation n’est pas une bonne idée. Peut-être parce que l’émergence d’un marché de l’éducation crée plus de problèmes qu’il n’apporte de solutions; qu’il a des effets délétères sur la réussite globale au Québec parce qu’il creuse les écarts entre les élèves en fonction des conditions de leur naissance, du lieu où ils vivent et des revenus de leurs parents.

Notre système, tel qu’il est conçu et qu’il s’articule, crée de l’échec et mine lui-même ses propres efforts de redressement.

Le déficit éducatif au Québec n’est pas conjoncturel, il est structurel. La concurrence entre les établissements et l’école privée rendue abordable grâce à un niveau de financement sans précédent au Canada, ont favorisé le développement d’un réseau parallèle d’éducation et l’émergence au public de projets particuliers souvent sélectifs, parfois même à leur propre insu. Pour preuve, les élèves en difficulté ou issus de milieux défavorisés y sont généralement sous-représentés. Tout cela mine et tire vers le bas les résultats scolaires et hypothèque l’avenir de ceux et celles qui comptent parmi les plus vulnérables de notre société.

Notre système, tel qu’il est conçu et qu’il s’articule, crée de l’échec et mine lui-même ses propres efforts de redressement, comme un quasi-noyé qui se tire vers le fond du lac tout en se débattant pour rester en surface. Avec les efforts et les ressources consenties depuis 10 ans, dans un «marché de l’éducation» qui aurait été comparable à celui de l’Ontario, nous serions rendus beaucoup plus loin encore en terme de taux de diplomation.

Tirer vers le haut les plus favorisés

Au rythme actuel, ce que nous risquons de léguer aux générations futures, c’est une société où la détermination sociale de la réussite créera des fractures, d’abord scolaires, et puis sociales. Aveuglés par l’obsession et la peur du nivellement par le bas, nous voilà tirant vers le haut les plus favorisés, et vers le bas ceux qui le sont moins.

Je fais le constat amer que la volonté politique nécessaire pour changer véritablement ces choses n’existe pas. L’école publique est à risque et condamnée à une autre de ces réformes coûteuses qui ne papillonnera qu’en périphérie des véritables problèmes. Dans l’euphorie des grands changements, nos dirigeants se soulageront la conscience.

Comme on est loin de cette école que Camille Laurin aurait voulu communautaire, autonome et responsable.

La responsabilité de faire réussir tous les élèves d’un territoire donné serait équitablement partagée et perçue comme une incontournable responsabilité sociale.

Pourtant, pour peu que nos politiques publiques en éducation s’appuieraient sur des données probantes, sur des preuves vérifiées empiriquement, l’espoir pourrait renaître, un dialogue pourrait s’établir. Si nos programmes d’études, la formation de nos maîtres, la façon dont on enseigne et on éduque de la maternelle au secondaire prenaient appui sur des approches dont les effets véritables ont été vérifiés, mesurés; si nos enseignants prenaient acte de ces connaissances issues de la recherche pour y asseoir leur autorité de pédagogue et leur autonomie professionnelle, alors il y aurait une lumière au bout du tunnel.

La responsabilité de faire réussir tous les élèves d’un territoire donné serait équitablement partagée et perçue comme une incontournable responsabilité sociale portée par tous les réseaux et chacun de leurs établissements, publics ou privés.

J’en suis là: à rêver d’un système d’éducation à l’épreuve des ministres qui passent, des intérêts particuliers, des colporteurs de légendes pédagogiques et des petits journaux qui carburent à l’indignation et attisent ce mépris de l’école publique qui profite à l’exode vers le privé.

Je rêve d’un gouvernement des sages en éducation, qui tirerait sa légitimité des avis éclairés et neutres d’un institut scientifique national d’éducation publique, indépendant et à l’abri des interférences de la politique politicienne.

Je rêve pour tous les enfants du Québec d’une école publique, inclusive, communautaire où tous auraient droit gratuitement à la meilleure éducation possible, dans les meilleures conditions possibles, toutes origines et conditions sociales ou personnelles confondues.

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