Personnes, Topos

Le dernier discours de Louise Faubert

Le samedi 18 avril, un peu plus de 200 personnes se sont retrouvées dans la nef du Méridien 74, autrefois l’église de la paroisse Sainte-Marcelle. Ils y ont été invités par feue Louise Faubert, décédée quelques jours plus tôt. Une femme remarquable qui, fidèle à elle-même, a voulu choisir ce qui se dirait à ses funérailles.

Comme elle le souhaitait, beaucoup de ses amis se sont retrouvés pour entendre témoignages, musiques et paroles. Son objectif était de laisser à ses semblables quelques éléments de réflexion, puis de leur permettre de la saluer en levant leurs verres dans la joie.

Dans la mort comme dans la vie, Louise Faubert ne ratait pas ses objectifs. Voici son dernier discours.

 

Mon dernier discours

Écoutez-moi bien là!

Ne craignez rien, je serai brève. Je n’étais certainement pas pour prendre le risque de laisser quelqu’un d’autre faire le sermon ou l’homélie ou le bien-cuit.

J’ai une faveur à vous demander. Quand vous entendrez ce qui suit, je ne sais pas trop où je serai, mais j’espère pouvoir tout surveiller. Je suis sceptique relativement à l’éternité. J’aimerais bien être au moins quelque part au ciel ou dans une autre galaxie. J’ai une autre idée à vous suggérer.

L’esprit et l’énergie de plusieurs personnes que j’ai connues et aimées et qui sont décédées, m’ont souvent guidée, animée et inspirée tout au long de ma vie. La meilleure façon de m’éterniser serait-elle que mon énergie et esprit vous animent, de façon à ce que vous poursuiviez mon allégeance à ma ville et ses organismes, qui s’appliquent à augmenter le bien-être,  le plaisir et la joie de tous et chacun.

Ainsi, d’une génération à une autre, je serais toujours de ce monde. Ce que j’aimerais bien, car l’autre concept d’éternité lointaine m’inquiète. On est en plein inconnu.

L’éternité par exemple, selon Woody Allen, «c’est bien long, surtout vers la fin». Alors, j’aimerais beaucoup mieux continuer de vivre en chacun de vous. Je suis croyante certes, mais pour moi la plus belle et la plus vraie des cathédrales, selon la compréhension de mon petit catéchisme, c’est celle où des personnes s’unissent pour rendre grâce tout en réfléchissant sur des moyens concrets qui amélioreront la qualité de vie des gens de leur communauté.

Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi le «Méridien 74» pour mes funérailles. Ici, on accueille, on écoute, on respecte, on pense, on médite, on chante, on aime. Ici on est chez nous. C’est ma cathédrale, mon refuge, mon nouveau bureau.

Dieu ne semble pas tellement interventionniste, sinon, personne ne mourrait de famine et de soif. Aucun enfant, aucune personne n’aurait à souffrir avant de mourir. Je sais de quoi je parle, je n’ai pas du tout apprécié mes souffrances pendant 4 jours et mourir si vite.

Dès maintenant, vous n’aurez pas de difficulté à le croire, je suis déjà en train d’argumenter pour faire changer cette façon de faire! Rendez grâce avec moi pour mes 79 ans bien remplis, méditons et quand nous sortirons d’ici, il faudra passer à l’action. N’attendons point l’intervention divinement magique. Notre dignité découle de notre liberté de choix à parfaire notre monde.

Regroupons-nous régulièrement ici ou ailleurs pour rendre grâce, penser et réaliser un projet innovateur. L’église, ou autres endroits de culte, pourraient non seulement servir à la communauté pour chanter des louanges au Créateur, mais aussi pour héberger, chauffer, supporter, encourager, nourrir, planifier, rechercher, écouter et tendre la main. La religion est un moyen et non une fin.

Je rêve d‘un catholicisme chrétien qui croit et agit pour l’égalité de la femme et de l’homme et qui a pour priorité la dignité de chacun. Il est grand temps que la femme soit au coeur de toutes les décisions et orientations à tous les paliers, spirituel et politique. Un évêque m’a déjà invitée à siéger sur un comité pour une campagne de financement. J’ai répondu que j’accepterais le jour où les femmes auront les mêmes privilèges que les hommes au sein de la hiérarchie ecclésiastique.

Depuis, le téléphone est resté muet. La spiritualité recherchée, je la retrouve ici, c’est l’Ouverture, le Respect, l’Éveil, la Conscience et l’Engagement.

Merci de tout coeur à tous ceux et celles avec qui nous formions une bande de joyeux complices dans nos actions. Merci à vous tous et toutes qui m’avez sincèrement aimée en me gardant constamment en éveil et me donnant la possibilité d’utiliser l’ensemble de mes compétences tout en respectant mon petit, certain diront gros, côté «mère supérieure».

J‘ai une pensée particulière pour le notaire Jean-Paul Léonard qui fut mon premier patron et qui m’a accordé le précieux privilège d’utiliser l’ensemble de mes compétences. Il ne me considérait pas comme SA secrétaire. Il était notaire, j’étais secrétaire, nos responsabilités étaient complémentaires. Il ne craignait aucunement de partager son pouvoir et son autorité avec une femme.

Mes très chers, l’éternité ne sera pas de trop pour que je puisse poursuivre avec vous nos amitiés, nos amours, nos recherches, nos engagements. Je vous en prie, éternisez-moi en laissant mon énergie libérée de mon corps blessé vous inspirer. Je vous serre bien fort contre moi, je vous embrasse et je vous dis à bientôt.

Oups! Un instant, un instant, pour être fidèle à ma réputation, je dois ajouter quelques mots. Non je n’ai pas fumé de pot avant de rédiger ce texte. Réjouissez-vous, ce sont mes dernières directives!!!

Avant de quitter, écoutons trois textes de Khalil Gibran sur la religion, la mort et l’amitié, la chanson de Ferrat Tu aurais pu vivre encore un peu, ce que j’aurais souhaité, et ensuite avant de me laisser paisiblement sous les pins, amusons-nous  joyeusement selon la philosophie de Butucada, chantée par Moustaki!

C’est mon dernier repas avec vous, alors n’oubliez surtout pas de lever vos verres dans la joie, en mémoire de moi!

Louise alias Lélou

https://youtu.be/DbeRF–jQpM

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