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Personnes, Politique, Topos

Oui aux Forces armées mais…

Les médailles de Léo Major, un héros de guerre québécois dont on parle peu au Québec.

Selon un sondage Léger Marketing de 2010,  42 % des Québécois se disaient fiers des réalisations des Forces armées canadiennes comparativement à près de 60 % dans le reste du pays.

Même si ces chiffres montrent que les Québécois sont plutôt distants vis-à-vis les Forces armées canadiennes, cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient réfractaires à tout ce qui est militaire.

«C’est plutôt l’utilisation que les gouvernements font des Forces armées qui est critiquée», explique Alec Castonguay, chef du bureau politique du magazine L’actualité et spécialiste en matière de défense nationale.

En effet, les Québécois, comme dans le reste du Canada d’ailleurs, respectent énormément les militaires et ont en général une perception positive de leur travail. «Mais lorsque leurs missions deviennent moindrement offensives, les Québécois sont davantage sur leur garde», ajoute le spécialiste.

Alec Castonguay juge que cette distance face à l’armée relève d’un contexte historique. Les conscriptions des deux guerres mondiales et l’arrivée des chars d’assaut dans la ville de Montréal pour chasser le Front de Libération du Québec (FLQ) lors de la crise d’Octobre de 1970 auraient grandement contribué au «traumatisme social».

«Il y a quelque chose qui s’est brisé dans la confiance que les Québécois avaient en l’institution militaire», ajoute Castonguay.

La guerre des autres

Il y a aussi le fait que les guerres étaient celles des autres et que les Québécois ne se sentaient pas concernés. Annick Labelle, enseignante du cours Guerres et conflits au secondaire, estime que la raison pour laquelle le Québec est moins favorable à la question militaire c’est qu’il ne désire pas participer à des conflits qui ne le regardent pas directement.

«Le grand-père de mon amoureux s’était caché dans le bois et avait changé de nom pour ne pas participer à la guerre», témoigne l’enseignante. Elle ajoute que «l’histoire a vu les Anglais et les Français combattre entre eux à de nombreuses reprises», et ceci expliquerait le malaise des Québécois à participer aux guerres anglaises.

Mme Labelle soutient également que le patriotisme des Québécois envers le Canada est moins fort que dans le reste du pays. À cet égard, Miguel Tremblay, physicien de formation, candidat d’Option nationale lors des élections de 2012 et passionné d’histoire, se désole du manque d’héros militaires dans l’imaginaire québécois.

« On dirait qu’au Québec, il y a un refus d’accepter son passé militaire », déplore Miguel Tremblay.

Pour appuyer ces propos, il raconte l’histoire de Léo Major, soldat québécois qui à lui seul, a libéré la ville de Zwolle au Pays-Bas durant la Seconde Guerre mondiale. L’homme est totalement inconnu au pays tandis qu’en Europe, il est une vraie légende.

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Un Rambo québécois

Il est notamment l’un des trois seuls soldats du Commonwealth et le seul Canadien à avoir reçu deux médailles de conduites distinguées, soit la deuxième décoration britannique en importance. «Ce n’est pas pour rien qu’il est surnommé le Rambo québécois.»

«Il faut collectivement se réapproprier notre passé militaire pour arrêter de se considérer tel que des victimes», souligne M. Tremblay. À ce sujet, il se demande pourquoi il est toujours question du côté négatif de l’histoire de la guerre dans le programme d’éducation au Québec. «Nous aussi avons des personnages illustres et Léo Major est l’un d’entre eux. Il faut reprendre en main son passé pour appréhender le futur», lance-t-il.

Selon lui, dans un Québec souverain, il n’y aurait plus de malaise, car ce ne serait plus «l’affaire des Anglais». Il explique que les missions seraient choisies «par les Québécois pour les Québécois».

Protéger et servir

Jacques Girard, ex-technicien en aviation pour les Forces aériennes du canada, affirme de son côté, qu’il a vécu les plus beaux moments de sa vie dans les forces. «Si c’était à refaire, je m’enrôlerais demain matin sans la moindre hésitation.» Pour lui, le métier de soldat en est un comme un autre.

Ce sergent, qui a quitté le métier après 25 ans de service par amour pour sa conjointe lasse de voyager de bases en bases, dit que l’armée canadienne a une excellente réputation au niveau international. «Lorsque je servais en Allemagne, nous étions reçus comme des rois.»

L’ancien militaire se rappelle entre autres d’un commis de magasin bête à son endroit parce qu’il croyait qu’il était Américain. «Je lui ai montré mon passeport canadien et son attitude a immédiatement changé», dit-il en riant. Le technicien raconte que contrairement aux troupes américaines, les Canadiens n’ont pas une attitude «d’envahisseurs», ils se considèrent comme étant des invités.

Sur ce point, Alec Castonguay se souvient que lorsqu’il était en Afghanistan pour couvrir le conflit sur le terrain, les soldats des Forces du Canada tentaient d’établir une relation de confiance avec les populations locales. «Ils construisaient des puits pendant que les Américains arrivaient avec une attitude de dominants sur leurs chars d’assaut.»

Soutenir les vétérans

Selon un document rédigé par l’armée canadienne, il y a eu 68 suicides chez les hommes de la Force régulière de 2010 à 2014 contre 50 entre 2005 et 2009. «C’est très tabou pour un soldat de dire qu’il a subi un stress post-traumatique et c’est pour ça qu’il faut changer les mentalités», explique le chef du bureau politique au magazine L’actualité.

Ce dernier croit que ce n’est pas par manque de volonté de la part du gouvernement que les résultats ne sont pas satisfaisants. «La guerre en Afghanistan a fait grimper les chiffres concernant le nombre de soldats ayant besoin de soins physiques et mentaux. Il y a simplement eu un manque au niveau de l’adaptation du ministère.»

Annick Labelle juge quant à elle que l’on peut et que l’on doit en faire beaucoup plus pour nos vétérans qui reviennent du front. «Il n’y a pas assez de programmes à long terme pour soutenir nos soldats et leur famille», dit-elle.

«Des pommes pourries»

Concernant le récent rapport sur les agressions sexuelles, le journaliste estime que l’armée doit réagir pour éviter de nuire à sa réputation à long terme. «Certaines choses doivent changer», dit M. Castonguay.

Celui qui a fait réagir grâce à un reportage d’enquête sur le sujet, dans lequel on apprend que cinq personnes par jour sont agressées sexuellement dans les Forces, croit que l’enrôlement des femmes dans l’armée pourrait diminuer. « L’armée est un milieu très masculin, très testostérone et donc, ce rapport va être néfaste à la perception que les femmes ont du métier.»

En tant qu’ancien militaire, Jacques Girard se désole de la situation. «Je suis extrêmement déçu des Forces et de la loi du silence qu’on retrouve dans l’institution. Comme partout ailleurs, il y a des pommes pourries.»

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