Culture, Opinions, Personnes, Topos

(É)change de couple

Après avoir vu Le mirage, le nouveau film du tandem Morissette-Trogi, certains sortiront réconfortés de ne pas vivre ce drame alors que d’autres y verront leur propre vie, comme un miroir qui leur montre ce qu’ils s’obstinent trop souvent à cacher sous les meubles, maisons, bagnoles, etc.

En comédie, les gens adorent se reconnaître.  Ils se sentent interpellés, comme s’ils faisaient partie de la blague. Mais quand cette même blague fait grincer des dents, quand certaines lignes vous donnent froid dans le dos tellement elles sonnent vraies, l’être humain préfère souvent penser qu’on parle des autres, du voisin, du collègue de travail. Pas de lui.  Et c’est là tout le mérite du film Le mirage.

Louis Morissette aurait pu se contenter d’une comédie bien grasse et salée en cette saison estivale.  Tout le monde aurait mangé son maïs soufflé en riant aux éclats. Tout le monde serait reparti dans sa chaumière, le coeur léger.  Sauf qu’il a préféré nous appâter par le rire pour ensuite nous coller au mur, obligés d’effectuer un examen de conscience à savoir si, dans notre couple, nous sommes heureux, à la bonne place, satisfaits des choix que nous avons faits.

Être soi-même

Questions fondamentales, oui, mais tellement mises à l’écart par certains que leur vie se transforme peu à peu en une longue traversée du désert.  Même si je ne suis pas à l’abri des drames que peut vivre Patrick Lupien, personnage interprété par Louis Morissette, je considère qu’il faut une vigilance de tous les instants, et ce, des deux membres du couple pour ne pas tomber dans cette roue «enfants-boulot-dodo» et ainsi s’oublier, oublier ce qui nous anime, oublier même qui nous sommes.  

Services locaux

Un mirage, c’est l’impression que la personne que l’on regarde est à un autre endroit que son emplacement réel.  Patrick Lupien est devenu son propre mirage.  Il s’est imaginé ailleurs, il a choisi une vie qu’il n’a pas voulue.  Nous sommes responsables de notre bonheur.  Au quotidien, nous pouvons tout faire pour choisir ce qui nous rend heureux. Et le film nous rappelle que ce choix peut être très difficile à faire. Mais qu’il nous appartient.

Au lieu de surconsommer pour cacher nos blessures, il faut s’ouvrir, parler à l’autre avant d’aller trop loin. On sait tous ça, mais notre mode de vie moderne trop souvent nous anesthésie pour nous éviter de nous poser trop de questions.  Ce film lève un drapeau. Il nous invite à ralentir, à parler. À être un peu plus soi-même.

(

Petite parenthèse.  J’ai lu la semaine dernière, dans certains médias, des propos qui m’ont interpellé.  Comme quoi Le mirage est une oeuvre teintée de violence envers les femmes, comme quoi Patrick Lupien et tous les hommes qui s’identifient à lui sont des prédateurs sexuels en puissance.  Ici, il y a un pas qui n’aurait pas dû être franchi. Jamais le film n’expose ces idées, jamais on croit que cette oeuvre soutient une telle thèse.

Dans une scène du film, oui, Patrick Lupien pose des gestes graves (je reste flou pour ne rien divulgâcher), mais toute la scène est soutenue par la progression psychologique du personnage, toute la scène, même si elle est dure, veut justement montrer que lorsqu’une femme dit non, c’est non.

Publicité

Patrick Lupien tombe de haut et on le juge avec raison. Car n’oublions pas qu’il s’agit d’un personnage de fiction, pas quelqu’un comme le controversé blogueur Roosh V, être ignoble, car réel. En fiction, tout ça est fragile, car où trace-t-on la ligne?

Si on se met à tempérer tous les comportements des personnages au cinéma et à la télé pour ne pas blesser telle ou telle personne, on s’en va droit dans un mur.

Il faut laisser une liberté totale aux artistes.  Ceux et celles qui n’approuvent pas une oeuvre ont le droit, mais leur désapprobation ne leur donnera jamais le droit de prêter de fausses intentions à celle-ci. Fin de la parenthèse.

)

Au-delà des qualités artistiques évidentes de ce film fort réussi (répliques ciselées, réalisation inventive, jeu d’acteurs solide, particulièrement Julie Perreault, d’une bouleversante vérité), c’est l’intelligence et le traitement du sujet qui m’ont frappé.  J’oserais dire que même si ce n’est peut-être pas le but des créateurs d’amener les couples à revoir leur vie de fond en comble, c’est inévitablement ce genre de conséquences que ce film produira. Et c’est une bonne chose.

Comme une mise au point dans nos vies.

Comme si le cinéma bousculait au lieu de seulement divertir.

Publicité

Comme si la réflexion que proposait le film était salutaire, voire essentielle pour tous les couples qui vivent en parallèle.

À voir. En couple de préférence.

Gérer les emplois du temps des enfants n'est pas chose facile pour Isabelle et Patrick dans #LeMiragePrésentement au cinéma partout au Québec.

Posted by Le Mirage Film on viernes, 21 de agosto de 2015

>

Send this to a friend