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La grève, la grève, c’est pas une raison pour se faire mal!

Un texte d’Eugénie Godin, élève de première secondaire à l’Académie Lafontaine, qui nous présente son point de vue sur la grève des enseignants du secteur public.

Depuis quelques mois, des professeurs de différentes écoles, autant primaires que secondaires provenant de différentes commissions scolaires du Québec sortent dans les rues et se tiennent les coudes pour manifester contre le gouvernement.

Mais contre quoi se battent-ils au juste? Cet article vous propose de faire le point sur ce qui se passe réellement dans notre système public d’éducation et éclaircir certaines rumeurs à ce sujet.

Qui est touché par la grève?

Lors des jours de grève des 26 et 27 octobre derniers, plus de 73 000 enseignants déambulaient dans les rues du Québec et autour de 275 000 enfants n’ont pas mis les pieds dans les classes.

«Prendre la décision de faire la grève ne se fait pas à la légère. Il s’agit d’une décision que nous assumons pleinement. Nous sommes convaincus que les parents soutiennent notre lutte, puisqu’elle vise aussi à protéger leurs enfants des choix budgétaires du gouvernement Couillard. Les inconvénients causés par l’exercice du droit de grève ne sont rien en comparaison des effets dévastateurs de la politique d’austérité imposée aux élèves par monsieur le Premier ministre. Les enseignantes et enseignants sont à bout. Les phénomènes de l’épuisement ainsi que de la désertion professionnelle prennent de l’ampleur et la pression de faire encore plus avec toujours moins s’accentue de jour en jour. La situation devient intenable pour le personnel enseignant et les élèves, particulièrement pour les plus vulnérables. Nous lançons donc un appel à la solidarité et sommes persuadés que les parents ainsi que l’ensemble des citoyennes et citoyens appuient cette lutte importante pour l’avenir de l’école publique»,  affirme Sylvain Mallette, le président de la Fédération autonome de l’enseignement(FAE), dans un communiqué publié par ce syndicat.

Il y avait peut-être 2000 personnes dans le parc Labelle, sur la rue Saint-Georges et sur le parvis de la cathédrale, au centre-ville de Saint-Jérôme, le 9 novembre 2015.
Il y avait peut-être 2000 personnes dans le parc Labelle, sur la rue Saint-Georges et sur le parvis de la cathédrale, au centre-ville de Saint-Jérôme, le 9 novembre 2015.

Les profs, des workaholics?

Un des enjeux les plus discutés est la tâche des enseignants.

Actuellement, nos enseignants du réseau public ont 32 heures de travail reconnues par semaine dont 20 heures sont pour enseigner, 7 heures sont des activités complémentaires et les 5 heures restantes servent à la correction et aux rencontres de parents au secondaire.

Au primaire, 23 heures en enseignement sont assignées, 4 autres heures en activités complémentaires et les 5 heures restantes ont le même but que celles au secondaire.

Cependant, encore bien des enseignants se voient forcés de produire dans des heures de bénévolat pour corriger, surtout, mais aussi pour organiser des activités parascolaires comme l’Halloween, une activité annulée dans plusieurs écoles publiques.

Plusieurs parents avaient d’ailleurs manifesté leur désaccord au sujet de l’annulation de cette journée de classe thématique. La réponse des travailleurs acharnés était pourtant simple: «Le bénévolat, c’est pour notre besoin. Payez-nous et nous le ferons avec plaisir! L’Halloween c’est samedi et ça se passe chez vous! Vos enfants auront leur Halloween, mais pas la fête organisée bénévolement», a conclu un professeur du primaire sur les réseaux sociaux.

Une tâche qui augmente

Une autre coupure importante que le gouvernement Couillard veut imposer, c’est d’augmenter la tâche des enseignants à 40 heures de travail reconnues sans la compensation salariale, augmenter le nombre d’élèves par classe pour les 2e et le 3e cycles du primaire et le premier cycle du secondaire et il veut aussi aller couper dans les classes pour élèves handicapés et en difficultés d’apprentissage, ce qui veut dire éliminer les cotes.

Une cote, c’est ce qu’un élève reçoit lorsqu’il y a un trouble important d’apprentissage ou psychologique, comme certaines formes d’autisme. Donc, si dans une classe régulière de 30 élèves, un élève coté 5 fait son entrée, il n’y aura plus 30 élèves, il y en aura 25. Ce qui laisse plus de temps au professeur pour s’occuper de lui et des autres élèves.

Avec les nouvelles conditions du gouvernement, ces élèves seront plus nombreux à faire leur entrée dans les groupes, car ils veulent fermer les groupes en adaptation scolaire et ils veulent par le fait même «décoter» ces élèves. Non seulement cela nuirait aux autres élèves l’environnant et alourdirait d’une manière impensable la tâche des professeurs, mais mettrait en péril leur cheminement.

Money, money

Pourtant, malgré la lourdeur de ses actes déjà proposés, le régime Couillard ne s’arrête aucunement!

Philippe Couillard veut aussi aller jouer avec les salaires de ces travailleurs dévoués. Sa proposition est d’augmenter de 0% la première année, 0% encore la suivante, et ensuite augmenter d’1% les trois années d’après.

Le problème, c’est que le coût de la vie augmente de 2% par année. Si les professeurs n’ont pas d’augmentation  pendant deux ans et n’ont que 3% amassés les trois années qui suivent, c’est une perte de 7% sur la valeur de leur salaire. Néanmoins, tout ce que les professeurs veulent, c’est de voir leur salaire s’adapter au coût de la vie, qui ne cesse d’augmenter.

Comment les écoles privées appuient-elles les écoles publiques?

Contrairement à bien des croyances populaires, les écoles privées supportent les professeurs en grève. Bien qu’ils ne puissent pas sortir dans les rues en brandissant fièrement un fanion portant le slogan L’école à bout de bras ou le fabuleux chandail noir des Extraordinaires, certains professeurs affichent des macarons sur leur vêtement ou encore portent des bracelets visant à montrer qu’ils supportent leurs confrères dans cette épreuve.

Le 26 octobre à Saint-Jérôme, en plus des enseignants, de nombreux autres syndiqués du secteur public étaient en grève, comme un peu partout au Québec.

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Journée pédagogique retirée à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord

Récemment, la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord(CSRDN) a annoncé que le 8 avril 2016, normalement indiqué comme journée pédagogique sur le calendrier scolaire 2015-2016, sera une journée d’école régulière pour 25 500 élèves dans un peu plus de 50 écoles administrées par cette commission scolaire, afin de reprendre la journée de grève du 26 octobre dernier.

Tel qu’indiqué sur le calendrier scolaire:

Le 8 avril sera la 1re journée pédagogique à être retirée en cas de fermeture ou de suspension des cours de la commission scolaire, la 2e à être retirée sera le 20 mai.

Pour certains, cette décision est l’équivalent de leur enlever leur droit de grève, ce qui est d’ailleurs interdit par la loi qui stipule que tous les travailleurs ont droit à la grève. C’est donc une perte de 337$ sur leur salaire, puisque non, ils ne sont pas payés un jour de grève.

Un jour de grève coûte leur 337$ et quelques insultes des passants dans la rue. Puisque le 8 avril sera une journée d’école régulière, il y aura encore le principe du plus de travail pour moins d’argent. Aucune autre commission scolaire ne s’est vu prendre des mesures aussi drastiques, dit-on.

Donc, maintenant, après avoir lu cet article, est-ce que nos professeurs ont une bonne raison de faire la grève à vos yeux?

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’ils le font pour eux, oui, mais aussi pour vos enfants. L’enseignement, c’est un domaine qui vise à aider nos générations futures à réussir.

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