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Fermeture du Pavillon Sainte-Marie: la fin d’un milieu de vie

Le 2 mars, on a annoncé aux employés et aux familles des résidents que le Pavillon Sainte-Marie serait fermé à la mi-avril. Photos par Louis-Xavier Michaud

Nous publions ici le texte de David Brisebois, qui offre son point de vue personnel sur la fermeture du Pavillon Sainte-Marie et du déménagement des 63 personnes qui y vivent, un endroit qu’il connaît parce qu’une personne de son entourage y travaille.

Un rassemblement est prévu le vendredi 11 mars au Pavillon, de 16h à 18h, et une pétition demandant au gouvernement du Québec de maintenir les services a déjà recueilli près de 1900 signatures.

Le mercredi 2 mars dernier, les employés et familles d’une soixantaine de résidents du Pavillon Sainte-Marie de Saint-Jérôme, un centre d’hébergement pour personnes en déficience physique, intellectuelle et troubles graves du comportement, apprenaient la fermeture de ce centre à très court terme, soit à la mi-avril.

Bien qu’on assure que tous les employés seront relocalisés dans d’autres établissements du Centre intégré de santé et de services sociaux(CISSS) des Laurentides et que les résidents seront relocalisés dans de meilleures conditions et en respect de leurs besoins dans des CHSLD, ressources intermédiaires et unités spéciales, la situation soulève tout de même de vives inquiétudes et questionnements.

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Un grand déménagement

Je m’attarderai spécifiquement au déménagement de ces résidents, bien que l’incompréhension et le désespoir des employés méritent tout autant d’être exprimés et défendus. Contre le gré de ces résidents, important de le noter, il s’agit de la fermeture de leur milieu de vie, de la perte de leur famille que constituaient les autres patients et les employés qui s’occupaient d’eux jour après jour avec grande dévotion.

En résumé, un déracinement brutal et sauvage.

Cette clientèle particulière à des besoins très spécifiques, et nécessitent des ressources spécialisées : salles snoezelen, piscines, thérapeutes de toutes disciplines confondues, activités multiples de stimulation… Est-ce que ces ressources seront aussi facilement accessibles dans leur nouvel environnement? Quels traitements leurs seront réservés, auront-ils droit aux mêmes soins spécialisés qu’ils avaient?

Des établissements spécialisés en cas lourds comme le Pavillon Sainte-Marie se font très rares sinon inexistants dans la grande région des Laurentides.

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Comme dans toute bonne situation, les personnes les plus vulnérables seront encore une fois les plus touchées. Pour des administrateurs bureaucrates, ce ne sont que des handicapés qui n’ont besoin que d’être lavés une fois de temps à autres, nourri avec ce que l’on peut servir à l’aide du montant alloué au repas, pour le reste il suffit de les parker devant une télé ou une fenêtre. Ces personnes ne sont que des dossiers que l’on peut balancer à qui les voudront.

La vérité est que, disons-le franchement, ces personnes, pour la plupart non autonomes, ont besoin de surveillance constante, de stimulation prolongée, de soins adaptés.

  • Est-ce que les préposé(e)s aux bénéficiaires, infirmiers(ères) et infirmiers(ères) auxiliaires des centres qui recevront ces nouveaux patients seront prêts et possèderont les capacités de s’adapter à ce type de clientèle qu’ils n’ont peut-être pas l’habitude de soigner?
  • Est-ce que tout le travail d’adaptation et de thérapie entrepris depuis leur entrée à Sainte-Marie afin de leur procurer un tant soit peu une légère amélioration de leur capacité pourra être perpétué ?

Laissez-moi en douter…

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Amitié, confiance, reconnaissance

On croit agir dans le meilleur intérêt des résidents, on promet de leur offrir des environnements de vie plus sains et mieux adaptés. J’ai eu la chance dernièrement visiter l’une des salles du pavillon. Il est vrai que j’y ai vu des installations peut-être désuètes et probablement non conformes aux exigences de plus en plus sévères d’aujourd’hui.

Mais j’ai aussi pu rencontrer quelques résidents et voir des liens d’amitié, de confiance et de reconnaissance tissés serrés avec les employés qui leur prodiguent continuellement les meilleurs soins.

J’y ai vu un esprit de famille où les employés considèrent celles et ceux qu’ils soignent quotidiennement comme leurs propres enfants.

J’y ai vu des patients alités dans leur monde à eux, avec qui toute interaction pourrait sembler impossible à première vue, mais avec qui de petits miracles ont pu être effectués. Ce que j’ai eu la chance de voir l’espace d’une heure était à la fois troublant pour le commun des mortels, mais en s’y arrêtant de plus près il m’a été possible de voir leur bien-être malgré leur situation, qu’ils s’y sentaient chez eux et qu’on s’occupait d’eux comme des humains.

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Oui, ce que j’y ai vu ce sont des hommes et des femmes comme nous tous, simplement avec des personnalités, des réalités et des besoins entièrement différents des nôtres.

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Des soins pour les humains

Et pourtant, à maintes reprises des projets de rénovation, agrandissement, même un projet de reconstruction subventionné avaient été annoncés au fil des dernières années. En quoi les priorités ont-elles tant changé depuis ces annonces dont la dernière date d’il y a à peine 2 ans et demi?

Cet argent a-t-il été depuis utilisé à verser des bonis à nos chers gouvernementeux, des extras à des projets de société bâclés, des subventions à des entreprises dont l’objectif essentiel est davantage pécunier qu’humain ?

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Messieurs Couillard et Barrette, madame Lessard, présidente du Groupe Champlain et tout votre conseil d’administration, chers administrateurs de cette énorme machine nouvellement créée et fusionnée qu’est le CISSS des Laurentides, avant qu’une telle décision soit prise, avez-vous songé à ces patients vulnérables, ou n’avez-vous pensé qu’aux économies à gagner sur leur dos ?

Il est grand temps que la santé de nos concitoyens, peu importe leur condition, soit gérée comme des soins apportés à des êtres humains comme nous tous, et non pris à la légère comme c’est le cas actuellement un peu partout.

Laissons à ces gens le peu de dignité qui leur reste et la chance de profiter du peu qu’ils ont encore la chance d’avoir.

Ces personnes n’ont pas choisi d’être transférées pour certains à plus de 100 km de leur lieu de vie actuel. Ces personnes n’ont pas choisi de faire éclater l’esprit de famille qu’ils entretenaient entre eux et avec le personnel.

Tout comme ces personnes n’ont pas choisi, à la base de tout, d’être ce qu’ils sont aujourd’hui: des humains aux besoins particuliers. Avec l’annonce qui a été faite en ce triste jour du 2 mars 2016, j’en comprends qu’on considère les malheureux résidents du Pavillon Sainte-Marie comme de vulgaires marionnettes qui passeront de main en main.

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Après tout, une marionnette, c’est one size fits all, non? Alors à quoi bon s’inquiéter?

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