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Culture, Films, Topos

Marinoni et le mouvement perpétuel

Le réalisateur Tony Girardin: «Je ne me tanne jamais de rencontrer les spectateurs après les projections, j'en tire toujours des expériences intéressantes.»

Sur les vélos de piste, il n’y a pas de freins. La roue arrière, le pédalier et les jambes du cycliste sont unis et inséparables. Le cycliste ne peut pas arrêter de pédaler et se laisser glisser en roue libre, comme le font communément les vélos de route.

Un mouvement perpétuel

Giuseppe Marinoni, on le découvre dans le film, ne s’arrête jamais. Comme un vélo, son équilibre vient du mouvement. On devine vite qu’il est sans doute incapable de s’arrêter.

Bien au-delà de l’histoire d’un artisan qui assemble à la main des vélos remarquables, Marinoni – le Feu de la Passion est une incursion dans la vie de ce québécois d’origine italienne, champion cycliste légendaire, dont les vélos sont un objet culte pour les cyclistes québécois.
Son histoire fascinante se dévore comme la cuisine italienne, en fraîcheur et en saveurs soudaines.

Un record mondial

Le déroulement du film se colle aux 60 jours de préparation que Marinoni a mis, à l’âge de 75 ans, pour établir un record mondial de distance parcourue en 60 minutes.

On y raconte l’histoire de son enfance dans l’Italie de la Deuxième guerre mondiale et de son immigration au Québec à la fin de la vingtaine. Celle de son désir de vaincre en compétition cycliste, celle de la vie qu’il s’est taillée loin de chez lui et qui le verra, après quelques métiers, devenir le fabricant de vélos qui a influencé toute l’industrie du vélo cyclo-sportif au Québec.

«Je me saoule et je les tue»

Mais on y trouve aussi des moments savoureux où on en vient à croire qu’il se fout vraiment de la caméra. Le réalisateur Tony Girardin confirme. «Que je lui braque ou non la caméra sur le visage, il ne changeait pas de ton, ni de discours, ni d’humeur. Il était 100% lui-même, tout le temps.»

Toute aussi savoureuse aussi son affection pour ses poules pondeuses, malgré la réalité inévitable de la vie des poules: il les tue et les mange quand elles atteignent la maturité. «Je me saoule et je les tue», dit-il sans détour.

Chaque petite séquence du film dévoile Marinoni davantage. On rit avec lui en le voyant se bidonner devant l’application téléphonique du réalisateur, qui traduit de l’anglais à l’italien.

Inévitablement, le charme opère, et on voudrait passer un peu de temps avec ce monsieur intense et rieur, courbé et plein de vitalité, qui se moque bien d’à peu près tout, mais qui retire respectueusement son chapeau en entrant au cimetière de ses ancêtres en Italie.

Bref, un documentaire qui est à la hauteur d’un personnage fascinant. Un regard sur la vie, le travail, la passion, et la vieillesse. Marinoni – le Feu de la Passion ne fera pas de vous un intime de Giuseppe Marinoni et ne vous révèlera pas sa vie intérieure, mais le film vous fera regretter de ne pas mieux le connaître.

«Un film que je tenais à faire»

Marinoni – le Feu de la Passion est un film que le cinéaste Tony Girardin voulait absolument tourner. Collectionneur de vélos antiques, Girardin a connu Marinoni en faisant appel à lui pour des travaux de restauration et de réparation.

«J’ai presque tout de suite eu le goût de faire un film sur lui, et ça m’a pris trois ans pour le convaincre. Je pense que ce qui l’a décidé à accepter, c’est qu’il y a bien peu d’archives vidéo de sa période de champion cycliste. Mais mon film a fini par être beaucoup plus qu’une simple histoire de vélo.»

Une deuxième carrière à New York et Los Angeles

Montré à peine 300 fois dans tout le Canada depuis sa sortie, le film a connu du succès dans des festivals et aura en 2016 une deuxième vie sur les écrans américains, puisqu’il sera distribué aux États-Unis par First Run Features. Le film sera présenté à New York dès le 1er avril et par la suite, à compter du 15 avril, à Los Angeles.

Le cinéaste rencontrait, le surlendemain de notre entrevue, le correspondant canadien du New York Times. Girardin est à la fois très fier et très nerveux. «Grâce à cette distribution aux USA, mon film sera éligible à être sélectionné en vue des Oscars 2017. Je ne me fais pas d’illusions, mais le simple fait que ce soit une possibilité, c’est déjà au-delà de mes attentes.»

Au Cinéma du Carrefour du Nord

Le film a été présenté à deux reprises au cinéma du Carrefour du Nord le 21 mars. Le réalisateur Tony Girardin et Giuseppe Marinoni étaient sur place pour rencontrer les spectateurs après la représentation.

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Le goût du documentaire

Le propriétaire des Cinémas Carrefour du Nord Guy Gagnon ajoutait que les films documentaires attirent un public «de plus en plus fidèle et intéressé». Faisant remarquer qu’il a dû offrir des représentations supplémentaires du film En Quête de Sens, (également le 21 mars), Gagnon a anmoncé son intention d’augmenter à une dizaine par année le nombre de films documentaires présentés sur ses écrans.

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