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Une profonde déception

TopoLocal publie une lettre ouverte d’Henri Prévost, adressée à Jean-Pierre Joubert, président de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, concernant la disparition du nom de son oncle André Prévost de la salle de spectacle de l’École polyvalente de Saint-Jérôme.

M. Joubert,

Je veux par la présente vous témoigner de la profonde déception ressentie par la famille de M. André Prévost, à la suite de la décision de rebaptiser l’auditorium de la polyvalente Saint-Jérôme, qui portait son nom depuis près d’un demi-siècle.

André Prévost, je vous le rappelle, était issu d’une famille pionnière de Saint-Jérôme et a fait sa marque sur le plan culturel en tant qu’un des compositeurs canadiens les plus réputés au pays et à l’étranger.

En mai 1970, il n’avait que 35 ans mais cumulait déjà de nombreuses réalisations et reconnaissances lorsque son nom fut donné à l’auditorium. Cet honneur arrivait donc très tôt dans sa carrière, comme il l’avait lui-même humblement constaté à l’époque. Mais son oeuvre subséquente considérable, jusqu’à son décès en 2001, a bien démontré que les Jérômiens ne s’étaient pas trompés.

Il n’est pas ici question de critiquer l’idée de rendre hommage à Marie-France Danis, une employée de la polyvalente qui a de toute évidence marqué positivement la vie de cette école au cours des dernières années. Nous comprenons aussi le contexte particulier du déménagement éventuel des spectacles d’En Scène vers le nouveau Théâtre Gilles Vigneault, qui conférera à l’auditorium un rôle dorénavant plus discret dans la communauté jérômienne.

Des sérieux ratés

Cette délicate opération de changement de nom, apparemment du ressort exclusif de l’école, a toutefois connu de sérieux ratés. Et cela même si, de toute évidence, les personnes concernées étaient de bonne foi.

Au premier chef, le fait que la famille Prévost n’en ait pas été informée à l’avance est inconcevable. Même si André Prévost n’était pas une vedette «populaire», comment comprendre que personne à la polyvalente ne savait apparemment qui était celui dont le nom avait été donné à son auditorium? Tout aussi incompréhensible le fait qu’on n’ait pas réussi à le relier aux Prévost de Saint-Jérôme, ni à retracer des membres de sa famille. Pourtant, il y a deux ans à peine, la Ville et la Société d’histoire de la Rivière-du-Nord désignaient officiellement dix personnages marquants du patrimoine jérômien, parmi lesquels quatre Prévost dont… André Prévost!

L’épouse d’André Prévost, Lize Vézina, ainsi que leurs quatre enfants, ont été choqués et profondément blessés par cette bourde, tout comme les autres membres de la famille Prévost.

Au-delà de cette regrettable maladresse à l’égard de la famille, nous nous désolons du fait que le nom d’André Prévost disparaîtra ainsi de l’espace public jérômien, balayant du même coup une référence historique et culturelle importante.

En cette époque où la culture générale s’étiole et où les jeunes, en particulier, démontrent un faible intérêt pour les choses du passé, cette mise au rancart d’André Prévost s’avère bien paradoxale. Un établissement scolaire comme la polyvalente n’a-t-il pas un rôle à jouer pour perpétuer le souvenir de personnages qui, sans pour autant défrayer la manchette, ont marqué l’histoire et la culture locale, nationale, sinon internationale?

Faire preuve de vigilance

Le cégep de Saint-Jérôme devrait-il à son tour songer à changer le nom de sa salle Germaine-Guèvremont, sous prétexte que peu de gens aujourd’hui connaissent cette écrivaine d’origine jérômienne? La Ville devrait-elle pour la même raison rayer le nom de sa salle Antony-Lessard, honorant la mémoire d’un homme qui a marqué le milieu de l’éducation à Saint-Jérôme?

Nous espérons que cette triste expérience amènera la commission scolaire et ses écoles à faire preuve dorénavant d’une grande vigilance si d’autres cas semblables survenaient. Il y a toujours moyen de rendre hommage à une personne appréciée, sans pour autant renier l’honneur rendu précédemment à quelqu’un d’autre.

Henri Prévost, neveu d’André Prévost

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