Le Trouble-tête, Opinions, Topos

autochtonEs

Un texte de Laurence Yelle, finissante de la cohorte 2016 en journalisme et communications au Cégep de Saint-Jérôme.

Qu’elles soient Canadiennes ou Américaines, les femmes autochtones sont malmenées. Faute de profilage racial ou de mauvaise application de lois, elles sont violées, battues et même tuées.

Au Canada, des statistiques ont fait les manchettes en 2015 et même cette année. Les femmes autochtones sont victimes d’un mauvais traitement  souvent de la part de leurs proches, de la société et même des services de police.  Les chiffres sont choquants. On compte 1181 femmes autochtones victimes disparues, tuées. C’est l’équivalent de 30 000 femmes canadiennes.

C’est alarmant, oui, mais les moyens mis en place eux, ne sont pas en suffisant pour faire cesser cette alarme qui retentie de plus en plus fort dans notre pays. Les femmes autochtones n’arrivent pas à porter plainte ou plutôt on peur de porter plainte contre leur agresseur car elles ont peur de passer pour des menteuses. Elles savent bien que c’est ce qu’il leur arrivera, un service de police entier contre une “saoulonne” autochtone, aucune chance d’accusation à l’horizon. Même en cas de poursuite, il n’y a étrangement pas d’accusation entre les différents corps policiers pour cause de manque de preuve par exemple, c’est l’une des nombreuses techniques utilisées pour conserver l’image des services de polices gouvernementaux ou plus honnêtement du gouvernement lui-même.

Services locaux

Tel le mentionne Marc Alain, Ph. D. en criminologie[1], dans un reportage Enquête réalisé par Radio-Canada : « il peut y arriver qu’il y ait dans le lot quelques pommes pourries, mais dans un cas comme celui-ci, on se rend compte qu’à un certain point, c’est le baril qui pourrie les pommes» faisant ici référence à la Sûreté du Québec qui refuse d’affirmer les horreurs commises au sein de ses corps policiers.  Des femmes sont violées au poste de police et même en prison où le coupable est en présence de ses confrères qui sont tout aussi coupable que lui. Nul doute qu’il s’agît d’une véritable Omerta policière…

Une loi déloyale

En vérité, la situation est d’autant plus alarmante chez nos voisins les américains puisque cette situation est entérinée par des textes de loi.  En 1978 la loi marquait un point tournant aux États-Unis alors qu’un homme blanc, vivant et travaillant sur une réserve autochtones agressa un policier de la tribu et fut acquitté. La cour avait alors statué qu’aucun gouvernement autochtone ne pouvait exercer de pouvoir juridique sur une personne non-autochtones. Le principal accusé avait témoigné  ne pas croire qu’il devrait être accusé puisqu’il est de race blanche et la Cour Suprême des États-Unis était effectivement en accord avec lui. Depuis ce temps, aux États-Unis, aucun autochtone n’a pu intenter une poursuite contre une personne non-autochtone sauf quelques cas très rares. Outrageant non? Il existe vraiment une loi permettant aux personnes de race blanche de commettre des crimes en territoire Indien, tout en étant certain de ne jamais payer pour.

Tel que révélé dans une entrevue réalisé par Vice avec Amy Casselman, ancienne travailleuse sur la réserve Washoe de Californie et du Nevada et aussi auteure du livre à paraître «Injustice à Indian Country : juridiction, la loi américaine, et la violence sexuelle contre les femmes autochtones », les autorités autochtones n’ont aucun pouvoir sur les non-autochtones, même s’ ils sont présents, même ils sont conscient des crimes qui sont commis, ils sont dans l’impossibilité d’intervenir. Les femmes autochtones américaines sont ainsi considérées comme des appâts pour tout homme blanc, violent et dégradant à l’égard de la femme, ressentant le besoin d’assouvir ses pulsions sexuelles sur une personne vulnérable. Selon les statistiques courantes aux États-Unis, le viol (étant un réel fléau) est pour la plupart du temps commis entre des personnes de même race, mais les femmes autochtones viennent définitivement remettre en doute cette statistique. En réalité, 80% des viols commis sur des femmes autochtones sont faits par hommes de race blanche[2].

Il est inconcevable de voir qu’un pays aussi puissant que les États-Unis agisse ainsi. Les autochtones retirés de la société, confinés entre eux, tentent tant bien que mal de conserver leurs racines, leur honneur, mais faute de loi et d’humanité, ils ne sont pas à l’abri des pires crimes. Leur situation est connue, mais reste dans la plupart des esprits, ignorée. Il est bien plus facile, dans un pays de cette importance, de fermer les yeux sur de telles atrocités que de tenter de renverser la vapeur et de faire changer les choses pour le bien de tous.  Biens des Américains de race blanche sont conscients de la situation, mais tous comme leurs confrères, ils en détournent le regard et participent ainsi à la perpétuité de ces crimes barbares.

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La justice pour les femmes, de toutes races, a toujours été un dossier sensible lorsqu’elles sont victimes. Si ce système n’est pas en moyen de fonctionner adéquatement pour les femmes de race blanche, comment pourrait-il fonctionner pour les femmes autochtones alors qu’elles sont largement minoritaires? Il est légitime de se demander s’il existe une justice pour ces femmes, qu’elles soient canadiennes ou américaines…

[1] Marc Alain est aussi professeur titulaire au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) depuis 2005 et chercheur régulier à l’Institut universitaire du Centre jeunesse de Québec. Il est également un collaborateur du Centre international de criminologie comparée, regroupement UQTR (CICC-UQTR).

[2] RIZZO,Jessica. « Native American Women Are Rape Targets Because of a Legislative Loophole», dans Vice, [En ligne], http://www.vice.com/read/native-american-women-are-rape-targets-because-of-a-legislative-loophole-511

 

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