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Le Trouble-tête, Reportages, Topos

Un projet nécessaire

Un texte de Maxence Guindon, finissant de la cohorte 2016 en journalisme et communications au Cégep de Saint-Jérôme.

La cathédrale de Saint-Jérôme est une icône importante pour sa ville. Située en face du cégep, la cathédrale impressionne par son prestige et son histoire. Cependant, bien peu arrivent à décerner ce qui se cache dans les sous-sols de celle-ci. Sur l’heure du dîner, la soupe populaire est servie à des personnes dont la situation pourrait aller mieux. Beaucoup de ces usagés ont besoin d’assistance pour réussir à se sortir du problème de toutes les villes : celui de l’itinérance. Mais ce n’est pas parce que ces gens semblent acculés contre un mur qu’ils sont incapables de fonctionner comme un concitoyen qui n’a pas vécu la rue. Pour preuve, suite à la fermeture du centre de jour en itinérance le 30 mars 2013, ce sont les utilisateurs du défunt centre qui ont tenté de le ramener à la vie et qui portent toujours cette tâche sur leurs épaules.

« La cathédrale est dans le cœur du problème » dit Sonia Vaillancourt, agente de liaison de l’Uniprix sur Saint-Georges, pour illustrer le manque créé par la fermeture du centre de jour. Yves Manseau, membre du Collectif Solidarité de la Rue des Laurentides retire une partie du voile en racontant que les seuls lieux de socialisation des personnes à la rue sont la rue ou les places adaptées pour les itinérants.

Aujourd’hui, Yves affirme que le consensus semble être acquis chez tous les acteurs qui touchent de près ou de loin le problème, il faut un centre de jour en itinérance à Saint-Jérôme. Pour le CRSL, l’organisme porteur du projet, ce qui est important, c’est que les itinérants aient un lieu de rassemblement. « On a besoin d’un endroit qui nous appartient. » Parce qu’aussi stupide que cela puisse paraître, les itinérants ont besoin d’une place pour avoir accès à des services maison. « Le centre peut être une place pour placer des effets personnels dans un casier, pour téléphoner avoir un accès à internet ou encore faire son lavage. » C’est aussi ça un centre de jour en itinérance, un lieu ou des personnes à la rue vont pouvoir faire des actions qui semblent acquises pour chaque citoyen, mais qui peuvent être difficile à réaliser pour les plus démunis.

Se rapprocher des gens

Le centre Napoléon Rieux est un projet communautaire de toute la ville de Saint-Jérôme, c’est pourquoi son but premier est d’être une place de rassemblement pour les itinérants et leur aidant. Pour la pharmacie de Robin Guénard, c’est l’idée d’entretenir une relation de confiance avec les itinérants qui les excitent beaucoup. « Un des objectifs de la pharmacie, c’est d’avoir un pharmacien disponible pour fournir des services et référer à un médecin au besoin. » Raconte Sonia Vaillancourt. De par sa passion, Sonia applaudit le travail accompli jusqu’à maintenant pour ouvrir un nouveau centre. Lorsque celui-ci sera prêt, elle entend continuer ce qu’elle fait et « donner des conférences dans le centre sur la santé. »

Pour Yves Manseau, le centre Napolon Rieux se devra d’accueillir des personnes comme Sonia pour que sa création soit un succès. « Le centre de jour logera deux ou trois organismes pour organiser des activités sociales et de formation pour les gens de la rue. » Raconte-t-il. De plus, le centre idéal du CRSL permettra une forte implication bénévole de la part des utilisateurs de service. « On souhaite encourager la contribution bénévole des gens de la rue pour organiser ces activités. » Tout cela dans le but d’améliorer la réinsertion sociale de l’individu. C’est pourquoi il faut aussi que le centre soit un « endroit de fierté pour la ville » et ses utilisateurs.

Philosophie innovatrice

« Le centre sera organisé comme un centre de service avec une grande participation bénévole pour les gens de la rue » soutient Yves. Cela fait partie des résolutions prises par le CRSL lorsqu’il a commencé tout juste après la fermeture du premier centre de jour tenu par le Centre Sida Amitié. Frédéric Paquet, directeur adjoint du CSA, soutient toujours que la seule façon de le sauver aurait été de trouver du nouveau financement. Mais aujourd’hui, il est très intéressé par le projet du centre Napoléon Rieux. « Le modèle proposé va aider le travail d’équipe autour de nouveaux projets, mais il doit garder cette direction. Et en phase embryonnaire, le projet peut prendre de multiples directions. »

C’est là que le comité aviseur rentre en jeux. Formé par des membres du CRSL, d’intervenant en itinérance et de nombreux collaborateur, ce comité doit décider des statuts et règlements officiels du centre sous peu. Pour Yves, l’intégration des itinérants dans les services offerts est une nécessité. « C’est sûr que l’on ne peut pas faire ça avec tous les services, mais la conciergerie peut être faite par un itinérant. » Le CRSL prône cette philosophie d’un centre de jour pour et par les gens de la rue, tout cela dans le but de « renforcir les compétences des itinérants, première étape de la réinsertion sociale. »

Cependant, le CRSL aura besoin d’allié et, malgré le rôle plus spécifique de l’organisme, le CSA peut fournir une expertise non négligeable pour le centre Napoléon Rieux. « Le CSA est impliqué depuis 25 ans dans le milieu et sa mission fait en sorte que nous sommes très présents auprès des gens de la rue. » Fais valoir son directeur adjoint. De plus, lors de la fermeture il y a de cela trois ans, l’organisme se disait déjà prêt à fournir une aide au groupe désirant porter le projet à bien. « Il n’y a pas de modèle unique pour le centre de jour et l’expertise proviendra surtout de la connaissance des utilisateurs du centre. » Poursuis Frédéric.

Coût social

Pour Frédéric, un centre de jour aiderait grandement sa quête première. « C’est un de mes dadas de venir en aide aux gens. » Dévoile-t-il. Ce qui est important pour le directeur adjoint du CSA c’est d’être capable de réduire les méfaits. « Pour soigner l’hépatite C, il en coûte 80 000 $ par année, alors s’assurer que la personne se pique proprement c’est un coût/bénéfice super important » explique-t-il. D’ailleurs, le centre de jour est une occasion pour Frédéric de pratiquer sa passion :

« Être impliqué dans un nouveau travail est la preuve directe qu’on fait ce métier-là par passion, quand on reste dans notre giron on va faire de belles choses, mais je n’aurais pas le sentiment du devoir accompli. »

Sonia a aussi ce désir d’aider son prochain. Pour elle, le centre de jour aurait dû voir le jour hier. « C’est un défi criant de la société, je ne peux pas croire qu’une gestion gouvernementale intelligente n’ait pas d’endroit de refuge pour les itinérants. » C’est pourquoi Sonia collabore avec le CRSL et milite pour l’ouverture du Centre Napoléon Rieux. « Je désire répandre la bonne nouvelle. » Confie-t-elle.

Mais pour Yves, la route ne fait que commencer. Malgré que « le centre ne peut plus attendre », il sent encore une réticence de la part des alliés naturels. « On n’a pas encore eu de rencontre officielle. » Note-t-il. De plus, il rapporte que la table de concertation en itinérance a été repoussée alors que le CRSL s’apprêtait à y participer. « Le communautaire a l’air déprimé, ici les gens ne cherchent que l’argent. » Il souhaite sincèrement que la situation évolue et se remplace.

« Jusqu’à preuve du contraire, l’idée est excellente. » Soutien Frédéric qui espère que le centre ne dérogera pas trop de sa ligne directrice. « [Le projet] peut être dicté selon ce qui arrive. Il y a un grand chemin pour arriver au bout, mais il y a aussi tous les petits détours qui peuvent le changer. »

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