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Rencontres

Une conversation avec Olivia Baudelot

L’entrevue se passe à l’Uni Café, d’accord. Mais laissez-vous aller…  Pour faire excentrique, vous pouvez imaginer le Café de Flore à Paris. Les passants de la rue de la Gare à Saint-Jérôme valent bien ceux de Saint-Germain-les-Prés, non?

Aujourd’hui, Photo CDM s’entretient avec une passionnée de photo qui est française d’origine, mais installée au Québec depuis 25 ans.

Olivia Baudelot raconte. «J’ai grandi à Paris, dans le 7e arrondissement, pratiquement sous la tour Eiffel. On ne peut pas être plus française que ça! J’y suis restée jusqu’à l’âge de 21 ans.»

«Depuis que je suis toute petite, dans les plus lointains souvenirs, je rêve de faire de la photo. Mon père était chirurgien, mais dans tous ses temps libres il était un passionné de photo. Il m’a offert mon premier appareil alors que j’avais dix ans.»

Vous y retournez parfois?

«J’y suis allée récemment passer trois jours, et j’ai en quelque sorte redécouvert Paris. Comme les touristes. Quelle ville! Les monuments, les édifices, la rue… je me suis baladée à faire des photos de 5h du matin à 10h le soir!»

PARIS Fondation Louis Vuitton

Fondation Louis Vuitton

PARIS Institut Pierre et Marie Curie

Institut Pierre et Marie Curie

PARIS  La Villette

Paris La Villette

PARIS Station de Métro

Paris Station de métro

Vous avez étudié la photographie dans votre jeunesse?

«J’ai fréquenté là-bas une école de cinéma, mais j’étais surtout intéressée par la dimension photo de la cinématographie. J’avais de la difficulté a visualiser une histoire. Ce qui m’intéressait, c’est les images. J’aime surtout l’image fixe.»

Puis, un jour, vous venez au Québec…

«Je suis arrivée a 21 ans. Je suis venue faire un stage de 3 mois dans un magazine qui s’appelait Écodécision, consacré à l’environnement. Et je suis au Québec depuis ce temps-là.

Photoshop n’existait même pas à l’époque,** le magazine voulait des photomontages sur le réchauffement climatique, la pollution, les fonds marins, etc. Donc je prenais toutes sortes de photos, le les développais, je les collais pour faire des montages que je reprenais ensuite en photo et qui illustraient les articles. C’était broche-à-foin comparativement à ce que l’on fait aujourd’hui, mais l’effet était là!

Après mon stage à la revue, je suis brièvement retournée vers le cinéma où j’ai travaillé comme assistante pour des photographes de plateau. Mais les heures sont interminables! Parfois 15 heures par jour. C’est très exigeant parce que sur un plateau, le photographe passe toujours le dernier pour capter tout ce que l’on voit dans le décor. Il faut pas avoir d’enfants, ni de vie sociale.»

Vous êtes donc revenue vers la photo professionnelle

« Effectivement! Je suis revenue vers la photo. Je suis devenue assistante et j’ai travaillé avec Martin Desnoyers et Nicolas Ruel. Lui, il est maintenant connu à travers le monde. C’est là vraiment, au temps de la pellicule, que j’ai fait mes débuts comme photographe. J’ai appris toutes les bases, la lumière, l’exposition, la couleur, etc. Nicolas était très créatif et Martin était un puriste de la technique qui travaillait avec une chambre photographique 8 x 10.

Avec eux, j’ai fait du studio, des éclairages en extérieur, et beaucoup de photo commerciale. C’est nous qui faisions, par exemple, la photo officielle d’équipe des Alouettes de Montréal, avec toute l’installation que ça prend. D’autres photos nous donnaient la chance d’être plus créatifs: des portraits des «cheerleaders» par exemple.

J’ai ensuite travaillé comme cameraman à Musique Plus. Et puis, changement de vie, j’ai quitté le monde de la photo.»

Et maintenant, vous voilà de retour aux études

«Durant quelques années, je me suis éloignée de la photo un peu. J’ai eu des enfants. J’ai enseigné la psychologie, aussi, mais comme j’ai pas de bac en enseignement on m’a mis sur une liste de rappel. Alors comme je risquais de ne pas avoir de job, je me suis dit, c’est le temps ou jamais. En plus, le timing fait que je peux me le permettre financièrement alors je fonce. Je retourne à l’école en photographie.

Ça fait maintenant 8 mois que je suis à l’école. J’ai dépassé la moitié alors j’en ai plus derrière moi que devant (le cours dure 15 mois).
L’école de photographie Marsan, c’est très bon. Les profs sont tous des photographes. C’est pas de la théorie, ils te mettent dans des situations concrètes que tu vas vivre plus tard comme photographe. J’adore. C’est très intense. Mais j’ai appris énormément.

Je nage maintenant dans Lightroom comme un poisson dans l’eau. C’est devenu simple pour moi. Et si j’avais besoin un jour de changer de logiciel de capture je ne serais pas mal prise. Moi qui tremblais de peur devant Photoshop, que je voyais comme un démon, je manipule de plus en plus mes images comme je veux.

D’ailleurs, à l’expo de mi-session de l’école, il fallait faire des montages et j’ai gagné le prix du public. Ça veut dire que les nombreux visiteurs ont aimé ma photo. J’en suis très fière.

PHOTOMONTAGE  Projet École Marsan

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PHOTOMONTAGE Projet École Marsan

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PHOTOMONTAGE Projet École Marsan

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PHOTOMONTAGE Projet École Marsan

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Après tout ça, je ne sais pas où j’aboutirai. D’ailleurs, je me demanderai toujours où je serais rendue si je n’avais pas lâché. Mais on ne change pas le passé. J’ai 46 ans. C’est assez pour avoir pas mal d’expérience mais c’est encore jeune. Et je suis vraiment contente de ce que je fais.»

Quelle sorte de photos avez-vous l’ambition de faire?

«Je ne sais pas. Tout m’intéresse. Donc je pense qu’il faut que j’arrive à être polyvalente et faire un petit peu de tout.

Il faut être débrouillard, parce que les événements, les journaux du coin, ou même des piges pour un grand magazine, c’est pas quelque chose qui me fera vivre facilement. Donc, je ne connais pas encore la formule, mais je la trouverai.

Pour l’instant, j’éprouve un plaisir fou à couvrir des événements, et à créer mes propres concepts. J’adore aussi suivre la vie quotidienne, faire du reportage, rentrer dans la vie des gens.

Le portrait, aussi. Beaucoup! Les gens font des selfies aujourd’hui c’est donc qu’ils veulent se voir, alors peut-être que je pourrais gagner ma vie en faisant des véritables portraits.  Je pense que le portrait, quand on prend le temps de connaître les gens et de saisir leur essence, c’est quelque chose que j’aimerais développer. Montrer non seulement l’apparence des gens, mais leur intérieur…

Je pense que je suis comme beaucoup de photographes. J’aimerais bien pouvoir dire c’est ÇA que je veux. Mais il y a trop de choses qui m’intéressent. Sans doute que les événements de la vie m’emmèneront dans la bonne direction. Ah tiens, j’oubliais, j’aime aussi beaucoup le sport!

Je me suis aussi découvert aussi une passion pour le studio. Ça m’a surpris, je pensais pas.  Mais photographier des objets, peaufiner l’éclairage, choisir la lumière, les angles, observer, recommencer, j’adore tout ça. Je peux passer une journée dans un studio à faire une shot, à décider ma lumière.  J’aimerais bien faire des belles pubs avec des objets. Mais pas des photos de produits au soft box en série comme on voit dans les circulaires.»

On entend souvent dire qu’avec Photoshop et un bon cellulaire, n’importe qui peut être photographe…

«C’est pas vrai! C’est vrai que le métier évolue. C’est vrai que les gens font beaucoup de photos aujourd’hui. Ça les rend plus exigeants.

C’est plus facile de faire une bonne photo. Mais faire une photo vraiment remarquable, c’est toujours aussi difficile. Plus difficile peut-être parce que les gens en voient beaucoup.

Ça veut dire que nos images, à nous les photographes, doivent être encore plus remarquables. Pour que les gens sentent le besoin d’utiliser nos services, il faut qu’ils en aient le goût.

Je suis d’accord avec ceux qui disent que c’est un peu beaucoup le fardeau des photographes de mettre en valeur la photographie. Je ne crois pas que le métier soit en voie d’extinction. Au contraire, le métier progresse de façon extraordinaire. La créativité avec le numérique, ça n’a pas de limites.»

PRISE EN STUDIO Projet d’école sur le thème: délire sur feuille blanche

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Donc, les téléphones feront évoluer les gens vers des photos plus avancées?

«Tout-à-fait! Le Ipod mène à la photo plus recherchée. Je vois ma petite fille et quelques unes de ses amis, on les voit s’intéresser à la photo. Elles ne craignent pas de créer des choses. Et la qualité est quand même acceptable. Même si je ne doute pas qu’un jour, elle voudra utiliser une vraie caméra pour avoir plus de possibilités créatives.

J’ai moi-même fait une photo que j’aime beaucoup lors d’une visite à Paris où on voit le Pont Neuf qui se reflète dans une flaque d’eau. Je doute que j’aurais fait cette photo avec mon appareil alors qu’avec mon cellulaire, j’ai pas hésité une seconde à le mettre au ras la flaque et à faire la shot».

Êtes-vous une puriste? Que croyez-vous au sujet de photoshop?

«Ça dépend dans quel domaine. Dans le reportage, quand on veut témoigner d’un événement y’a pas de mal a faire une image qui soit esthétique, à condition qu’elle présente les faits.

Par contre, je n’ai aucun problème avec l’utilisation de techniques de retouche et de multiples calques images dans photoshop si c’est dans un cadre créatif.

L’exemple du tollé entourant Steve McCurry et ses photo modifiées pose la question assez clairement. Si c’est pour un reportage, il faut que la photo montre la réalité.

Mais si c’est pour exposer ou créer des images alors là, je n’ai pas de problème. Pourquoi pas si c’est créatif? Peu importe les moyens. Une bonne image est une bonne image.

D’ailleurs, j’ai parfois la nostalgie de la pellucule. Déclencher et ne pas savoir exactement ce qui va sortir. Puis voir l’image apparaître en laboratoire, c’était ben l’fun. Mais avec le numérique, l’imagination n’a pas de limites. Ça fait n’importe quoi!

PHOTOMONTAGE  New York Ground Zero

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Et dans l’immédiat? Que faites-vous demain, par exemple?

«Je ferai des photos d’athlétisme, de vélo de montagne et de basketball lors des Jeux du Québec à Montréal, dans le cadre de mon cours. Donc je sais que c’est la 70-200. Je sais aussi que c’est dehors donc que je ne manquerai pas de lumière pour avoir les vitesses requises pour le mouvement.

Je pense qu’après l’école, je vais essayer d’être assistante pour un bon photographe ou quelqu’un qui a beaucoup d’expérience, juste pour me perfectionner. Et en même temps prendre des contrats. Je me suis fait un petit studio dans mon garage avec des têtes flash, tout le kit, je vais donc pouvoir shooter des portraits.

PORTRAIT

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Je vais faire ma place. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que cette fois sera la bonne. Dans le passé, j’ai souvent hésité à me lancer. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me sentais jamais assez prête. J’ai un côté perfectionniste.

Un moment donné, il faut décider où s’arrête l’apprentissage et se lancer. Aujourd’hui, j’ai le vécu et la maturité que je n’avais pas avant.
C’est sur qu’il y a de l’incertitude. Mais une chose est certaine je ne serais pas capable de faire autre chose, Je ne me vois dans rien d’autre que dans la photo. Je n’ai pas le choix.»

Le Quiz Express Photo CDM

Photo CDM reconnaît qu’il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises réponses à notre quiz express. Demandez à n’importe quel photographe: la vie, ça se passe dans les zones grises. Mais dans ce bref jeu de 6 questions, où nous demandons à nos interviewés de choisir rapidement entre deux réponses, on jette la nuance par la fenêtre et on fait des instantanés. Juste pour le plaisir! ( Si nos répondants trichent et nuancent leurs réponses, on ne s’en fait pas pour autant…)

La couleur ou le noir et blanc?
La couleur!

En studio ou en extérieur?
En extérieur.

Grand-angle ou téléobjectif?
Grand-angle!

Le soir ou en plein jour?
Pas la nuit. Mais jamais en plein jour. Définitivement le soir avec la pénombre et les couleurs changeantes.

Portrait ou paysage?
Ouf… Je passe! Pas facile celle-là. Les deux m’intéressent. Là je suis vraiment égale…. je vais dire paysage mais j’inclus les gens parce qu’ils font partie du paysage!

Photo de rue ou d’événements?
Photo de rue parce que tu peux capter des scènes qui t’inspirent et que tu interprètes, comme un témoignage. On peut être subjectif. Alors que la photo d’événements, ça se veut objectif. Il faut montrer les faits comme ils se sont produits. La photo de rue est plus créative à mon avis.

** NDLR:  Si on veut être pointilleux, notre interviewée n’a que partiellement raison quand elle dit que Photoshop n’existait pas. Bien que le logiciel Photoshop ait été créé en 1988, la majorité des photographes professionnels ne travaillaient pas en numérique en 1991. D’ailleurs ce n’est qu’entre l’an 2000 et 2010 que les pros et les amateurs avancés ont commencé à prendre les appareils numériques au sérieux. On peut donc dire qu’en vérité, pour la plupart des gens, Photoshop n’existait pas encore.

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