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Mirabel s’inquiète de l’avenir du manoir de Belle-Rivière

La manoir de Belle-Rivière a été construit en 1804.

L’avenir de l’ancien manoir de Belle-Rivière, un bâtiment patrimonial datant de plus de 200 ans et propriété du Cégep de Saint-Jérôme depuis 1988, suscite des inquiétudes à Mirabel, où la Ville craint qu’il passe aux mains d’un propriétaire privé.

«Ce serait une grave erreur que ce joyau soit vendu à des intérêts privés», affirme le maire Jean Bouchard, qui presse les gouvernements fédéral et provincial d’intervenir dans ce dossier. La Ville confirme du même souffle son intérêt à acquérir le bâtiment, mais ne s’entend visiblement pas avec le cégep sur le prix.

Sauvé in extremis de la démolition lors de l’aménagement de la zone aéroportuaire dans les années 70, le manoir d’inspiration française, devenu propriété du gouvernement fédéral, avait été acquis pour la somme symbolique de 1$ par le collège, qui y avait alors implanté son Centre de formation en environnement.

Ce centre a plus tard cessé ses activités et, depuis, l’immeuble a été offert en location. L’ex-députée péquiste de Mirabel, Me Denise Beaudoin, y avait établi ses bureaux et elle y travaille d’ailleurs toujours pour un organisme qui caresse un projet de centre d’interprétation de l’expropriation de Mirabel et qui a conclu un bail avec le collège.

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La Ville de Mirabel, un «acquéreur naturel»

En cédant le manoir au cégep en 1988, le ministère fédéral des Travaux publics avait posé comme condition que le bâtiment ne serve pas à des fins commerciales ou résidentielles, et qu’il ait une vocation liée à l’enseignement.

«Comme nous ne répondons plus à ces exigences et qu’entre-temps, nous assumons des coûts d’entretien importants, nous devons nous en départir», explique le président du conseil d’administration du cégep, Pierre-Luc Tremblay.

La revente du bâtiment reste toutefois liée aux conditions du ministère fédéral des Travaux publics. Ainsi, le manoir doit d’abord être offert à un organisme public. Dans ce contexte, des pourparlers ont été entrepris avec la Ville, «un acquéreur naturel», selon M. Tremblay.

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Combien pour le manoir?

Le maire Bouchard constate toutefois que le collège souhaite obtenir la valeur marchande de l’immeuble, soit environ 600 000$, beaucoup trop cher pour la Ville. «Nous serions disposés à considérer une offre dans la mesure où celle-ci est raisonnable», dit M. Bouchard, rappelant que le collège avait acquis le manoir pour 1$.

M. Tremblay rappelle pour sa part que le cégep a dû investir «des centaines de milliers de dollars» dans l’immeuble, qui était en très mauvais état lors de l’acquisition. «Tout ce qu’on veut, c’est ravoir la valeur que le collège a mis dans le bâtiment», dit-il. Il ajoute que le ministère fédéral a également son mot à dire dans le prix.

Cela dit, cette question du prix n’aurait pas vraiment été abordée en détail dans les discussions avec la Ville. Et au cégep, on assure que les pourparlers vont se poursuivre. Dans ce contexte, le président se montre surpris de la sortie publique du maire Bouchard.

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Un Centre d’interprétation de l’expropriation?

Pour ce qui est de l’utilisation future du manoir s’il était acquis par la Ville, le maire affirme que rien n’est arrêté. Il évoque tout de même l’idée de le relier aux activités au Bois de Belle-Rivière, situé tout près. «Il pourrait aussi servir à des organismes communautaires ou encore pour une galerie d’art», dit-il.

De son côté, l’ex-députée Beaudoin prône aussi le maintien d’une vocation publique pour le bâtiment. Mais, à son avis, la seule utilisation souhaitable est justement le projet de «mémoire collective» sur l’expropriation auquel elle se consacre à temps plein avec sa partenaire Françoise Drapeau.

«Cet immeuble revient aux expropriés», insiste Denise Beaudoin. Le gouvernement fédéral étant responsable de ce qu’elle considère toujours comme le «scandale» de l’expropriation, elle croit qu’une implication financière dans le financement du projet de centre d’interprétation serait une bonne façon pour Ottawa de faire amende honorable.

Un peu d’histoire

Le manoir et le domaine Belle-Rivière, aujourd’hui situés sur la rue du même nom près de l’ancien village de Sainte-Scholastique, avaient été érigés par les pères sulpiciens, qui s’étaient installés dès le début du 18e siècle à Oka, non loin de là.

À l’origine, on y trouvait aussi un moulin (incendié en 1932), où les censitaires de la seigneurie venaient faire moudre leur blé.

Les Sulpiciens ont vendu leur domaine à Belle-Rivière en 1876, tout en se conservant le droit d’y séjourner chaque année pour «percevoir les cens». Ils ont définitivement quitté les lieux en 1911.

Différents propriétaires se sont ensuite succédés, jusqu’à la fameuse expropriation pour l’aéroport de Mirabel en 1969. Le bâtiment est classé patrimonial depuis 1963.

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