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Selena rêvait de belles photos

Selena Loiselle et son appareil photo.

Selena Fraser-Loiselle est petite. Vraiment menue. Elle a même une petite voix fine qui dissimule les 18 ans qu’elle vient d’avoir.

Et elle aurait bien voulu nager avec des dauphins à Hawaï.

Vous savez, le genre de choses que les gens publient sur Facebook. L’hôtel vous donne même une photo pour partager avec vos amis. De Cayo Presto à Santa Bambina, on vous l’offre partout. (Oui, je sais, j’ai inventé les noms…)

Je sais aussi que parfois, l’aventure de nager quelques moments avec des dauphins peut avoir l’air superficielle.

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Mais pas quand vous êtes atteint de dystrophie musculaire congénitale et que vos muscles peinent à fonctionner.

Dans de telles conditions, flotter dans l’eau vous soulage du poids de votre corps et vous offre le plaisir d’oublier momentanément la douleur, et tout ce qui vous pèse. Tout ça en présence d’un animal superbe, que l’on jurerait capable de gentillesse.

Alors non, ça n’avait rien de superficiel de vouloir nager avec des dauphins.

Un rêve en remplace un autre

Hélas, Selena n’a pas pu réaliser son rêve. Même si la demande s’est rendue à la Fondation Rêves d’enfants, un organisme qui réalise ce genre de désirs. «J’ai été obligée de me faire opérer pour une scoliose, et puis, il s’est passé d’autres affaires dans ma vie, ça fait que le rêve a changé», dit-elle sans amertume.

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Selena vit depuis son enfance avec sa maladie, qui est une présence constante. Sa dystrophie affecte ses muscles, qui sont extrêmement faibles, et ses poumons. «Mais j’ai toute ma tête», dit-elle avec un aplomb qui ne laisse aucun doute.  Elle marche sans peine mais pas loin ni longtemps.

Elle est très vulnérable aux troubles respiratoires, qui exigent parfois des périodes d’hospitalisation. Elle vient de subir une opération importante pour corriger une scoliose. «Ils n’étaient pas sûrs que j’avais la force de passer au travers.»

Elle a grandi dans le cercle vicieux des traitements, des hospitalisations, des suivis et du travail de réhabilitation. Sainte-Justine, la clinique de réadaptation Marie-Enfant. Rendez-vous. Traitements. Physio. Un parcours qui mettrait à l’épreuve la plus harmonieuse des familles.

Mais Selena a été extirpée de son foyer et enlevée à ses parents à l’âge de 4 ans, par la DPJ.  Tous deux étaient alcooliques. «Ils ne boivent plus maintenant», ajoute-t-elle. Encore une fois avec aplomb. Encore une fois sans amertume.

Je vous l’ai dit, je crois, en début de texte: Selena est toute petite… mais c’est aussi une géante.

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La photographie

Son rêve d’enfant, que la fondation a enfin pu réaliser alors qu’elle avait 17 ans, c’est la photographie.

«Quand la boutique m’a appelée, je ne savais même pas que c’était juste à côté», a dit Selena.  (L’appel provenait de Photo CDM à Saint-Jérôme.) Elle a reçu de la fondation un appareil muni d’un objectif ultra-performant, ainsi que tous les accessoires requis. Sacs, cartes mémoire, batteries et chargeur, etc. En plus d’un certificat pour des heures de cours.

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«J’adore faire des photos. Même avant, j’en prenais tout le temps avec mon téléphone. Et maintenant elles sont tellement belles. Les couleurs sont plus précises, les images sont super nettes, tout a l’air très vivant!»

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Avec son appareil photo tout neuf, Selena capte des photos de tout ce qui l’entoure. Son chat. Son amie Emmanuelle Lapointe. Sa mère. Ce ne sont pas des dauphins, mais ils sont là tous les jours. Comme des éléments importants de sa vie.

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Du genre de photos que l’on conserve près de soi, dans son téléphone, pour les avoir tout le temps. Comme on gardait autrefois, au fond de son portefeuille, une photo de ce qui nous était le plus précieux.

D’autres rêves à venir?

« J’ai des idées de ce que je veux faire dans la vie, mais d’abord, je veux finir mon secondaire. (Selena fréquente une école régulière.)

La vie que j’ai vécue m’a permis de découvrir que j’étais faite forte. La vie c’est un parcours et ce n’est pas ma maladie qui va m’empêcher de vivre. Je garde le sourire.»

On serait portés à ajouter que ses photos le transmettent…

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