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Films

1:54 ne vous divertira pas

Le nouveau film de Yan England, intitulé 1:54, ne vous divertira pas.

Mais cette histoire d’un jeune étudiant qui subit de l’intimidation et de l’homophobie vous invite à entrer dans un univers que le film dépeint avec un réalisme saisissant. Peu importe qui on est, 1:54 provoque la réflexion. C’est un film qu’il faut voir.

Un séjour dans la réalité des jeunes

Dès les premières images, le ton est donné. De vrais autobus scolaires dans le rôle d’autobus scolaires. Une vraie polyvalente dans le rôle de la polyvalente. Des centaines de figurants, des vrais élèves. S’il n’y avait pas la trame dramatique, pourtant très forte, les images au «look» quasi-documentaire pourraient être celles du téléjournal.

Bienvenue dans une école secondaire peuplée d’adultes en devenir. Elle a ses clans, sa diversité, ses explosions d’hormones et ses crises d’identité. Tout ça et le poids cruel d’un milieu impitoyable, où le jugement de vos semblables compte plus que tout. Avec le support technologique des médias sociaux omniprésents.

On retrouvera dans le film des phrases profondément cruelles transmises par messagerie électronique qui en ont choqué plusieurs, au point de sembler exagérées. Pourtant il n’en est rien. Ces phrases ne sont pas scriptées. Le réalisateur Yan England a révélé aux comédiens avoir utilisé des vraies phrases qu’il a reprises intégralement pour le film.

On devine qu’ils sont tous là. Les nerds, les sportifs, les crouzeurs, les sainte nitouche, les filles faciles, les homosexuels, etc. Tous des descriptifs discriminants et bourrés de clichés qu’on souhaiterait disparus, mais que tout le monde reconnaît instantanément.

Une responsabilité

En tournée de promotion pour le film, les comédiens Antoine Olivier Pilon, Lou-Pascal Tremblay et Sophie Nélisse donnent l’impression d’être en mission.

Bien sûr, ils sont fiers d’avoir participé au projet, fiers du film et soucieux qu’il soit vu par le plus possible de gens. Et ils sont heureux, comme il convient de le dire, qu’un tel film fasse partie de leur carrière.

Mais il y a davantage. Ils ont une conversation qui sort des sentiers battus et tourne davantage vers la responsabilité qu’ils ressentent, presqu’à l’unisson semble-t-il, que 1:54 contribue à influencer les gens, et à déclencher des conversations.

Pourtant, tout comme ses comédiens, le film n’est jamais moralisateur. D’ailleurs, il ne cherche pas une belle fin. Et soyez avertis, les bons ne gagnent pas tout le temps.

Le suicide, oui, le suicide

Le suicide. Un de ces mots souvent escamotés. Comme les aveugles, les infirmes, les pauvres. Ces gens qu’on nomme autrement, que l’on ne montre jamais.

Avec courage, parce que la conversation est nécessaire, 1:54 met en scène un suicide. Pas glamorisé, mais quand même montré. Avec lucidité.

Pas une anonyme interruption de service dans le métro. Pas un événement que les médias appellent une mort accidentelle. Ici, le suicide est montré et expliqué. Les êtres humains, les événements, les circonstances, les conséquences. Comme nous devrions peut-être le faire, la caméra évite le voyeurisme sans pour autant détourner le regard.

1:54 est un film qui traite le suicide, la discrimination, l’intimidation et l’homophobie avec une franchise et une honnêteté remarquables. Le reste appartient à ceux qui l’auront vu.

On ne ne fera pas disparaître le suicide en n’en parlant pas. Pas plus qu’on n’éliminera l’intimidation en ligne en confisquant des téléphones. La réponse appartient aux humains.

Une équipe en mission

Les comédiens sont unanimes à dire que Yan England avait à coeur la réalisation de ce film. «Yan voudrait que les jeunes viennent au cinéma voir le film, en dehors du contexte de leur école, disait Antoine Olivier Pilon, je pense même que les parents devraient voir ça avec leurs enfants.»

Déjà, le film a remporté des succès en Europe où il a été projeté cet été. En plus d’avoir reçu beaucoup de critiques positives et remporté le prix du jury junior au festival de Namur, en Belgique, 1:54 a aussi reçu le prix du jury étudiant au festival d’Angoulême, en France, en plus de valoir le prix du meilleur acteur à Antoine Olivier Pilon.

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Antoine Olivier Pilon:

«L’intimidation n’a pas comme seule cible l’homosexualité. Souvent les jeunes qui sont seuls a l’école, qui n’ont pas d’amis autour d’eux, sont des victimes. Je pense qu’un bon conseil qu’on peut donner à ces jeunes, c’est de s’inscrire dans des groupes à l’école.»

«Nous, on a quitté l’école depuis un bout, mais après avoir vu les larmes de personnes qui ont vu le film, après avoir écouté les témoignages de spectateurs, c’est clair que ça arrive encore dans nos écoles. Les gens sont plus ouverts d’esprit, mais c’est plus facile pour les intimidateurs d’écrire n’importe quoi anonymement sur les réseaux sociaux. C’est sûr qu’on aimerait que le film ouvre les yeux des gens.»

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Lou-Pascal Tremblay

«S’il y a un message, c’est de prendre conscience. Au secondaire, on se rend pas compte de nos gestes. En faisant le film, j’ai réfléchi à mon parcours. J’étais moi-même celui qui lançait des effaces, pas par malice, toujours pour faire rire. Mais on est pas conscient des conséquences quand on est jeune. On entend toujours la même phrase usée: c’t’une joke. C’en est pas une. »

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Sophie Nélisse

«Ce que je retiens c’est d’agir quand on voit des choses. Moi je vois des gens qui se font pousser ou qui se font lancer des objets (elle est encore au secondaire.) Je me dis que je ne les connais pas et souvent, je ne fais rien. Mais on ne sait pas à quel point ça les touche, ces personnes-là…»

1:54 est à l’affiche au cinéma du Carrefour du Nord dès le jeudi 13 octobre en soirée.

Bande-annonce du film

 

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