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Histoire, Les députés de Saint-Jérôme, Politique

Un premier député… premier ministre (1 de 7)

Joseph-Adolphe Chapleau était le député de Terrebonne, donc de Saint-Jérôme, et le 5e Premier ministre du Québec. Photo William Notman

Depuis 1867, Saint-Jérôme a eu droit comme représentants élus à l’Assemblée nationale à son lot de vedettes politiques — et même un premier ministre.

Le journaliste retraité du Soleil et natif de Saint-Jérôme, Michel Corbeil vous propose de retracer les principaux députés qui ont eu la responsabilité de représenter le région de Saint-Jérôme à l’Assemblée nationale du Québec au cours des 150 dernières années.

Dans ce premier élément, on trace le portrait de Joseph-Adolphe Chapleau, le premier député élu, de 1867 à 1882, qui sera aussi premier ministre.

La publication de ce reportage en plusieurs volets a été rendue possible grâce à la contribution financière de la Société nationale des Québécoises et Québécois, région des Laurentides.

Deux vedettes politiques

Depuis qu’elle a une circonscription à son nom, Saint-Jérôme peut s’enorgueillir d’avoir été défendue par deux authentiques vedettes politiques, dont l’une, le péquiste Pierre Karl Péladeau, a aspiré à diriger le Québec. Ce qui est tombé dans l’oubli populaire, c’est que la ville a déjà eu comme député des poids lourds de la politique, dont un premier ministre, Joseph-Adolphe Chapleau, député de 1867 à 1882.

Au fil des ans, les électeurs de la ville ont été par moments défendus par des personnages influents du monde de la politique provinciale, révèle un survol historique des élus qui ont siégé depuis l’ouverture à Québec de la première législature de l’Assemblée nationale, en 1867.

Le tout premier qui se lève en Chambre à Québec s’appelle Joseph-Adolphe Chapleau. Il est élu pour le Parti conservateur dans la circonscription de Terrebonne qui comprendra Saint-Jérôme jusqu’en 1972.

Chapleau exercera un rôle politique de premier rang tout en étant à la tête de journaux influents. Cet orateur doué a d’ailleurs polémiqué volontiers avec ses adversaires, les «rouges» du Parti libéral.

Joseph-Adolphe Chapleau est né à Terrebonne, en 1840. Son père est un tailleur de pierres qui s’impose par «sa scrupuleuse probité», dit Chapleau, et ses six pieds…

Un contemporain de Louis Riel

Le jeune Chapleau se fait remarquer très tôt. La seigneuresse de Masson, selon Érudit.org, soutiendra l’éducation de jeunes hommes talentueux. Ce sera son cas tout comme celui de Louis Riel, de quatre ans son cadet.

Leurs parcours se croiseront, y compris dans des circonstances tragiques : la révolte des Métis dans l’Ouest canadien, en 1885. Lorsque Louis Riel est pendu pour avoir mené l’insurrection contre le gouvernement central, des voix se lèveront chez les Canadiens-français pour reprocher à Chapleau, alors un élu à Ottawa, de n’avoir rien fait pour empêcher que ne soit envoyé à l’échafaud celui qui est maintenant considéré comme le père fondateur de la province du Manitoba.

Joseph-Adolphe Chapleau brille d’abord comme avocat. Il remporte 21 des 22 causes où les accusés qu’il défendait risquaient la peine de mort.

Également, à cette époque, il fonde avec des amis le journal Le Colonisateur(1862). Ce n’est pas sans rappeler la politique pour freiner l’exode des Canadiens-français et son amitié pour l’âme dirigeante du mouvement de colonisation, le curé Labelle.

En parallèle de ces activités, il attire l’attention de la classe politique. Il n’a pas 20 ans qu’il s’impose dans les débats contradictoires.

Un conservateur

Ce premier député à représenter les Jérômiens défend les couleurs du Parti conservateur du Québec.

Joseph-Adolphe Chapleau accède à l’Assemblée législative du Québec dans un scrutin où il ne rencontre pas d’opposition, à l’été 1867. À l’âge de 27 ans, il se retrouve dans le parti ministériel de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau. Son éloquence le servira en Chambre.

Six ans plus tard, il devient ministre dans le cabinet du conservateur Gédéon Ouimet. Il assumera d’importantes fonctions. Solliciteur général, Commissaire à l’Agriculture et aux Travaux publics, Commissaire aux Chemins de fer.

Un homme de chemin de fer

Le 31 octobre 1879 marque l’apogée de sa carrière politique. Un an après avoir accédé à la tête du Parti conservateur, il devient premier ministre où il se réserve d’ailleurs le poste de Commissaire aux Chemins de fer.

Le train relie depuis 1876 Saint-Jérôme à Montréal. Même s’il dirige un gouvernement, affichant la volonté de prolonger le développement de la voie ferrée plus au nord dans les Laurentides, la desserte ferroviaire n’atteindra Sainte-Agathe qu’en 1892, soit dix ans après son passage au pouvoir, à Québec.

Le train se rendra à Labelle, en 1893, et, finalement, à Mont-Laurier, en 1909, plus de dix ans après le décès de Chapleau.

Joseph-Adolphe Chapleau sera aussi le premier premier chef de ce nouveau gouvernement québécois à renouer officiellement avec la France depuis la Conquête, en 1760. Une mission économique pour inciter la classe d’affaires de la «mère-patrie» à investir au Québec.

Le règne de Joseph-Adolphe Chapleau dure près de trois ans. Il se termine, le 31 juillet 1882, au milieu de controverses.

Une autre raison que la défaite électorale

Chacun des six premiers ministres du début de l’Assemblée nationale, y compris le successeur de Chapleau, Joseph-Alphonse Mousseau, sera contraint de quitter le pouvoir pour «d’autres raisons que la défaite électorale», notent les historiens dans Québec : quatre siècles d’une Capitale. La province «sera renommée dans l’histoire pour la facilité avec laquelle elle dévore ses premiers ministres».

Après avoir dirigé le gouvernement du Québec, Joseph-Adolphe Chapleau échouera à réaliser son grand rêve d’assumer des fonctions avec le même ascendant à Ottawa. Au jeu des alliances des politiques de l’époque, il perdra.

Il se sentira trahi par le chef des conservateurs et du gouvernement à Ottawa, John A. Macdonald.

Celui-ci l’avait convaincu d’aller dans la capitale fédérale. L’influence de Chapleau ne sera pas celle qu’il espérait. Sur la fin de sa carrière, il se rapprochera du chef libéral fédéral appelé à prendre le pouvoir vers la fin du siècle, Wilfrid Laurier.

L’affaire Louis Riel, exécuté en novembre 1885, sonne la fin des ambitions de Chapleau.

En 25 ans de carrière politique, les électeurs de Terrebonne l’ont élu dix fois, à Québec ou à Ottawa. Il revient dans le giron du Québec à titre de lieutenant-gouverneur de la province, en 1892. Il meurt six mois après avoir perdu ce poste, en janvier 1898, à l’âge de 57 ans.

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