Michaud en liberté, Politique

Une recette pour une élection imparfaite

Les électeurs de Saint-Jérôme s’en vont aux urnes le 5 décembre.

Il y aura 10 candidats au poste de député de la circonscription.

La majorité

Dans notre démocratie, quand il s’agit d’élire un député, la majorité est accordée au candidat qui a le plus de voix parmi tous ceux qui se présentent. C’est la majorité simple.

Pas la même chose que la majorité absolue. Néanmoins, elle est reconnue comme légitime et utilisée dans beaucoup de pays.

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En théorie, si le vote se partageait également, dans la prochaine élection, un candidat pourrait être élu avec aussi peu que 10,1% des voix.

Cela nous donnerait un député que 89% de la population aurait rejeté. C’est très peu probable. En fait, pratiquement impossible.

Mais c’est néanmoins ce que disent nos lois électorales. Et c’est une véritable faiblesse de ce type de système.

De la théorie à la réalité

Bien sûr, l’exemple d’un député élu avec seulement 11% du vote est extrême, mais la réalité révèle quand même des résultats qui méritent une réflexion.

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La réalité, pour les quatre derniers députés qui ont représenté Saint-Jérôme, est la suivante.
En 2014, 63% des électeurs n’avaient pas voté pour Pierre Karl Péladeau.
En 2012, 60% des électeurs n’avaient pas voté pour Jacques Duchesneau.
En 2008, 55% des électeurs n’avaient pas voté pour Gilles Robert.
En 2007, 60% des électeurs n’avaient pas voté pour Martin Camirand.

La dernière fois qu’un député élu à Saint-Jérôme a obtenu plus de 50% des voix, c’était il y a près de 20 ans, en 1998, avec l’élection de Lucie Papineau, dont c’était le deuxième mandat.

La clarté d’une majorité absolue

Ailleurs dans le monde, il existe de nombreux modes électoraux qui visent à rendre les mandats des élus plus légitimes, plus solides, si on veut.

On parle dans ce cas d’une majorité absolue des électeurs, c’est à dire la moitié des votes exprimés, plus une voix. Cette formule est celle souvent utilisée pour les grandes questions politiques comme par exemple le Brexit, l’indépendance de l’Écosse, celle de la Catalogne, et les référendums sur l’indépendance du Québec.

C’est aussi la même formule qui vaut pour un simple changement de zonage dans une municipalité. (À condition cependant que suffisamment de gens demandent un vote.)

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Quand la question exige un oui ou un non, le résultat est très clair, et dépasse automatiquement 50%. (Même si l’histoire nous enseigne que certaines questions peuvent être tortueuses.)

Certaines formules prévoient plus d’un tour de scrutin, éliminant des candidats au premier tour pour que le choix final se fasse entre deux options. Encore une fois, le choix gagnant dépasse 50%.

D’autres encore prévoient que les votants désignent un premier, deuxième et troisième choix. On départage ensuite les votes sur cette base, jusqu’à trouver une majorité absolue.

C’est cette formule qui a fait élire Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois en octobre. Au deuxième tour de scrutin, il avait été choisi au premier ou au deuxième rang par 50,6% des votants.

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Pourquoi pas une réforme?

On serait portés à croire que si c’est important à ce point de bien choisir un pays, un chef de parti ou même un bout de trottoir, pourquoi ne pas revoir le mode de scrutin pour choisir un député?

Surtout qu’on sait que notre député nous représentera durant quatre ans. C’est un engagement à long terme. Une éternité politique. D’autant plus qu’il n’existe aucune loi, sinon celle de la pression populaire, qui le force à respecter ses engagements électoraux.

Alors pourquoi n’avons-nous pas un meilleur mode de scrutin?

La réponse tombe quelque part entre l’indifférence des électeurs et le confort des élus.

En dehors des périodes d’élection, il est difficile de mobiliser des gens pour s’intéresser aux modes de scrutin. L’autre député de Saint-Jérôme, au fédéral, le bloquiste Rhéal Fortin, a invité tous ses électeurs à une consultation le 6 octobre dernier. Il n’a reçu qu’une poignée d’individus…

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Quant au confort, il est bien évident que les élus, partout, de tous les partis, ne sont pas naturellement enclins à revoir les règles du jeu d’une partie qu’ils viennent de gagner.

Dans ces conditions, on risque de subir les imperfections du système actuel encore bien longtemps.

Alors, le 5 décembre?

Ce qui risque fort d’arriver chez nous le 5 décembre, compte tenu des forces en présence, c’est l’élection d’un député qui n’aura guère plus que 35% d’appuis.

Dans ce contexte, une des qualités essentielles à rechercher chez le ou la futur(e) élu(e), c’est l’ouverture, la capacité d’écoute et une saine dose d’humilité.

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Je vous suggère de considérer ce critère dans votre décision. Évidemment, on ne le dira jamais assez souvent, il faut aller voter!

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