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Histoire, Les députés de Saint-Jérôme, Politique

Trois ministres et trois règnes (2 de 7)

Athanase David a donné son nom à un édifice, construit sur la rue de Martigny à Saint-Jérôme dans les années 1970.

Depuis 1867, Saint-Jérôme a eu droit comme représentants élus à l’Assemblée nationale à son lot de vedettes politiques — et même un premier ministre.

Le journaliste retraité du Soleil et natif de Saint-Jérôme, Michel Corbeil vous propose de retracer les principaux députés qui ont eu la responsabilité de représenter le région de Saint-Jérôme à l’Assemblée nationale du Québec au cours des 150 dernières années.

Dans ce deuxième volet, il est question de Guillaume-Alphonse Nantel(1882-1900), Jean Prévost (1900-1915) et Athanase David (1916-1936/1939-1940).

La publication de ce reportage en plusieurs volets a été rendue possible grâce à la contribution financière de la Société nationale des Québécoises et Québécois, région des Laurentides.

Influence, longévité et indépendance

Les trois successeurs immédiats de Joseph-Adolphe Chapleau n’ont pas tous été de sa famille politique conservatrice. Mais chacun a représenté Terrebonne sur plus d’une décennie. Tous trois ont assumé des postes ministériels.

Guillaume-Alphonse Nantel débute son parcours politique en se faisant élire dans la circonscription fédérale de Terrebonne. Il n’occupe ce fauteuil que quelques mois avant de le céder à Joseph-Adolphe Chapleau, premier ministre sortant du Québec, tenté par l’aventure à Ottawa.

Nantel est un proche de Chapleau. Il troque en quelque sorte son siège au fédéral pour celui de la circonscription provinciale de Terrebonne, dont fait partie Saint-Jérôme. Guillaume-Alphonse Nantel gardera le comté dans le giron conservateur de 1882 à 1900.

Un disciple de la colonisation

L’avocat de formation sera un «disciple convaincu et actif» du mouvement de colonisation que mène le curé Labelle, raconte l’historien Serge Laurin. Avant de se lancer en politique, il agira notamment comme directeur du Montreal Northern Colonization Railway et du chemin de fer du Grand Nord, signale le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Élu, il se voit confier des portefeuilles ministériels qui ont trait à la colonisation dans trois gouvernements conservateurs, entre 1891 et 1897: Commissaire des Travaux publics, Commissaire des Terres de la couronne et Commissaire des Terres, des Forêts et des Pêcheries. Nantel sera défait, en 1900. Pour la petite histoire, signalons qu’il est le beau-père du futur député et ministre libéral de Terrebonne, Athanase David.

Règne libéral

Les deux politiciens à prendre le relais dans Terrebonne, Jean Prévost et Athanase David, amèneront la circonscription qui représente Saint-Jérôme dans le camp du Parti libéral.

Jean Prévost sera membre de l’Assemblée nationale de 1900 à 1916. Chemin faisant, il battra à deux reprises Guillaume-Alphonse Nantel. En 1904, il l’emportera devant un des grands polémistes de l’époque, Olivar Asselin.

Jean Prévost sera député pendant 15 ans. Sa carrière ministérielle, elle, sera courte, entachée par des allégations de corruption. Il ne conserve que deux ans sa fonction de ministre de la Colonisation, des Mines et des Pêcheries que lui confie le chef du gouvernement, Lomer Gouin.

En 1907, il démissionne dans un effort pour rétablir sa réputation. Il ne sera pas rappelé comme ministre et finira sa carrière comme libéral indépendant.

Pour l’anecdote, notons qu’en 1912, il se présente simultanément dans deux circonscriptions, Terrebonne et L’Assomption. Il est élu dans la première. La double candidature a été permise jusqu’en 1952, mais rarement utilisée dans l’histoire.

Athanase David, un super-ministre

Athanase David s’avère le personnage politique le plus marquant du trio. Le parlementaire sera en poste de 1916 à 1936. Après avoir fait l’impasse sur le scrutin général suivant, il se fait réélire en 1939. Laissé de côté du cabinet du premier ministre Joseph-Adélard Godbout, il démissionne de l’Assemblée nationale, l’année suivante.

À compter de 1920, le poids politique d’Athanase David est considérable dans les cabinets que forment le libéral Louis-Alexandre Taschereau, au pouvoir jusqu’en 1936. Il occupe alors une fonction abolie en 1970, celle de secrétaire du gouvernement. À l’époque, il s’agit d’un super-ministère.

Des prix, un musée et un palais

L’Histoire retient surtout de lui qu’il fut, selon les mots du sociologue Fernand Harvey, un «véritable ministre de la Culture avant la lettre». Un de ses legs perdure. En 1922, il instaure des prix d’excellence pour souligner le mérite des écrivains et des scientifiques. Les Prix David deviendront les Prix du Québec.

En 1933, il inaugure ce qui est devenu le Musée national des beaux-arts du Québec. Selon les auteurs de Québec: quatre siècles d’une Capitale, le politicien pose un choix hautement idéologique avec l’érection de l’édifice sur les plaines d’Abraham, «sur l’épicentre même de la bataille décisive de 1759 (qui consacre la Conquête par l’armée britannique) pour en faire un socle emblématique de résistance culturelle» des Canadiens-français.

Sous sa gouverne ministérielle, un bâtiment patrimonial du style des beaux-arts sera érigé à Saint-Jérôme. Le Palais de justice, devenu la Maison de la culture Claude-Henri Grignon, est aménagé entre 1922 et 1924, devant le parc Labelle.

Contre les grandes chaînes étrangères

Dans Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962, le nom d’Athanase David revient souvent dans les débats touchant bien d’autres enjeux de la société. Ses fonctions l’amènent à s’occuper de santé, d’éducation et de commerce, entre autres.

Dans le domaine de la santé, par exemple, il pilotera des projets de loi pour inciter les municipalités à mettre sur pied «un service d’hygiène dirigé par un médecin compétent; instaurer un bureau provincial d’hygiène; promouvoir la vaccination et la prévention des épidémies (1928); et superviser les conditions sanitaires dans les camps de bûcherons(1934).

Il interviendra pour assurer les droits scolaires de la communauté juive et pour l’intégrer à la commission scolaire protestante(1930). Il réclamera un embargo contre la Russie qui, outre l’idéologie du régime, fait du dumping de ses produits au pays (1931).

Il sera un de ceux qui s’élèveront contre la disparition «de l’épicier du coin et du boucher» au profit «des grandes chaînes étrangères» (1934) et qui s’objectera avec succès à un projet de loi d’un collègue préconisant de «combattre l’envahissement progressif du travail féminin» (1935).

Le grand-père de Françoise et Hélène, du baseball et des coupes Stanley

À n’en pas douter, la politique coule dans les veines des David. Le père d’Athanase David, Louis-Olivier, a occupé un siège à l’Assemblée nationale, en 1885, dans Montréal-Est — et encaissé la défaite dans cinq autres scrutins. La députée de Québec solidaire, Françoise David, et la députée ministre libérale de Philippe Couillard, Hélène David, siègent à l’Assemblée nationale. Elles sont les petites-filles d’Athanase David.

Son champ d’action ne se limitera pas à la politique. En 1928, il s’associe à deux hommes d’affaires pour faire renaître, en 1928, les Royaux de Montréal. Ce club de baseball est reconnu pour avoir contribué à briser la barrière raciale qui prévalait dans le sport emblématique des Américains avec l’embauche de Jackie Robinson, en 1946.

Mais rappelons-nous également du nom d’Athanase David pour avoir permis aux Montréalais de remporter trois… coupes Stanley. De 1921 à 1935, le politicien agit également comme président du club de hockey Les Canadiens de Montréal, champions des saisons 1923-1924, 1929-1930 et 1930-1931.

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