Histoire, Les députés de Saint-Jérôme, Politique

Dans l’temps de Duplessis, jusqu’aux Olympiques (3 de 7)

Le premier gouvernement de Maurice Duplessis, en 1936. Pour savoir qui est sur l'image, consulter Wikipédia.

Depuis 1867, Saint-Jérôme a eu droit comme représentants élus à l’Assemblée nationale à son lot de vedettes politiques — et même un premier ministre.

Le journaliste retraité du Soleil et natif de Saint-Jérôme, Michel Corbeil vous propose de retracer les principaux députés qui ont eu la responsabilité de représenter le région de Saint-Jérôme à l’Assemblée nationale du Québec au cours des 150 dernières années.

Dans ce troisième volet, il est question de Hermann Barrette (1936-1939), Hector Perrier (1940-1944), Joseph-Léonard Blanchard (1944-1960), Lionel Bertrand (1960-1964), Denis Hardy (1965-1966 / 1970-1973), Hubert Murray (1966-1970) et Bernard Parent (1973-1976).

La publication de ce reportage en plusieurs volets a été rendue possible grâce à la contribution financière de la Société nationale des Québécoises et Québécois, région des Laurentides.

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Entre unionistes et libéraux

En 1936, un homme ouvrira un nouveau chapitre de l’histoire de la province en prenant le pouvoir à Québec. Maurice Duplessis fonde l’Union nationale(UN). S’amorce une période couvrant cinq décennies où unionistes et libéraux alterneront pour représenter Terrebonne et ses électeurs de Saint-Jérôme.

Ces derniers emboîtent immédiatement le pas à la marche vers le gouvernement de la nouvelle formation, née du mariage du Parti conservateur du Québec et de l’Action nationale libérale.

Hermann Barrette est élu pour l’UN, au scrutin général de l’été 1936. Il n’en est pas à sa première tentative. À la précédente élection, en 1935, Athanase David l’a battu par une seule voix, celle du président d’élection, J.-Anthony Lacasse. M. Barrette porte alors la bannière des conservateurs.

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En 1936, Hermann Barrette comptera parmi les «discrets» qui iront à Québec à titre de député de Terrebonne durant cette période. Il sera, sans en être un propagateur, d’un phénomène qui surgit au lendemain de la crise économique des années 1930 et à la veille de la Seconde guerre mondiale: l’antisémitisme. Dans Sainte-Agathe, un siècle et demi d’histoire, l’historien Serge Laurin rapporte les propos du député Barrette voulant que francophones et anglophones de l’endroit supportent difficilement «le voisinage des Juifs».

Histoire parlementaire du Québec: 1928-1962 ne retient du député Barrette qu’une blague, lors d’une séance à l’Assemblée nationale. En soirée, au moment où aucun membre de la députation libérale n’est encore arrivé à la séance, il s’asseoit sur les banquettes de ses adversaires et «s’improvise chef de l’opposition» et il y va «de points d’ordre loufoques».

La victoire de l’unioniste ne durera pas. Au bout de trois ans, il perd la circonscription aux mains d’Athanase David, son illustre prédécesseur.

3 jeunes sur 4 lâchent l’école à 12 ou 13 ans

Le retour en Chambre d’Athanase David s’avère encore plus bref: le libéral se retire au bout de trois mois, faute d’accéder au cabinet du premier ministre Joseph-Adélard Godbout.

Au scrutin de 1940, son successeur dans Terrebonne, Hector Perrier, parviendra à occuper un tel poste au cœur du gouvernement Godbout. À son tour secrétaire de la province, sans la responsabilité de la Santé, le libéral se fait remarquer pour ce qu’il décide en éducation et comme ministre du Travail.

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Perrier dévoile des statistiques catastrophiques sur la faible scolarité : 75 % des jeunes cessent d’aller à l’école à 12 ou 13 ans et un «fort taux d’absentéisme» est remarqué dès le primaire. Un «bill» oblige la fréquentation scolaire des six à 14 ans et assure la gratuité de l’enseignement et des livres de classe dans les établissements «sous le contrôle du Conseil de l’instruction publique».

Les historiens de l’Assemblée nationale signalent qu’Hector Perrier présente une loi destinée « à anéantir le fléau de la grève », apparaissant à la fin de la guerre dans l’administration publique. L’Union nationale reprochera tout de même « la mollesse socialiste du gouvernement qui laisse multiplier les grèves».

Une rue pour Blanchard, mais peu d’archives

Perrier ne se représente pas. L’unioniste Joseph-Léonard Blanchard redonne à Maurice Duplessis, qui entame un très long règne, Terrebonne. Du tout aussi long passage de Blanchard, les historiens de l’Assemblée nationale n’ont rien retenu. Selon la Commission de toponymie du Québec, une rue de Saint-Jérôme porte le nom du notaire de formation par reconnaissance pour «l’appui qu’il apporta en faveur de la fondation de l’Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme, en 1950».

La défaite unioniste du gouvernement au profit du Parti libéral du Québec trouve son écho à Terrebonne. Lionel Bertrand accèdera au cabinet du gouvernement qui lance la Révolution tranquille, de 1960 à 1964.

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M. Bertrand a représenté la même circonscription de 1940 à 1957, mais sur la scène fédérale. Dans «l’équipe du tonnerre» du premier ministre Jean Lesage, il hérite du portefeuille du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche. Il est aussi le dernier titulaire du poste de secrétaire de la province. À sa nomination au Conseil exécutif, Lionel Bertrand démissionne et provoque une élection complémentaire que remporte Denis Hardy, toujours sous la bannière libérale.

Députés et maires

En 1966, le Québec rural donne à l’Union nationale son dernier gouvernement. Là aussi, Terrebonne se retrouve dans le parti ministériel. Hubert Murray l’emporte. Il siège à l’Assemblée nationale tout en conservant sa fonction de maire de Saint-Jérôme. Il faudra attendre l’élection de René Lévesque pour que disparaisse, en 1982, cette possibilité de porter deux chapeaux, soit maire et député.

En 1970, le Québec reportera au pouvoir les libéraux et Terrebonne fera de même en réélisant Denis Hardy. Celui-ci ne sera ministre qu’à compter de 1973. Or, à compter de cette date, Saint-Jérôme est désormais dans Prévost.

C’est le maire de Saint-Jérôme, Bernard Parent, qui sera le premier député de Prévost, en 1973. Dès les élections suivantes en 1976, il est défait. Il aura toutefois été maire de Saint-Jérôme de 1969 à 1985.

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Maire de Saint-Jérôme de 1969 à 1985, Bernard Parent a aussi été député de Prévost, de 1973 à 1976.

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