fbpx
Politique

«Le début de la fin d’un scandale», dit le maire de Saint-Jérôme

Stéphane Maher est «bien déçu» de devoir parler une fois de plus d’un mauvais souvenir pour la Ville de Saint-Jérôme. Il espère maintenant «récupérer une partie de l’argent volé aux contribuables» à la suite des faits allégués dans la déposition de l’ancien directeur de l’ingénierie Érick Frigon devant l’Ordre des ingénieurs du Québec(OIQ), en décembre.

Des éléments de la déposition de M. Frigon ont été publiés lundi par le Journal de Montréal.

Lors d’une audience devant le conseil de discipline de l’OIQ, l’ancien directeur général par intérim de la Ville de Saint-Jérôme a plaidé coupable d’avoir toléré un stratagème de collusion. Il a décrit le fonctionnement d’un système bien rodé entre plusieurs firmes d’ingénierie qui ont obtenu des contrats de la Ville entre 2002 et 2010.

Outre le maire Marc Gascon, qui est le directeur général de la Paroisse de Saint-Jérôme depuis la fin de 2015, le témoignage de M. Frigon met en cause le rôle joué par Christian Côté, un urbaniste alors à l’emploi de Dessau aussi associé à du financement politique lié à David Whissell et Nathalie Normandeau.

Le témoignage de M. Frigon vise en plus deux cadres de la Ville à l’époque: le directeur général Éric Lachapelle, connu pour des indemnités de départ importantes lors de congédiements à Ahuntsic-Cartierville et Blainville, et son adjoint Pierre Ratté, à la retraite de la Ville depuis 2012 et nommé par l’ancien maire Gascon pour des projets immobiliers susceptibles d’intéresser l’Unité permanente anticorruption(UPAC).

M. Ratté était récemment inscrit au Registre des lobbyistes du Québec pour le compte de l’entreprise Médifice afin de demander des amendements au règlement d’urbanisme de la Ville de Saint-Jérôme afin de «permettre la construction d’une clinique médicale et d’un CHSLD par un amendement au règlement de zonage». Le projet de CHSLD doit démarrer dans les prochaines semaines.

Le levier de la loi 26

Le maire Maher estime que la Ville pourrait récupérer jusqu’à 20% de contrats d’une valeur totale de 30M$: «La seule bonne nouvelle là-dedans, c’est qu’on a des recours au civil et qu’on veut récupérer notre argent.»

Là où elles ont pris part à des systèmes de collusion, la loi 26 permet aux firmes d’ingénieurs de faire une admission de fraude et de remettre 20% de la valeur des contrats si elles le font volontairement. La Ville envisage donc d’exercer des recours civils pour récupérer son dû.

Dans le cas des villes de Laval et Boisbriand, entre autres, des firmes d’ingénieurs ont utilisé ce mécanisme pour compenser des cas de collusion soulevés par l’UPAC. M. Maher a d’ailleurs affirmé avoir contacté l’UPAC dès le vendredi 10 février pour s’enquérir des suivis que l’unité entend donner au témoignage de M. Frigon.

«D’autres enquêteurs que je peux pas nommer pour le moment travaillent aussi sur le dossier», ajoute M. Maher.

Un pattern très net

Le maire a ajouté qu’il y avait un «pattern très net» pour tous les contrats donnés par la Ville entre 2002 et 2010. «On a consacré près de 50 millions à l’épuration des eaux durant cette période, et ce sont sensiblement les mêmes joueurs qu’à Boisbriand», a-t-il ajouté.

L’ex-maire de Boisbriand Robert Poirier et une vice-présidente de la firme Roche ont tous deux été reconnus coupables, entre autres, de fraude, en septembre 2015.

«C’est pour ça que je suis entré en politique»

Le maire Maher a rappelé que la corruption qui régnait à Saint-Jérôme est l’une des principales raisons de son entrée en politique au sein du parti Vision Saint-Jérôme. M. Maher et son parti ont pris le pouvoir en 2013 avec neuf élus sur douze sièges de conseillers. Un dixième conseiller a intégré l’équipe en cours de mandat.

«Dès cette époque, on dénonçait cette situation honteuse qui a nui de façon importante à la réputation de la ville. Depuis, nous avons consacré nos énergies à rebâtir la fierté d’être jérômien.»

Un ménage important

D’ailleurs, le maire qualifie de «ménage important» le travail accompli par son équipe depuis son arrivée au pouvoir en 2013. «Dans le cas de M. Frigon, il a quitté son poste quelques mois après notre arrivée au pouvoir, au printemps de 2014, le temps d’un budget, a souligné le maire. Et depuis ce temps, tous les chefs de service de la ville, sans exception, ont été remplacés.»

Rétablir l’expertise des villes

Selon M. Maher, le malheureux règne des ingénieurs-conseil doit se terminer auprès des municipalités du Québec.

«On se retrouve avec un manque d’expertise puisque les villes avaient l’habitude de confier ces contrats à des externes. Je souhaiterais que l’on développe des compétences parmi nos employés municipaux et qu’on se donne l’expertise dont on a besoin pour exécuter nous-mêmes des travaux.»

«C’est dommage, mais la loi du plus bas soumissionnaire ne marche pas quand les fournisseurs se parlent entre eux.»

«L’asphalte est un bon exemple. C’est un oligopole où le jeu du plus bas soumissionnaire ne joue pas son rôle. Je verrais très bien une sorte de règlementation publique des tarifs dans ce domaine.»

Saint-Jérôme a commencé à tester l’idée d’effectuer des travaux avec ses propres employés, notamment lors du pavage d’une partie de la 20e avenue à l’été 2015.

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
>
Send this to a friend