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Culture, Films, Personnes

Les personnes âgées sont-elles sans sexe?

Les personnes âgées sont-elles sans sexe? Leurs petits-enfants ne les imaginent pas faire l’amour, en tout cas.

À part la «une» du Bel âge, on ne les voit pas. Elles ne dansent pas dans les annonces de bière. Même les vedettes américaines qui sont un hommage aux prouesses de la chirurgie esthétique ne méritent pas mieux que «paraît bien pour son âge».

Au tout début de son documentaire, la caméra suit le réalisateur Fernand Dansereau et son collègue et ami Jean Beaudin. Ils prennent une marche dans le bois. Ils se font la réflexion que les arbres qui les entourent sont tous plus jeunes qu’eux. Une conversation de vieux.

La voix éteinte mais le regard vif, Dansereau confie à son ami Beaudin qu’il souhaiterait faire un film sur le rôle et la place des personnes âgées dans la société. Il lui dit que les producteurs ont tous refusé son idée. Alors, explique-il, on va mettre du sexe. Et ça a marché!

La Révolution tranquille a presque 60 ans

Le moteur de ce film est en quelque sorte la Révolution tranquille. Ses sujets sont des baby-boomers. Ils ont vécu, dans les années 1960, une vague de libération sexuelle. La contraception devenue facile. Le raz-de-marée social et culturel d’une jeune génération au poids démographique sans précédent.

Alors que les octogénaires d’aujourd’hui sont nés en 1940 et les sexagénaires nés dans les années 1960, il y a un choc de génération chez les «vieux». Sous les cheveux gris, on trouve du «devoir conjugal aux lumières fermées» autant que du «tout le monde tout nu dans les cégeps».

Maintenant que le raz-de-marée n’est plus qu’une ondulation à la surface de l’eau, qu’en est-il de l’érotisme de cette génération? Dans les images publiques, l’omniprésente nudité qui a suivi se nourrit d’un approvisionnement constant de corps interchangeables, jeunes et parfaits. Les vieux ne sont pas là.

Les baby-boomers ont désormais des corps vieillis, des visages ridés, des cheveux gris, des crânes dégarnis et des silhouettes tombantes. Les personnes âgées sont-elles sans sexe?

Louise Portal, qui se fait intervieweuse dans quelques séquences du film, a posé la question aux jeunes: Pensez-vous que vos grand-parents font encore l’amour? «Ils sont presqu’unanimes à croire que leurs grands-parents ne le font plus», dira-t-elle en entrevue téléphonique.

Mme Portal et son conjoint Jacques Hébert sont parmi les couples qu’on entend dans le film discuter de leur vie sexuelle.

«Je trouvais ça intéressant qu’on donne un témoignage de couple, d’autant plus que, dans la soixantaine, nous sommes le plus jeune des vieux couples du film. L’amour, l’intimité, la communion, la rencontre des corps, ça se vit à tout âge. C’est pas facile, même à 25 ans! Je pense qu’il est temps qu’on allume les lumières pour regarder cette réalité. La société pense que les personnes âgées ne sont plus sexuées, mais c’est faux.»

«Évidemment, je constate ce phénomène dans mon métier d’actrice. Maintenant, on m’offre des rôles de mère», dit-elle.

Histoires de couples

La caméra de Fernand Dansereau accompagne plusieurs couples. Elle visite des résidences de personnes âgées. Suit des soirées de danse. Elle recueille des témoignages personnels qui sont amusants, touchants, empreints d’humanité et de franchise, et parfois troublants. Dansereau est un documentariste de talent: en quelques secondes, la caméra disparaît et vous vous retrouvez face à face, à écouter ces personnes comme dans une conversation.

Jean Beaudin offre d’ailleurs à son ami Dansereau (et à tous ceux qui verront le film) un instant de cinéma remarquable quand il exprime sans retenue la peine qu’il a vécue en perdant progressivement contact avec sa conjointe malade. Vous sentirez sa peine comme si c’était la vôtre.

Vous y découvrirez de la tendresse, de la loyauté et de la franchise. L’érotisme n’est qu’un aspect d’une réalité plus grande que le film finit par aussi explorer: le vieillissement, le rôle et l’identité des gens qui en sont à la fin de leur vie, ou du moins, rendus en fin d’après-midi. Peut-être, après tout, Dansereau a-t-il réussi son pari de faire son film sur le vieillissement, en passant par le sexe.

Le réalisateur Jean Beaudin offre un témoignage touchant dans le film de son collègue et ami Fernand Dansereau.
Le réalisateur Jean Beaudin offre un témoignage touchant dans le film de son collègue et ami Fernand Dansereau.

À l’affiche

Le film est à l’affiche dans quelques salles au Québec, dont le Cinéma Pine de Sainte-Adèle.

C’est à voir le 27 février dans le cadre de la série Ciné-répertoire du Cinéma du Carrefour du Nord à Saint-Jérôme. Quatre projections entre 13h et 21h45.

Ce sera peut-être subtil, ou peut-être modeste, ou encore plus décisif, mais ce film vous influencera.

Il m’apparaît toutefois déplacé d’entendre l’inévitable Janette Bertrand suggérer aux vieux d’accepter «l’idée que ce n’est plus pareil», alors que son visage vraisemblablement traité à la chirurgie esthétique nous montre le contraire.

C’est la seule ombre au tableau (et je vous avoue, chers lecteurs, que c’est peut-être par agacement personnel), d’écouter cette femme qui savait jadis dire ce que les gens ne disaient pas, mais qui a perdu de sa pertinence depuis que les gens s’expriment par eux-mêmes.

Si vous vous souvenez

Si vous êtes de la région de Saint-Jérôme et que le nom de Fernand Dansereau vous dit quelque chose, sachez qu’il est le réalisateur du film Saint-Jérôme, un documentaire fait en 1967 qui dépeint une ville aux prises avec la fin d’une époque industrielle, la fermeture d’usines de textile et l’émergence de nouvelles idées. À voir sur le site de l’Office national du film du Canada.

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