Éducation, Histoire, Michaud en liberté, Opinions

La rentrée

Je vous reviens ici avec une chronique publiée il y a une trentaine d’années dans L’Écho du Nord ou Le Mirabel.

C’est le temps de la rentrée, et pour la première fois, j’ai un rentreur.
 Le rentreur, c‘est mon fils, qui aura vingt ans en l’an 2000.
 Je vais vous avouer tout de suite que ça m’a donné un coup de vieux, d’avoir un fils qui commence l’école. Moi qui suis encore tout jeune.

J’ai des preuves de ma jeunesse: des disques des Beatles, quelques-uns de Felix Leclerc, d’autres de Frank Zappa. J’ai même des disques de quelques groupes récents: Genesis, Tangerine Dream, etc.

Récemment, j’ai vu toute une collection d’objets que je connais pour les avoir vus dans ma jeunesse. Un serre-tête en cuir. Des chemises psychédéliques. Un macaron «Peace and Love» en cuir. Un bicycle mustang. Tous ces objets faisaient partie d’une photo intitulée rétro des années 1970.

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J’al aussi des preuves de ma vieillesse. J’ai vu jouer Guy Lafleur à l’aréna Melançon et il est maintenant à la retraite. Je possède une clôture. 
J’ai un poêle, un réfrigérateur, et un lave-vaisselle. Je me souviens de Doug Harvey. Et je coupe le gazon.

Ce sont tous des signes de vieillesse. Si vous avez reconnu un de ces signes chez vous, c’est que vous êtes vieux. Les vieux, ce sont des spécialistes des choses dépassées. Ils s’adonnent a toutes sortes de drôles d’activités. Souvent, ils parlent au passé: ils appellent ça «des souvenirs». ils ont des photos dans leurs poches. Ils ont des poches en dessous des yeux. Ils n’ont des yeux 
que pour leurs albums de photos.

Les vieux ont d’autres activités qui ne sont pas à la mode. Parfois, ils «écrivent» d’autres fois, ils «pensent». On croit qu’ils partagent entre eux comme une sorte de code tribal, le secret de ces rites…

Je vous disais donc que mon fils a commencé l’école cette semaine: il est en première année.

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Il fut un temps où on appelait votre première année d’école la «première année», mais cette expression est dépassée. Aujourd’hui, la première année, c’est la maternelle.

C’est la deuxième année d’école qui est la première année.

Et votre troisième année d’école? – Eh oui, vous avez deviné: votre troisième année, c’est la deuxième année!

Pas étonnant que les vieux se parlent en code.

Mon fils a donc commencé l’école cette semaine, déclenchant une pluie de nostalgie chez son vieux-jeune père. Je l’ai suivi et je l’ai regardé marcher, avec ses souliers neufs, ses petits pas décidés, et son sac dans le dos.

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Si petit encore pour s’en aller tout seul.

Je me suis penché, comme pour voir la rue de sa hauteur, et j’ai senti sur mes épaules les courroies du sac que ma mère m’avait acheté ce jour-là. J’ai senti l’odeur du cuir encore tout neuf. Je me suis souvenu d’être arrivé a l’école les souliers tout détachés: ma maîtresse me les avait rattachés, serrés, avec des noeuds doubles. Ils m’ont fait mal toute la journée sans que j’en parle.

Je me souviens de la texture des feuilles de papier brouillon dans mes cahiers encore
 vierges.

Mon fils s’en va-t-à l’école comme une feuille vierge… ce n’est pas vrai, mais j’aime bien l’image.

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Mon fils va apprendre les trois leçons fondamentales de la vie en société: arriver à l’heure, garder sa droite quand il circule parmi les autres (regardez-les dans les centres d’achats) et obtenir des meilleurs scores que les autres.

Bien sûr que ça inquiète de laisser ses enfants partir comme ça, recevoir l’éducation des autres, mais que voulez-vous qu’on y fasse?

J’aurais voulu le rattraper et lui dire une autre fois bonjour avant qu’il parte, mais je me suis retenu.

Le rattraper et peut-être glisser un mot à son prof; juste un petit billet…

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Madame,

Mon fils n’aime pas le bruit. II peut être très attentif si vous savez l’intéresser. ll est de très agréable compagnie. J‘espère que vous l’aimerez autant que moi.

Merci.

P.S. N’attachez pas ses souliers trop serrés.

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