Personnes, Politique

Rencontre avec Nadine Brière, nouvelle mairesse de Sainte-Adèle

Nadine Brière est devenue le 5 novembre dernier la première femme à occuper le poste de maire de Sainte-Adèle.  Mais elle n’est pas une nouvelle venue en politique municipale. Son premier mandat à la mairie de Sainte-Adèle est en fait son troisième mandat au conseil municipal.

Élue une première fois au sein du Parti vision citoyens du maire Réjean Charbonneau en 2009, elle a été réélue sans opposition en 2013. À la suite du départ de M. Charbonneau pour des raisons de santé, elle a siégé durant le bref intérim de John Butler, puis pendant les 18 mois du mandat de l’ex-maire Robert Milot, qu’elle a défait le mois dernier.

TopoLocal a rencontré Nadine Brière dans son bureau de l’hôtel de ville de Sainte-Adèle, quelques jours après son élection. 

Vous avez été élue avec cinq de vos coéquipiers, mais vous n’avez pas créé de parti politique. Vous étiez donc un groupe spontané?

«Oui, on s’est regroupé de façon spontanée. Pour former un parti politique officiel, il faut s’y prendre à l’avance au moins six mois, et on n’avait pas six mois. Quand je suis revenue de vacances au mois d’août, je ne savais pas encore si je voulais aller à la mairie ou si je préférais demeurer conseillère. En mettant plein de petites choses ensemble mon équipe et moi avons conclu que j’étais la mieux placée pour être candidate à la mairie.

Évidemment il a fallu que j’en parle avec ma famille, avec mes enfants: il fallait que tout le monde soit d’accord, sinon je ne me serais pas présentée.»

La politique à temps plein

La nouvelle mairesse a expliqué à TopoLocal qu’elle a décidé de quitter l’entreprise familiale, une compagnie de distribution de vêtements basée à Montréal qui existe depuis 40 ans, pour faire de la politique à plein temps.

«À la suite de la maladie et du décès de mon père, j’avais décidé de prendre en main, avec ma mère, la compagnie familiale. Mais j’ai finalement décidé de laisser de côté cette partie-là de ma vie pour me concentrer sur le travail à temps plein que représente la mairie.

J’ai grandi ici parce que mes parents ont toujours eu un chalet. D’abord sur le bord du lac Rond, puis ensuite sur la montagne 1. Toutes mes fins de semaine se passaient ici. Je me souviens que ce n’était pas facile, dans ma jeunesse, d’arriver le vendredi soir et de repartir après le week-end parce que mes vrais amis étaient ici même si j’habitais à Repentigny.

Quand je suis devenue enceinte de mon premier enfant, mon mari et moi avons tout vendu à Montréal et on a décidé de venir nous installer ici, à Sainte-Adèle, à l’année. On a choisi la qualité de vie!»

Le déclic de la vie publique

Habituellement, quand les gens décident de faire de la politique municipale, c’est parce qu’il y a un dossier ou une cause qui leur tient à coeur. Est-ce que c’était votre cas quand vous avez décidé de faire le saut, il y a huit ans?

«Je vais toujours m’en rappeler. Il y a un peu plus de huit ans j’avais rencontré M. Charbonneau que je connaissais depuis des années, au Parc de la famille, aux fêtes de la Saint-Jean Baptiste.

Il m’avait invité à me présenter en me disant qu’au lieu de me plaindre de ce qui n’existait pas dans ma ville, je pouvais venir m’asseoir et faire changer les choses. Il m’a alors annoncé que lui se présentait à la mairie. Le lendemain matin, je l’ai appelé pour lui dire que j’embarquais.

Je n’ai pas eu à réfléchir très longtemps parce que ça m’intéressait. C’était aussi une façon d’avoir une occupation à temps partiel qui me permettait de rester davantage à la maison avec les enfants tout en continuant de m’impliquer dans ma communauté.

Je me souviens d’avoir fait mes premières sorties de porte-à-porte électoral avec mon fils Tristan, qui n’avait même pas six mois, dans un porte-bébé!»

Quel chemin avez-vous parcouru de l’école à l’hôtel de ville?

«Après les HEC, j’ai travaillé pendant trois ans pour une firme de laboratoires médicaux comme chargée de projet. J’ai ouvert plusieurs nouveaux centres pendant mon séjour chez eux et j’ai adoré l’expérience. Je suis une fille qui aime beaucoup les chiffres et tout ce qui est gestion. C’est important pour moi de connaître l’impact de tout ce que le conseil municipal décide sur le compte de taxes des citoyens.»

Vous avez été élue avec cinq coéquipiers sur six. Il restera donc à table Martin Jolicoeur, qui déjà lors de l’assermentation, a indiqué qu’il voulait s’engager sur la voie de la collaboration, vous lui aviez d’ailleurs tendu une perche…

«Oui. J’ai appelé Martin le lundi matin après l’élection dès 9h30. Je voulais d’abord le féliciter, mais je voulais aussi bien préparer les choses pour les quatre années à venir.

On a vécu des mois difficiles ici au conseil de ville avec des mouvements d’opposition et certaines approches qui n’avaient pas été faites dès le départ. Alors j’ai demandé à Martin: “Tu vois ça comment? Veux-tu travailler avec nous à faire avancer Sainte-Adèle ou si tu tiens à faire de l’opposition.” Martin m’a confirmé que ce n’est pas du tout son intention de faire de l’opposition systématique et je pense qu’on va partir sur des bonnes bases.

Ça peut être long quatre ans, comme ça peut passer très vite, et je pense que lui aussi souhaite que ce soit agréable de travailler ensemble.»

Si on revient sur la campagne et vos engagements électoraux, quelles sont vos priorités alors que votre mandat débute?

«L’écocentre! C’est un projet de la MRC qui a été selon moi abordé dans le mauvais sens, c’est-à-dire qu’on a commencé par acheter le terrain avant de savoir ce qui se passe dans toutes les villes.

Je pense que pour que la MRC puisse prendre la gérance des écocentres elle devrait commencer par prendre la gérance des écocentres qui sont là actuellement. La MRC devra aussi établir un plan à long terme. Pour l’instant, je ne vois aucune vision dans son plan pour les 5, 10, 20 prochaines années. Vingt ans c’est peut-être long, mais je voudrais au minimum voir le plan pour les cinq prochaines années.

Je crains que si on cède le contrôle des écocentres à la MRC, on se retrouvera sans avoir un mot à dire et on ne fera que recevoir les factures.»

Le centre sportif

«Le centre sportif, je veux vraiment finir par en avoir un dans la région. Je priorise le site de Sainte-Adèle, sauf que je me rends compte que depuis 17 ans on ne s’entend pas sur un endroit. Le projet s’est promené du site du Mont-Gabriel à celui des cascades d’eau à Piedmont en passant par Val-Morin, je pense qu’il faut surtout aller de l’avant et réaliser le projet quelque part.

(Depuis cette entrevue, les villes de la MRC ont choisi de façon unanime le site de l’école A.-N.-Morin à Sainte-Adèle.)»

Des ponts, des rues…

«Les infrastructures, on en entend parler constamment. On l’a entendu au cours du porte-à-porte, on le voit et on s’y confronte quand on marche un peu partout: il y a des routes qui sont très abimées à Sainte-Adèle alors il va falloir mettre des efforts.

On en met beaucoup, mais il va vraiment falloir continuer à en mettre. Je veux aussi m’asseoir avec le député pour discuter de nos ponts à Sainte-Adèle. Tous les ponts de Sainte-Adèle ont des cônes orange. Donc il faut s’adresser au ministère des Transports.

Si on parle du pont près du Rona, par exemple, on constate qu’on ne peut pas marcher sur le trottoir depuis plus de six ans. Je pense aussi au pont du Loup-Garou, au pont Notre-Dame, ce sont tous des cas où il va falloir accélérer les choses.»

Les loisirs municipaux

«Je pense aussi qu’il faut continuer d’assurer des services aux citoyens au niveau des loisirs.

Je tiens à mener une consultation publique au sujet de la Place des citoyens. C’est quand même curieux qu’on appelle ça la Place des citoyens mais qu’on on ne les consulte pas. Le service des loisirs fait un bon travail au niveau de la planification, mais je crois qu’on va devoir s’asseoir avec les gens pour qu’ils nous disent ce qu’ils veulent exactement. On gagnerait à impliquer la Chambre de commerce aussi, car ses membres ont intérêt à ce que l’endroit soit plus fréquenté.

À titre bien personnel, je vous avoue que je suis plus orientée vers le plein air que vers les activités culturelles. Malgré tout, je constate qu’il se passe bien des choses à la Place des citoyens. Peut-être qu’il faut mieux communiquer, possiblement impliquer plus de gens. C’est pour ça que je veux entendre les idées des gens sur le sujet.»

Puisqu’on parle de consultation des citoyens, Robert Milot avait créé une formule de déjeuner mensuel où il invitait la population de Sainte-Adèle à le rencontrer pour lui faire part de leurs préoccupations, allez-vous maintenir la formule?

«Je pense qu’une fois par mois c’est trop souvent, parce qu’on finit par y retrouver toujours les mêmes personnes. Je pense aussi qu’en appelant ça les déjeuners du maire, on met un peu trop l’accent sur une seule personne. Je pense que ça vaudrait la peine de revoir la formule et d’impliquer tout le conseil, et de tenir des rencontres à divers moments de la journée pour accommoder le plus possible de citoyens. On va évaluer cela parmi toutes les consultations qu’on va faire dans les prochains mois.»

Le taux de participation à l’élection qui vient de se passer à été de 39%. C’est assez, selon vous?

«Non, j’ai été déçue. Si je me fie à ce que les gens ont dit quand je les ai rencontrés en faisant du porte-à-porte, le taux aurait dû être beaucoup plus élevé. D’autant plus qu’avec le vote par anticipation, les citoyens avaient deux jours pour aller voter.

Je n’ai aucune idée pourquoi les gens ne vont pas voter au municipal. Pourtant la première chose qu’ils vont faire en recevant leur compte de taxes municipal c’est de faire des commentaires à leurs amis proches. Et la municipalité est le gouvernement le plus près des gens.

Un des enjeux pour l’avenir des élections, et pas seulement au municipal, c’est de rejoindre les gens, surtout les jeunes.

Autrefois quand on faisait une campagne, on faisait du pointage à partir des numéros de téléphone et des lieux de résidence des gens, ce qui n’est plus le cas. À Sainte-Adèle, on a recensé seulement 3600 téléphones sur 7000 portes.»

Vous avez dit tantôt que vous êtes une femme de chiffres. Voilà que dès votre élection, il vous faut préparer le budget 2018 de Sainte-Adèle. Évidemment votre expérience comme conseillère vous sera très utile, mais néanmoins, vous en serez au premier budget qui sera entièrement le vôtre. Quelles seront les grandes lignes?

«Je peux vous dire que lorsqu’on a fait notre premier budget il y a 8 ans, ça avait été un gros défi. Cette fois, je sais un peu ce qui s’en vient…

Mais je n’étais pas au courant de tout! J’ai appris quelques affaires que je ne savais pas. Pas comme Valérie Plante, quand même, mais j’en ai appris des bonnes parce qu’il y avait des choses que M. Milot ne nous transmettait pas. Donc ça va être un gros défi.

On ne touchera pas au taux de taxe au-delà de l’indexation requise pour épouser la hausse de l’IPC. Je ne veux pas alourdir le fardeau fiscal des citoyens, mais on dépend beaucoup de la MRC, on dépend aussi des services que les citoyens voudront se donner, on dépend de beaucoup de petites choses incluant les fluctuations des taux d’intérêt. Mais ce qui va surtout faire mal dans la prochaine année ce sont les fluctuations dans l’évaluation des propriétés.

Il y a des propriétés dont la valeur monte, et d’autres où elle descend. Globalement, ça revient à peu près au même donc on ne pourra pas jouer avec le taux, mais il va avoir des variations qui vont toucher certains propriétaires.

Nous allons inviter les gens en février à venir nous rencontrer pour expliquer ces changements. Dans certains cas, les évaluations montent dans une rue tandis que celles de la rue à côté diminuent, c’est évident que ça va soulever des questions. C’est pas facile à comprendre pour les gens.

C’est sûr qu’il va falloir être prudents parce qu’il n’y a pas de gros projets de développement à entrevoir. Bien sûr il y en a un peu, mais au niveau des projets majeurs, c’est plutôt calme.»

Sauf le projet de développement du site de l’ancienne usine Rolland. Qu’en est-il?

«Nous allons évidemment rencontrer M. Maalouf, le promoteur, pour savoir comment les choses se dessinent, mais il faudra attendre les premiers coups de pelle pour prévoir des revenus de taxes, alors on ne comptera pas là-dessus dans l’immédiat.»

Mais en ce qui concerne ce projet, qui pourrait représenter un investissement de plus de 230M$, la nouvelle mairesse a définitivement indiqué qu’elle sera à l’écoute.

«M. Maalouf est prêt à rencontrer le conseil de ville prochainement pour nous dire quelles sont ses intentions. Je crois qu’il veut échelonner son projet sur deux ans. M. Malouf ne voulait pas déposer son projet au mois d’août, ce qui est tout à fait normal parce qu’il préférait attendre l’élection pour connaître la composition du nouveau conseil municipal, alors on en saura davantage bientôt.

Notre beau défi c’est d’accueillir des promoteurs comme ça tout en respectant l’environnement. C’est une des raisons pour lesquelles je tiens à terminer le plan de développement durable de Sainte-Adèle, qui est aussi une priorité pour l’année prochaine.»

À la table du conseil de Sainte-Adèle: Pierre Lafond, Roch Bédard, Robert Bélisle, Nadine Brière, Martin Jolicoeur, Frédérike Cavezzali et Céline Doré.

Comment voyez-vous l’avenir de Sainte-Adèle? Vous êtes à la fois un centre de services, mais surtout un lieu de villégiature…

«Oui, ça fait plusieurs années qu’on essaie de positionner Sainte-Adèle.

Pour ma part je nous vois comme une place de plein air. Beaucoup de gens nous disent avoir choisi Sainte-Adèle à cause des espaces verts, donc le plan de développement durable c’est beaucoup pour répondre à cela.

On veut continuer à regarder par nos fenêtres et voir des montagnes, continuer à utiliser les sentiers, qui sont magnifiques, et surtout en prendre soin. Les gens déménagement ici pour ça.

Ma position c’est que Sainte-Adèle est une base de plein air. Quand les gens viennent ici, je veux que ce soit pour le plein air, je ne veux pas que ce soit la motoneige, comme c’est le cas ailleurs. Saint-Sauveur, par exemple, a trouvé sa destination il y a plusieurs années, alors que nous on est encore un peu dans le flou, mais toute mon équipe croit à notre avenir comme lieu de plein air.

Sainte-Adèle ne sera jamais une grosse destination pour venir magasiner. On n’est pas faits pour ça. Faut bien s’en rendre compte un moment donné.»

Et au niveau de la MRC, l’élection de M. Genest, c’est une bonne nouvelle?

«Je crois que oui. Je le connais depuis 8 ans pour l’avoir cotoyé. On va évidemment lui laisser le loisir d’annoncer ses couleurs pour l’avenir de la MRC, car là non plus ça n’a pas été facile au cours des derniers mois. Mais pour ma part je lui fais bien confiance, il connaît la poutine de la MRC, il sait comment ça marche, et il sait où il faut mettre des efforts. Et en prime, il est au fait des gros projets à venir.»

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