Lieux, Transport

Une navette «électrique» qui roule à 80% au diesel

C’est un autobus qui carbure au diesel qui effectue 80% du transport du service de La Navette à Saint-Jérôme, un service qui relie le centre-ville au vaste stationnement de l’aréna régional. L’autobus électrique ne fait que 20% du transport.

Lancé il y a maintenant deux ans, La Navette est un service de transport gratuit destiné à éviter la surcharge des stationnements du centre-ville. Ce service est offert du lundi au vendredi toutes les dix minutes de 7h à 10h et toutes les vingt minutes de 10h à 18h30.

L’idée fonctionne à merveille. Aujourd’hui, le service compte des centaines d’usagers par jour. Ce sont autant d’automobiles qui ne stationnent pas au centre-ville.

Mais il n’y a pas que des avantages. Ces centaines de véhicules qui se rendent au stationnement de l’aréna créent de l’achalandage dans les rues de Saint-Jérôme. Et il suffit de circuler dans les rues avoisinant le cégep ou l’université pour constater que beaucoup d’usagers songent d’abord aux environs du centre-ville pour remplir chaque petit espace sans parcomètre. Un phénomène bien humain que la navette dans sa forme actuelle n’a pas réussi à neutraliser.

L’idée de faire stationner les gens en dehors du centre-ville et de les y conduire gratuitement est donc un succès, malgré tout. Ou en tout cas un début de succès.

Électrique à 20% seulement

La Navette se voulait aussi électrique. Une idée courageuse et novatrice, qui affirme clairement que Saint-Jérôme veut être une ville d’avenir. Courageuse à 20% cependant.

Un chiffre que le maire Stéphane Maher n’avait certainement pas en tête lors de la réunion du conseil municipal du 17 avril alors qu’il a décrit l’autobus diesel comme «le mulet», c’est-à-dire un véhicule secondaire qui sert surtout de remplacement. TopoLocal avait demandé au maire si le nouvel appel d’offres prévoyait un second autobus électrique.

Dans les faits, un seul des deux autobus de la Navette est électrique: et les chiffres révèlent que c’est lui le mulet.  En 2017, le service de la navette a coûté 221 928,19$, incluant les taxes, à la Ville de Saint-Jérôme. Le taux horaire est  le même pour l’autobus électrique et celui roulant au diesel. Il est de  71,49 $/h.

En 2017, l’autobus électrique a roulé 540 heures, principalement le matin, pour une somme de 38 604,60$.  L’autobus roulant au diesel a quant à lui été utilisé 2160 heures pour une somme de 154 418,40$.

La Navette roule donc à 80% au diesel. Saint-Jérôme explique cette situation par des contraintes d’autonomie. Le contrat sera bonifié à partir du mois d’août 2018. Le service sera offert toutes les dix minutes de 15h à 18h30.

Une utilisation de l’autobus électrique en fin de journée, qu’on rechargerait entre 10h et 14h, serait souhaitable. En fait, dans une «cité de possibilités» orientée vers la mobilité durable, on s’attendrait même à ce que le service soit assuré par des autobus électriques en tout temps…

Un succès de transport écologique, même au diesel.

Le temps du courage

Puisque La Navette s’installe pour de bon, le temps est venu, si on se tourne vers le futur, de prendre deux décisions courageuses et visionnaires. Deux décisions pour transformer des débuts de succès en succès durables.

D’abord, utiliser 100% d’autobus électriques, 100% du temps. Plus cher sans doute, mais un choix fondamental entre dépenser un peu plus ou continuer de poser des gestes qui empoisonnent la vie humaine.

Il faut aussi se demander pourquoi ce service utilise encore un stationnement situé dans un coin de la ville qui est accessible seulement par des rues résidentielles. Cet emplacement génère de la circulation supplémentaire dans la ville, par des automobilistes qui ne sont intéressés qu’à entrer et sortir le plus vite possible.

Deuxième décision, donc. Un stationnement incitatif directement en bordure de l’autoroute 15 et elles ne circulent pas en ville.

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