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Michaud en liberté, Politique, Réflexions

Quatre secondes de démocratie avec Stéphane Maher

De plus en plus, le climat politique au conseil municipal de Saint-Jérôme s’apparente à une sorte de Stéphane Maher World. Les faits alternatifs propagés par l’entourage du maire se butent à des réalités pourtant évidentes.

Le plus récent exemple s’est déroulé le 15 janvier, lors d’une assemblée du conseil municipal.

Ce soir-là, Stéphane Maher et son groupe de conseillers qui est majoritaire voulaient faire adopter une résolution touchant le budget 2019, annoncé quelques semaines plus tôt. La résolution comportait des corrections mineures à une décision déjà prise.

La conseillère Nathalie Lasalle, dont le désaccord avec le budget est connu, se proposait de voter contre la résolution, ce qui ne surprend personne puisqu’elle s’était déjà opposée, très publiquement d’ailleurs, au budget de Maher.

La résolution a donc été dûment proposée, par la conseillère Chantale Lambert, sans surprise. Une affaire de routine, comme il s’en passe des centaines au conseil municipal.

C’est là que Nathalie Lasalle tente d’intervenir. Il est clair pour tout le monde qu’elle veut s’opposer à la résolution. Difficile de croire que le public, le maire, les conseillers et même les fonctionnaires qui assistent puissent penser autrement.

Quatre secondes après le premier mot de la conseillère, le maire lui coupe la parole pour lui dire que c’est voté et terminé. À moins de vivre dans les faits alternatifs, ce constat est assez évident sur la vidéo qui suit.

Pourquoi ne pas simplement soumettre la résolution au vote?

Rien au monde n’empêchait Stéphane Maher d’accorder la parole à Nathalie Lasalle. Rien ne l’empêchait d’agir comme tout bon président d’assemblée, de lui permettre d’exprimer brièvement son opposition et de demander le vote. Nous reproduisons d’ailleurs à la fin de ce texte le règlement des assemblées du conseil à cet effet.

En présidant le conseil municipal, le devoir du maire n’est-il pas de s’assurer que chaque voix s’exprime? Que les décisions publiques se prennent en toute transparence?

À l’Assemblée nationale, où les membres sont plus nombreux, on désigne même un président non-partisan. Dans un conseil municipal, on pourrait au moins s’attendre à ce qu’un maire le moindrement conscient de sa fonction soit non seulement respectueux des règles, mais même qu’il ait la souplesse de pencher en faveur de la démocratie le plus possible.

D’autant plus que Stéphane Maher sait très bien qu’en moins d’une minute, il aurait pu permettre à Nathalie Lasalle de demander le vote, pour qu’ensuite son équipe adopte majoritairement la proposition.

Ainsi, le procès-verbal aurait reflété que Mme Lasalle était contre, et que tous les autres membres présents étaient pour. Toutes les personnes qui se trouvaient dans la salle le soir du 15 janvier ont sans doute compris que c’était le cas.

De la façon dont son acolyte Simon Geraghty justifiait ce comportement à la radio locale, on a l’impression que le maire s’intéresse davantage à ce qu’il a le droit de faire plutôt qu’à ce qu’il doit faire.

Comme seule défense pour cette bousculade de la démocratie, Maher a offert une interprétation du règlement selon laquelle, semble-t-il, Nathalie Lasalle aurait dû, en moins de quatre secondes, demander le vote sans autre préambule ou formule de politesse. Un prétexte aussi risible que maladroit.

Pourtant tout indique que le projet de procès-verbal de l’assemblée du 18 janvier, signé par le maire et la greffière, dira que la résolution était unanime. Reste à voir combien de conseillers vont approuver son adoption. On ne sait jamais, peut-être quelqu’un aurait-il une soudaine crise de courage…

Extrait du règlement de la Ville de Saint-Jérôme sur les séances du conseil

ARTICLE 14. À chaque point de l’ordre du jour en rapport avec lequel une proposition a été soumise au Conseil, la procédure suivante est utilisée:

1. La proposition est d’abord présentée.

2. Le proposeur peut en expliquer la teneur avant que les membres du Conseil puissent la discuter.

3. Une période de questions par les membres du Conseil suit cette présentation. Aucun débat ne peut avoir lieu à ce stade, ni aucun commentaire être présenté, seules les questions relatives à la proposition étant admises.

4. Des questions peuvent être posées au président touchant tout règlement, proposition ou autre matière publique se rattachant aux affaires du Conseil. Mais le membre posant une question ne doit l’accompagner d’aucun argument ou opinion, ni d’énoncés de faits, excepté, en autant que cela peut être nécessaire, pour l’expliquer. Et en répondant à toute question de cette nature, un membre ne doit pas discuter le mérite de la matière à laquelle elle se rapporte.

5. Une fois terminée la période de questions, le président de l’assemblée autorise le débat sur cette question.

6. L’assemblée passe ensuite au vote, le cas échéant. Après l’adoption d’une motion, toute discussion y relative doit cesser.

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