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Affaires, Politique, Transport

Les propriétaires de taxi se sentent «volés» par leur propre gouvernement

« Tout ce que je veux, c’est rester en affaires. J’ai investi près de 4 millions de dollars, dont deux millions que je n’ai pas encore remboursés. Et là, du jour au lendemain, un ministre assis à Québec qui ne connaît rien à l’industrie du taxi décide que ça vaut rien. »

« Mon gouvernement a ramené à zéro la valeur de mes investissements. Mon gouvernement m’a volé. »

C’est Daniel Malenfant qui résume ainsi sa situation, en prenant quelques minutes de pause au milieu d’une autre journée achalandée dans son autre commerce, l’atelier de réparation automobile GMS, au centre-ville de Saint-Jérôme.

Daniel Malenfant est un homme qui a du coffre. Il a une voix basse, une poignée de main ferme, et cette énergie que possèdent les entrepreneurs. Son atelier GMS est le typique garage du coin.

Les gens entrent et sortent. Ce sont souvent des habitués. L’endroit est occupé comme une ruche.

Après ses 12 heures et plus passées au garage, Daniel Malenfant avait l’habitude de profiter de bonnes nuits de sommeil. De la bonne fatigue, comme on dit.

Mais depuis plusieurs jours, ce n’est plus vrai.

Par les temps qui courent, Daniel Malenfant ne dort pas, à 3 heures du matin. Il est souvent éveillé et inquiet. Il se demande ce qui adviendra de ses investissements.

Daniel Malenfant possède 17 permis de taxi à Saint-Jérôme. Il a même conseillé à ses deux filles d’investir avec lui. Et là, ça ne vaut plus rien.

Une industrie qui était en santé

Avant que le ministre Bonnardel s’en mêle, le taxi était une industrie en santé, affirment Steven Morin et Alain Jasmin, respectivement président et administrateur de Taxi Saint-Jérôme, la compagnie qui regroupe les 48 détenteurs de permis de la région.

« C’est rentable opérer un taxi. Ça permet aux détenteurs d’absorber le coût des permis et de faire des bonnes affaires », dit Alain Jasmin.

« Un propriétaire de taxi gagnait sa vie honorablement. Il pouvait même créer de l’emploi en confiant son véhicule à un chauffeur. Quand il décidait de prendre sa retraite, il pouvait compter sur un revenu de 200 000$ en vendant son permis. »

« Le gouvernement Legault a décidé sans raison de ruiner l’industrie du taxi au profit de compagnies étrangères comme Uber, avec sa nouvelle loi, il leur ouvre grande la porte. »

« À cause de la nouvelle loi de la CAQ, affirme Steven Morin, les propriétaires de permis ont en main un permis que plus personne ne voudra acheter. Quelqu’un qui désire faire un peu de taxi aura juste à s’inscrire à Uber, sans autre permission. »

La valeur des permis déjà en chute libre

Daniel Malenfant poursuit. « Déjà, juste avec son projet de loi, le gouvernement a fortement diminué la valeur de nos permis. »

« Les députés ne veulent pas nous entendre, ils font semblant d’écouter pour la forme mais je suis convaincu, déjà, qu’ils vont le passer leur maudit projet de loi. Le gouvernement est majoritaire! »

« Mes créanciers vont dire quoi demain matin si mes permis ne valent plus rien? Je fais quoi moi? Je fais faillite? »

« Je fais comme le pauvre gars à la télé qui a décidé de s’ouvrir les veines? Les assurances vont payer puis au moins ma femme va s’en sauver? »

Daniel Malenfant a l’impression de se faire voler par son propre gouvernement.

« Pourquoi le gouvernement a permis de vendre les permis comme ça, puis tout d’un coup décide de les éliminer parce que Uber est là? »

« Uber c’est une compagnie étrangère, et mon gouvernement les laisse entrer ici, puis faire la loi, et là ils vont les laisser nous câlisser dehors, nous les taxis québécois, de notre propre industrie? C’est nous qui l’avons partie cette industrie-là. Et là François Legault, qui veut supposément des bonnes jobs pour les Québécois, il fait ça? Ça se fait pas. »

« Imaginez-vous posséder une maison et se faire exproprier, sans toucher un sou! C’est ça que mon gouvernement me fait! »

Le « faux prétexte » de moderniser l’industrie du taxi

Steven Morin ajoute que le gouvernement n’a pas besoin de se mêler de l’industrie du taxi. « On n’a pas attendu le gouvernement pour se moderniser. Nous avons lancé une application pour nos usagers. On a amélioré tous les aspects de notre service à la clientèle. Nous avons une centrale de répartition moderne et hautement automatisée qui nous permet de répondre aux appels avec efficacité. Nous acceptons tous les modes de paiement les plus répandus, etc. »

« Nous ce qu’on dit au gouvernement Legault, c’est de laisser l’industrie du taxi tranquille et de garder l’argent des citoyens pour la santé ou l’éducation. »

« L’industrie du taxi au Québec ça va bien. On n’est pas en faillite. On n’a pas besoin de subventions comme Téo Taxi nous autres, on n’en a jamais eu de subventions. Nous on veut juste garder nos permis. »

« D’ailleurs, nous enlever nos permis, ce n’est pas ce que les québécois ont demandé à la CAQ de faire. Surtout pas en les rachetant avec des fonds publics, c’est ridicule. »

« C’est pas aux payeurs de taxes d’acheter les permis. Si Uber veut les acheter, c’est une compagnie milliardaire! Qu’ils fassent comme à Dubaï et qu’il les achètent. »

« Ici, au Québec, Legault leur offre tout ça en cadeau! Et il fait cela en ruinant du jour au lendemain tous les propriétaires de permis. »

« On n’en veut pas de son 250 millions, tout ce qu’on veut c’est faire des affaires en paix. Laissez nous travailler, » ajoute Alain Jasmin.

« 500M$, ce n’est pas vrai »

« Le gouvernement parle toujours de 500 millions de dollars offerts aux taxis pour les compenser. On va éclaircir ça », dit Steven Morin, le président de Taxi Saint-Jérôme.

« Le gouvernement du Québec – du temps des libéraux, pas de la CAQ – a versé 250 millions de dollars à l’industrie du taxi pour nous dédommager de la concurrence d’Uber subie pendant 4 ans, de 2014 à 2018. »

« Cet argent a été versé surtout à Montréal, où la concurrence d’Uber était plus directe. Ici à Saint-Jérôme, les chauffeurs ont eu 1000$ chacun. Ça fait 5$ par semaine pour 4 ans de concurrence d’Uber. Franchement, ils auraient pu le garder! »

« Maintenant, ils ont le front de nous dire que leur offre pour dédommager la disparition de nos permis est de 500 millions de dollars, c’est le chiffre qu’ils avancent partout en public. Mais ils ne disent pas que ce total inclut le 250 millions de dollars que l’ancien gouvernement a déjà versé. C’est risible. »

« En plus, le ministre essaie de se défendre en disant que les Québécois ne peuvent pas payer plus que ça. C’est pas du tout aux Québécois de payer ça. Qu’on nous laisse tranquille et qu’il garde l’argent public pour quelque chose qui a besoin d’aide. »

« Le gouvernement va jeter à terre l’industrie du taxi »

Pour Alain Jasmin, la CAQ va tuer l’industrie du taxi. « Le gouvernement ne veut pas rendre publiques ses études, mais nous croyons qu’avec sa nouvelle loi, le gouvernement Legault va achever l’industrie du taxi comme on la connaît d’ici 3 ans. N’importe qui va pouvoir faire du taxi! »

« Présentement, nous avons des règles contrôlées par la Commission des transports du Québec(CTQ) concernant les véhicules et les chauffeurs. Les véhicules doivent être en ordre. Les citoyens sont habitués de voir un permis bien affiché qui identifie leur chauffeur. »

« Que va-t-il arriver de ces règles? Qui va réglementer les tarifs? Qui va garantir la sécurité des gens dans les autos? »

« Le ministre s’entête à passer de force son projet de loi, mais on ne sait absolument rien des futures réglementations. Ni la SAAQ ni la Commission du taxi ne sait où le gouvernement s’en va! C’est de l’improvisation! »

« On a un premier ministre qui nous dit toujours que les citoyens voulaient une industrie du taxi moderne et équitable. »

« Qui donc lui a demandé d’enlever le taxi pour laisser la place à Uber? Où est-ce que François Legault a pris ça? »

Les régions vont écoper

« Surtout dans les régions. Uber ne sera jamais capable d’assurer un service adéquat. J’ai bien hâte de voir quelqu’un avoir besoin d’un Uber à 22 heures au fond de Saint-Hippolyte ou de Sainte-Sophie. Le chauffeur d’Uber va probablement décider que la course ne vaut pas la peine. »

« Une fois que le dernier chauffeur de taxi en Gaspésie sera ruiné, pensez-vous que les participants d’Uber vont être disponibles à 4 heures du matin? »

« Dès qu’ils auront fini, avec l’aide de la CAQ, de détruire l’industrie du taxi, on va revoir des tarifs de fous exigés pour les courses dans les lieux éloignés ou les heures creuses. On a déjà vu ce que ça donne avec des courses à prix astronomiques quand l’offre de service est à son plus bas. Ça s’annonce très mal pour les usagers. »

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