Incidents, Lieux

Place Linda: de l’eau dans les sous-sols depuis 5 ans

Depuis le début du printemps, Martin Cyr et André Bédard appréhendent la fonte des neiges et les inondations qu'ils sont certains de subir.

André Bédard en a assez de voir son sous-sol inondé. Comme d’autres résidents de Place Linda, il attend depuis cinq ans que la Ville de Saint-Jérôme corrige un réseau d’égouts dépassé qui occasionne des inondations constantes.

André Bédard dit qu’il veut bien se montrer patient, mais que la situation tourne au ridicule.

« Autant de la part du maire Maher que de la conseillère de mon quartier, je n’ai pas de réponses satisfaisantes. Le maire fait des promesses mais ne bouge pas. Ils connaissent très bien notre situation, depuis 2014, mais ils ne font rien. »

Martin Cyr

Son voisin vit les mêmes difficultés. « Douze mois par année, j’ai une pompe qui fonctionne dans mon sous-sol pour évacuer l’excès d’eau, raconte Martin Cyr. Le matin quand je me lève, je pense à ma pompe avant de penser à ma blonde. »

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Martin Cyr a d’ailleurs installé dans son sous-sol des détecteurs d’eau qui actionnent automatiquement des pompes pour évacuer l’eau. Il a deux pompes ainsi qu’une génératrice en cas de panne d’électricité. Ses pompes sont reliées à une alarme qui communique avec son téléphone portable en cas de panne.

« Le conseiller Mario Fauteux, à l’époque, nous tenait au courant du dossier, et on se faisait au moins expliquer les délais. Mais depuis que le maire a sorti Fauteux de son conseil, j’ai de plus en plus l’impression de faire rire de moi », conclut André Bédard.

André Bédard commence à avoir l’impression de faire rire de lui.

Une réponse au bout d’un mois

Désespéré, André Bédard s’est rendu au conseil municipal le 19 mars dernier.

En compagnie de voisins et de l’ex-conseiller Fauteux, il a tenu une brève conférence de presse à la suite de l’assemblée pour dénoncer l’inaction du conseil.

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Il affirme avoir reçu le lendemain un appel « très agressif » de l’adjoint du maire, Simon Geraghty, lui disant de ne pas rappeler. Il raconte cette conversation dans la vidéo qui suit:

« Je travaille dans le domaine des grands projets de construction, je sais très bien que tout ça risque de finir par coûter près d’un million de dollars parce que les secteurs voisins se développent et que les égouts ne suivent pas. Mais au point où on est rendus, c’est comme si quelqu’un au conseil se disait qu’on ne veut pas dépenser 1 M$ pour quatre maisons sur une petite rue. Ils oublient que toutes ces eaux de ruissellement ne viennent pas de chez nous », de conclure André Bédard.

Au début de cette semaine, le lundi 15 avril, André Bédard rentre à la maison pour découvrir une épaisse couche d’eau dans son sous-sol. Désespéré de recevoir une réponse de la Ville, il saisit son téléphone et tourne une vidéo où il invite le maire à le visiter pour prendre connaissance de la situation.

Deux jours après, le 17 avril, M. Bédard attend enfin une visite des fonctionnaires municipaux pour constater la situation.

« Malheureusement, il ne pouvaient pas me dire à quelle heure ils seraient là, parce que j’aurais voulu y être. Tout ce que je voudrais, c’est avoir des réponses claires de la part des gens qui décident. Les employés de la Ville à qui j’ai parlé sont bien compréhensifs, mais on dirait que personne ne prend de décisions. Moi et mes voisins, pendant ce temps-là, on continue d’être inondés », conclut André Bédard.

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Place Linda: un cul-de-sac de 4 maisons

Située près de l’intersection des rues Lamontagne et Saint-Nicolas, Place Linda est une rue très courte qui se termine en cul-de-sac. On y compte 4 maisons. Sa faible élévation en fait le point bas de tout le secteur avoisinant.

Place Linda est un cul-de-sac où on trouve quatre maisons seulement.

Elle est bordée au sud par un marécage qui se trouve sur le territoire de Saint-Colomban. Le marécage recueille le ruissellement des eaux de surface du secteur, qui se dirigent ensuite vers la rivière du Nord, un peu plus de deux kilomètres au sud.

Avec le développement domiciliaire important dans ce secteur depuis plusieurs années, le marécage ne suffit plus. D’une part, le ruissellement des eaux a changé à cause de nombreuses nouvelles rues, et, par ailleurs, le marécage s’est rempli de sédiments au fil des ans.

Les eaux souterraines continuent d’endommager la chaussée.

Résultat: le secteur de Place Linda est inondé à coup sûr chaque printemps, et, même en cours d’année, les propriétaires doivent vivre avec des craintes constantes. Et des refoulements.

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« Au printemps, on entend des bulles d’air remonter dans les renvois des lavabos, des bains et de la toilette », donnait en exemple André Bédard.

Une histoire connue depuis quelques années

En novembre 2014, la Ville de Saint-Jérôme avait prévu exécuter en 2015 des travaux pour améliorer le drainage dans le secteur. Saint-Jérôme se proposait alors de refaire les égouts de surface à proximité des terrains affectés pour les drainer en direction du marécage. Un projet de 270 000$.

L’ex-conseiller municipal Mario Fauteux, responsable du secteur à l’époque, se souvient très bien. « On savait déjà qu’il faudrait composer avec le problème du milieu humide situé en territoire de Saint-Colomban, là où l’on retrouve le cœur du problème pour l’écoulement », dit-il.

À la fin de 2014, Saint-Jérôme savait qu’il faudrait une entente avec Saint-Colomban pour régler le cas du milieu humide avant d’entreprendre des travaux à Saint-Jérôme. « Même si on faisait des canalisations adéquates chez nous, le marais aurait débordé et inondé le secteur quand même », résume l’ancien conseiller municipal.

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Pour réaliser quoi que ce soit, Saint-Jérôme devait quand même s’entendre avec Saint-Colomban et obtenir la permission du ministère de l’environnement.

Solution refusée par le ministère de l’Environnement

En juin 2016, Saint-Jérôme a dû réviser le projet de fond en comble. Le ministère de l’Environnement n’a pas accepté le projet initial de simplement refaire les canalisations, à cause de la présence du milieu humide.

Il s’est donc ajouté 420 000$ pour un nouveau tracé qui passerait par la rue Lamontagne et Saint-Nicolas pour revenir à Saint-Jérôme.

Ce projet nettement plus coûteux a été approuvé par Saint-Jérôme au printemps de 2017.

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En 2018, Saint-Jérôme renonce

En mai 2018, Saint-Jérôme a finalement publié un appel d’offres en vue de la réalisation des travaux. La Ville a annulé son projet, parce que les soumissions étaient trop levées.

L’appel d’offres ci-contre, datant de mai 2018, a généré des soumissions plus élevées que prévu par Saint-Jérôme. Le projet a alors été annulé.

Un report qui pourrait être coûteux

À cause de la proximité de Place Linda avec les limites du territoire de Saint-Jérôme, une partie des travaux devaient se faire sur le territoire de Saint-Colomban.

Les deux villes ont donc signé une entente intermunicipale permettant à Saint-Jérôme de faire les travaux comme si elle était sur son territoire, avec certaines conditions.

L’une de ces conditions touchait les délais. Dans l’entente signée par les maires des deux villes, Saint-Jérôme s’engageait à compléter les travaux de canalisation avant le 30 août 2018, sous peine de verser une amende de 1000$ par jour de retard.

Au printemps 2019, aucun des travaux prévus n’est encore commencé.

Le 14 mars dernier, le conseil municipal de St-Colomban a donc mandaté ses avocats pour recouvrer des sommes dues en vertu de cette entente, puisque les travaux ne sont pas faits.

Comme il s’est déroulé plus de 200 jours depuis le 30 août 2018, on peut parler d’une poursuite de l’ordre de 220 000$.

Alors que Saint-Jérôme évoque de nouveau la possibilité de faire des travaux afin de corriger le drainage qui se trouve à Saint-Colomban, le maire de Saint-Colomban souhaite plutôt que Saint-Jérôme reconnaisse l’entente de 2018 avant toute discussion.

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