Élections, Opinions, Politique

Stéphane Maher doit démissionner

Ce texte est un texte d’opinion. Celle d’un seul journaliste qui couvre le conseil municipal à Saint-Jérôme depuis 5 ans.

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Dans un grand journal, les opinions et la couverture sont habituellement assignés à des journalistes distincts. Ici, à TopoLocal, nous ne sommes pas assez nombreux pour ériger un mur aussi étanche entre la nouvelle et le commentaire. Cela dit, mon texte s’appuiera sur des faits, et quiconque a une opinion autre est libre de commenter à la fin.

Si Stéphane Maher, directement concerné par mon propos, choisit de nous fournir une explication verbale, écrite ou une entrevue, nous la diffuserons de la même façon que ce texte.

Je disais donc que Stéphane Maher doit quitter son poste de maire. Renoncer au privilège que les Jérômiens lui ont accordé en l’élisant en 2013, et qu’ils ont maintenu alors qu’il a été élu sans opposition en 2017. Il serait honorable de sa part de quitter tout de suite, parce que le lien de confiance entre lui et la population est sérieusement endommagé, pour ne pas dire complètement brisé.

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Bien sûr, on ne connaît pas encore les détails de l’enquête. Il reste toujours une possibilité qu’un tribunal acquitte Stéphane Maher des infractions qu’on lui reproche.

Mais déjà, bien avant que l’enquête d’Élections Québec ne débute, le coup de cochon perpétré par Stéphane Maher à l’automne de 2017 était indigne de quiconque souhaite faire de la politique et demander la confiance de ses concitoyens.

Stéphane Maher a volontairement sorti de son parti deux conseillers qu’il trouvait encombrants. Sans jamais offrir d’explications cohérentes.

Les explications incomplètes de Stéphane Maher

Analysons d’abord ses dires publics. Alors qu’il espérait encore cacher tout son stratagème, Maher a d’abord dit qu’il avait choisi de remplacer Fauteux et Marion par deux femmes. Le but, disait-il, était d’avoir une équipe composée d’un nombre égal d’hommes et de femmes.

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En entrevue quelques jours plus tard, je lui ai demandé, à au moins trois reprises, si ses électeurs ne méritaient pas une meilleure réponse que celle-là. Il n’en avait pas, laissant échapper une simple phrase qui reviendra le hanter: « C’est moi le chef, c’est moi qui décide. »

Quand Mario Fauteux et André Marion prennent la parole quelques jours plus tard pour dénoncer leur expulsion, mais surtout les circonstances, Maher les accusera de faire de la « politique ».

C’est d’ailleurs un thème récurrent chez Stéphane Maher. Quand il prend des décisions de nature clairement politique, il aime parler de « gouvernance » alors que si des personnes questionnent ses décisions ou ses idées, il les accuse de faire de la « politique ». Comme si la politique était une petite joute un peu sale, sans trop de règles. On comprend mieux aujourd’hui pourquoi il a ce vocabulaire.

Pour clore sur les déclarations publiques de Maher concernant l’expulsion de Fauteux et Marion, il y a une autre déclaration de sa part qui en révèle davantage. Plusieurs semaines plus tard, alors que les conseillères Nathalie Lasalle et Johanne Dicaire ont tour à tour quitté son parti, il a laissé échapper qu’il aurait dû les expulser en même temps que Fauteux et Marion.

La vraie raison: un putsch appréhendé

Privément, plusieurs personnes nous ont confié que derrière des portes closes Maher a défendu sa décision en disant qu’il craignait un putsch au sein de son parti, c’est-à-dire une tentative de la part de Fauteux et Marion, et possiblement Johanne Dicaire et Nathalie Lasalle, d’essayer de former une majorité au conseil pour contester ses décisions.

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Il faut aussi rappeler qu’à cette époque, Maher était en brouille avec le député Marc Bourcier qui avait quitté son équipe pour se présenter comme candidat à l’élection provinciale.

Or les penchants caquistes de Stéphane Maher étaient bien connus à cette époque. François Legault l’avait d’ailleurs invité à se présenter comme candidat de la Coalition avenir Québec(CAQ) dans Saint-Jérôme. Il n’a finalement pas été retenu pour le poste.

Une indication très claire de l’animosité du clan Maher envers le Parti québécois à l’époque: le maire a demandé à ses conseillers de ne pas afficher de sympathies partisanes à l’élection de décembre 2015 alors qu’il s’est affiché publiquement à quelques reprises aux côtés du candidat de la CAQ, Bruno Laroche. La conseillère Nathalie Lasalle a aussi reçu des appels de l’adjoint du maire Simon Geraghty lui demandant de ne pas liker, sur son compte Facebook personnel, les propos de ceux qu’il jugeait comme des « ennemis » politiques.

On comprend donc clairement que Stéphane Maher avait des motifs politiques de ne plus vouloir collaborer avec Mario Fauteux et André Marion. Un peu exaspéré des proportions que l’affaire prenait à l’époque, un proche du maire avait confié à TopoLocal, sous le couvert de l’anonymat « Cou’donc, Stéphane a bien le droit de travailler avec qui il veut! »

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L’inexplicable

André Marion et Mario Fauteux, jusqu’au matin du 6 octobre 2017, étaient restés loyaux à Stéphane Maher et solidaires de son parti. Évidemment, comme tous les humains, ils avaient des réserves sur certaines décisions.

Tous deux, par exemple, n’aimaient pas la stratégie d’anti-campagne choisie par Maher dans le but de faire élire son équipe sans opposition. Ils n’aimaient pas la consigne de silence que Maher exigeait de la part des élus lors des assemblées du conseil en période pré-électorale.

Mais de toute évidence, ni l’un ni l’autre n’était prêt à briser les rangs pour autant.

Stéphane Maher avait aussi le droit de vouloir s’entourer des candidats de son choix. Les partis politiques décident eux-mêmes des règles de sélection des candidats, et le parti dont faisait partie le maire, qui s’appelait Vision Saint-Jérôme en 2013, est devenu le parti du maire au printemps 2017, changeant même de nom pour devenir Équipe Stéphane Maher Vision Saint-Jérôme.

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Les choix de Stéphane

Maher aurait pu signifier à Fauteux et Marion qu’il ne voulait plus d’eux plusieurs semaines auparavant. Les choix qu’il a faits sont au coeur de la situation dans laquelle il se retrouve.

Il a choisi d’attendre le matin de la date limite des mises en candidature.

Il a aussi choisi de les duper volontairement, leur laissant croire qu’il les rencontrait justement pour déposer leurs bulletins à des fins stratégiques.

Peu importe ce que l’on pense de ses motifs, il n’en demeure pas moins que la façon dont Maher a procédé est inacceptable.

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Il a aussi choisi de dire à Mario Fauteux qu’il l’écartait parce qu’il avait été un organisateur de Marc Gascon en 2001. prétextant des gestes imminents de l’UPAC qui allait éclabousser son administration à cause de Fauteux. Rien de tout cela n’est arrivé.

Il a choisi de tout masquer cela et d’induire en erreur les électeurs sous le couvert d’un prétexte plus vendable, celui de présenter une équipe paritaire hommes-femmes.

Il a choisi de leur proposer en compensation des postes rémunérés par des fonds publics.

Avant même que la loi ne se prononce, c’est un comportement indigne de l’institution que Maher doit incarner en étant le maire d’une ville. C’est pour cela qu’à mon humble avis, il doit quitter ses fonctions.

Saint-Jérôme a des décisions importantes à prendre et des projets importants a réaliser dans les mois qui viennent. Ces dossiers méritent un intervenant crédible, pas un maire qu’il vaut mieux rencontrer équipé d’une enregistreuse.

  • André Marion dit :

    Une excellente analyse des évènements. Les citoyens, les fonctionnaires, les autres élus de la MRC, personne ne peut lui faire confiance. Il doit démissionner.

    • Loïc dit :

      Il ne va pas démissionner, il va faire l’autruche comme Gascon en son temps. Et les pouvoir publiques sont tellement longs a déposer des acusations, 18 mois c’est vraiement long. On va devoir supporter cela jusqu’au prochaines élections. Il faudrait faire une petition en ligne et la remettre au ministère des affaires municipales

  • LOuise Sevigny dit :

    fameuse opinion, argumenté intelligemment. Cela fait déjà 2 ans, le DGE s’est traîné les pieds. Les 2 conseillers éjectés ont été vivement blessés. Il faut réparer cela…

  • Gérard Lafleur dit :

    Super analyse de votre part. Si le maire et les conseillers ( excluant les indépendantes) demeurent au pouvoir à l’hôtel de ville suite à ce que je viens d’apprendre au sujet de la dernière élection municipale, devrions-nous plutôt écrire? Hôtel de vil de Saint-Jérôme? et le responsable de l’éthique a-t-il été trop élastique?? Demeurer au pouvoir serait prendre la population en dérision , il ne reste qu’un devoir à faire au maire et à certains des conseillers, démissionner.

  • Richard Desforges dit :

    Bon sens d’analyse et de synthèse. Ce maire a perdu toute crédibilité et doit quitter ses fonctions immédiatement.Ce type de politicien n’est plus acceptable.

    Richard Desforges

  • Pierre Lauzon dit :

    Il doit quitter car le bri de confiance est à ce point manifeste et irrévocable. Réclamons une assemblée extraordinaire du conseil pour ce prochain mardi où les citoyens pourront exprimer leurs opinions et la démission du maire et des 2 conseillers présents lors des rencontres d’octobre 2017

  • Normand Lalonde dit :

    Il me semble que la façon dont M. Fauteux a obtenu sa preuve est difficilement recevable. Un manque d’éthique pour en prouver une autre. Cela ressemble à ce qui s’est passé chez la ministre libérale. Faut-il désormais se méfier et passer le détecteur de métal à tout le monde avant une réunion? Néanmoins, la position du maire est intenable. L’enregistrement est contraire à ses propos et le lien de confiance est brisé. Enfin, je n’entends personne contre les nominations politiques à St-Jérôme.

    • Selon les faits que nous avons constaté, Monsieur Fauteux a lui-même enregistré une conversation à laquelle il prenait part. Ce type de preuve est régulièrement admise par les tribunaux. Quant à diffuser l’enregistrement, l’intérêt public est évident.

  • Mario Fauteux dit :

    Article 12 des règlements du Parti Vision St-Jérôme “Le Conseil d’Administration peut par un vote des 2/3 des membres, s’opposer pour des raisons graves, à toutes candidatures”. Saviez-vous qu’il n’y a eu aucune réunion du Conseil d’Administration de Vision en 2017, année électorale. Alors cette décision n’a jamais été entériné par les instances du Parti. Au diable les règlements,: “C’est moi le chef, c’est moi qui décide”… dixit Stéphane Maher.

  • Robert Charland dit :

    Très heureux de lire ce texte dans les pages de TopoLocal. Cette prise de position est de plus appuyée par une observation soutenue de la scène municipale et par la mise en lumière d’un jeu de coulisses indigne et inacceptable. Serait-ce là le signal du début d’une saine «décontamination» de notre conseil municipal? Maintenant que de réelles accusations font place aux questionnements – éthique et démocratique – que vous souleviez pertinemment dès le lendemain de ces manigances électorales, on peut l’espérer.

    Robert Charland

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