Politique

Défendre le Québec au Canada, c’est le «travail» de Rhéal Fortin, député de Rivière-du-Nord

« Alors voilà, c’est fini » a lancé en boutade Rhéal Fortin. Il soulignait ainsi la fin d’une nouvelle session parlementaire à Ottawa, la quatrième depuis son élection comme député bloquiste de Rivière-du-Nord en 2015.

Rhéal Fortin jasait, à bâtons rompus, avec quelques journalistes de la presse locale. Le député avait convoqué les journalistes locaux à son bilan annuel de la session parlementaire, le 26 juin.

« Un peu à l’image des années précédentes. On trouve que la voix du Québec n’est pas beaucoup entendue à Ottawa. On y arrive oui, mais il faut se battre. C’est un travail de tous les moments. »

Le Bloc québécois est-il encore pertinent ?

En apparence, le Bloc québécois fait face à un dilemme. Ce parti ne prendra jamais le pouvoir au parlement canadien, puisqu’il présente des candidats seulement au Québec. Sur le plan du pouvoir décisionnel, il ne peut espérer mieux qu’un concours de circonstances qui lui donnerait la balance du pouvoir dans un pays auquel il ne croit pas.

Certains y voient un dilemme, même un cul-de-sac pour le Bloc.

Non seulement pertinent mais « essentiel »

Rhéal Fortin voit «…de la magie!» Ou plutôt, pour nuancer un peu son vocabulaire sans doute trop enthousiaste, l’essence même de l’action politique du Bloc québécois.

« En élisant des députés du Bloc, les Québécois s’assurent d’avoir un mot à dire au Canada. Je ne les nommerai pas, mais il y a même des députés libéraux qui nous encouragent à questionner certains gestes du gouvernement. Ils le font par notre entremise parce que leur parti leur en voudrait de trop défendre le Québec… »

Le député de Rivière-du-Nord Rhéal Fortin lors d’une intervention à la Chambre des communes.

« Le régime fédéral, à mon avis, a ce vice particulier de vouloir défendre des intérêts régionaux trop diversifiés et de ne pas être en mesure de rationaliser. Nous au Bloc on est les seuls à représenter le Québec et les seuls à se lever en chambre pour revendiquer. »

« On ne formera jamais le gouvernement, et je ne ferai jamais campagne en promettant des ponts et des autoroutes. Mais nous allons continuer de défendre nos intérêts et nos valeurs. »

Le Québec toujours perdant

Rhéal Fortin n’a jamais caché sa conviction que le fédéralisme canadien est une équation perdante, peu importe le parti au pouvoir. Il a donc condamné l’ensemble du bilan du gouvernement Trudeau.

Revenant sur un thème qui lui est cher, le député déplorait qu’Ottawa confie peu de contrats de constructions navale aux chantiers Davie, de Lévis.

Même si Ottawa n’avait pas encore annoncé le récent contrat de 500 M$ accordé la la compagnie, Rhéal Fortin affirmait déjà que malgré ce contrait, ce serait toujours « des miettes » comparé aux autres chantiers navals à Vancouver ou Halifax.

« Pourtant la Davie voit son excellence reconnue. Ils sont les seuls qui livrent dans les délais et sans dépassements de coûts. » Et pourtant, de dire le député, l’entreprise ne reçoit pas sa juste part. « Pour nous, c’est un scandale », a-t-il conclu.

« Le barrage de Muskrat Falls, au Labrador, est un autre exemple, où on est rendu à une dizaine de milliards de dollars dépensés. Terre-Neuve n’a pas les moyens de le payer donc le Canada, dont le Québec compte pour 22%, cautionne les prêts. »

Les Québécois, selon Rhéal Fortin, sont donc propriétaires à 22% d’un barrage dont la seule raison d’être est de concurrencer Hydro-Québec. Tout cela pour éviter à Terre-Neuve d’acheter de l’électricité du Québec et pour concurrencer Hydro sur le marché nord-américain. « On finance nos compétiteurs. Je trouve ça scandaleux! »

« Et en plus, le barrage a été construit par un entrepreneur italien, parce qu’ils voulaient éviter de s’en remettre aux compétences du Québec! C’est du gaspillage d’argent pour construire quelque chose de tout croche, avec notre argent à nous autres, alors qu’on n’en a pas besoin de ce barrage-là. »

« Mirabel, c’est pareil. On a exproprié des terres parmi les meilleures au Québec. Pierre Elliot Trudeau, le père de Justin, nous a dit que ça valait la peine de sacrifier quelques terres pour construire un aéroport d’avenir. Mirabel est même devenu, un certain temps, le cinquième meilleur aéroport au monde dans certaines catégories. Et voilà qu’on a dépensé encore des milliards pour le démolir. C’est ça, les investissements fédéraux au Québec. Des bons exemples de gaspillage. »

L’environnement: que du court terme

Rhéal Fortin reproche aussi au gouvernement Trudeau son manque de vision en matière d’environnement. « Non seulement on ne rencontrera pas les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat, mais manifestement, on ne rencontre même pas les objectifs précédents du gouvernement Harper », dit-il.

« Après avoir signé le traité de Paris qu’on ne rencontrera pas, la cerise sur le sundae, c’est que vous et moi sommes maintenant propriétaires d’un pipeline qui va emmener le pétrole sale de l’Alberta jusqu’à Vancouver. Une autre belle réussite du gouvernement fédéral! »

« Je comprends qu’on veuille aider l’Alberta a améliorer son économie, ajoute le député, mais on investit dans une source d’énergie qui sera dépassée dans 30 ans. Si on continue comme ça dans les sables bitumineux, l’Alberta va devenir d’ici quelques décennies un désert dont le territoire sera détruit. »

« Si on disait que l’Alberta investit plutôt tout cet argent dans les énergies vertes, de nouvelles batteries, des panneaux solaires, des technologies prometteuses, comme ça se fait ailleurs, on pourrait au moins parler d’une vision à long terme », croit-il.

L’immigration

« Au Bloc québécois, on est en faveur de l’immigration. On pense que c’est important d’accueillir les gens de partout dans le monde. L’Amérique s’est développée en accueillant des gens de partout, et le Québec ne fait pas exception. »

« C’est aussi une bonne chose que d’accueillir des réfugiés. Il y a des gens sur la planète qui sont mal pris et ont besoin d’aide., Je pense qu’on peut dire qu’on est un peuple accueillant et généreux. Quand on voit des gens d’ailleurs qui vivent des drames on a envie de les aider et c’est correct », ajoute-t-il.

« Mais ça doit être fait correctement! Pour l’instant on a un gouvernement qui ouvre les portes et qui ne paie pas. Ce sont les provinces qui doivent les accueillir et Ottawa ne veut pas transférer l’argent. En somme, Ottawa invite et Québec se ramasse avec les factures. Ottawa s’engage, mais pour l’instant les provinces paient la facture. »

« Encore une fois, c’est notre argent qui va à Ottawa sous forme de taxes, et quand c’est le temps que ça revienne, on fait du chichi. »

« C’est comme pour les infrastructures. Nous on dit qu’Ottawa devrait tout simplement envoyer à Québec l’argent des infrastructures et laisser le Québec s’organiser pour le dépenser. »

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