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Woodstock, 50 ans plus tard

Cérémonie d'ouverture de Woodstock, le 15 août 1969, photo par Mark Goff [Public domain], via Wikimedia Commons

Loyola Leroux nous offre une réflexion sur ce qui s’est passé depuis qu’il a assisté au festival Woodstock, qui a eu lieu du 15 au 18 août, en 1969!

Les deux pieds dans l’eau du beau Lac Achigan, dans les Laurentides, «je me souviens»…

Avec Robert et Francine, nous étions arrivés sur les lieux, dans la campagne de l’État de New York, le jeudi après-midi, dans ma fameuse Volks peinturée en jaune moutarde. Le spectacle devait commencer le vendredi 15 août 1969 et se terminer le 17. Déjà, les barrières pour les ventes de billets étaient abolies. Tant de monde. Le vendredi soir, la musique commença et les musiciens jouèrent presque sans arrêt jusqu’au lundi matin.

Un ami, Raymond, avait pris la direction de Woodstock, Nouveau-Brunswick, comme plusieurs autres. Un autre, Normand, avait décidé de partir du Québec le vendredi soir. Il fut bloqué dans la nuit, par la police qui interdisait l’accès au site à 100 kilomètres à la ronde. Des gars pas chanceux.

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Joe Cocker et Jimi Hendrix

Nous étions assis devant le stage à 50 pieds environ. Des beaux moments. Nous sortions pour aller manger, se baigner, dormir un peu, batifoler… Deux jours de belle musique, de contacts joyeux, la vie était belle. Les faits marquants pour moi: Joe Cocker au petit matin du samedi, dans l’eau de pluie et la boue rouge et Jimi Hendrix, qui devait clore le spectacle le dimanche soir, mais puisque chaque groupe avait accordé deux rappels, Hendrix arriva le lundi matin. Quelle fin.

Le samedi après-midi, les hélicoptères de l’armée avaient lancé des petits sacs de nourriture. Tous fraternisaient. Les policiers nous expliquaient qu’ils ne pouvaient plus partir, car les remplaçants étaient bloqués. Trop de monde partout. Aucune violence.

Après coup, en y pensant bien, je constate que le fait de regrouper presque tous les grands groupes musicaux de l’heure sur un même site, ne pouvait qu’amener des milliers d’amateurs de musique, du moins les plus «dégelés du paquet», comme le dit Manon.

La guerre du Viêt Nam

Je suis peut-être nostalgique, mais la vie était belle pour nous les jeunes Canadiens. Nous n’étions pas obligés d’être enrôlés de force dans la guerre du Viêt Nam. Country Joe and the Fish le chantait à Woodstock, une chanson qui est presque devenu l’hymne de rassemblement contre la guerre :

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And it’s one, two, three,
What are we fighting for ?
Don’t ask me, I don’t give a damn,
Next stop is Vietnam;
And it’s five, six, seven,
Open up the pearly gates,
Well there ain’t no time to wonder why,
Whoopee! we’re all gonna die.

Country Joe and the Fish – Vietnam Song

Mon ami Paul était un citoyen américain qui refusait de s’enrôler pour aller faire la guerre au Viêt Nam.  Nous l’hébergions dans le Carré St-Louis avec mon colocataire, l’artiste Monat. Il ne voulait pas revenir aux États-Unis, où il aurait fait de la prison parce qu’il avait fuit la conscription. Plus de 50 000 jeunes américains sont morts au Viêt Nam, dans une guerre inutile.

Un temps nouveau

Cet été-là en juin, nous avions participé au Festival de folklore de Newport, puis à celui d’Atlantic City. La musique, la joie de vivre était partout dans l’air. L’avenir nous semblait radieux. Le déficit gouvernemental n’existait pas. Pas de dettes à remettre comme les jeunes actuels. Nous les boumeures commencions à asseoir notre pouvoir.

Toute la société était à nos pieds. Nous rejetions allègrement toutes les traditions, le «bébé avec l’eau du bain», comme le dit Jacques Grand’Maison. «L’avenir ne nous effrayait pas.» C’était «le début d’un temps nouveau» comme le chantait Renée Claude. Jean-Pierre Ferland en ajoutait: «Quelle vie d’orgie, quel monde de sexe, y’a plus rien à l’index.» Être au bon endroit, au bon moment, c’est un peu l’histoire de ma vie.

La vie était simple. La mafia ne s’impliquait pas encore dans le commerce du pot, qui en était au stade artisanal. Le sexe était libre, sans protection, les filles utilisaient cette découverte technologique qui allait révolutionner le monde, la pilule. Les MTS et le SIDA, etc., n’étaient pas encore arrivés. Nous entrions aux États-Unis sans passeport, sans question, le 11-septembre viendra tout compliquer.

De retour au collège en septembre, presque tous les Pères qui nous enseignaient avaient laissé tomber la soutane et leur petite culotte. Au collège devenu cégep, peu avait changé. Nous étions encore pensionnaires, sans travailler pendant l’année scolaire. Ce sont les mêmes profs qui enseignaient la même matière en philo et en français comme au collège classique. L’influence des étudiants du technique dans les classes ne se faisait pas encore sentir. L’église disparaissait mais les classifications traditionnelles entre la JOC, pour «Jeunesse ouvrière catholique» et la JEC, pour «Jeunesse étudiante catholique» étaient toujours là.

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Les étudiants étudiaient et les travailleurs travaillaient. Les spécialistes en pédagogie n’avaient pas encore mis la main sur les collèges, pour les modifier en profondeur.

Et le fameux pot

Malheureusement, tout n’est pas parfait. Mon ami Robert, qui était un gars très intelligent et qui se dirigeait vers la médecine comme son père, fumait beaucoup de pot. Au retour de Woodstock, il embarqua dans une secte religieuse. Je l’ai revu 10 ans plus tard, le cerveau lavé.

De nos jours, il vit en ermite dans le bois au B.C.. Nous avions passé des heures à discuter, en nous posant la fameuse question: «Est-ce que le pot rend plus intelligent ?» À 70 ans, avec l’expérience de la vie, après avoir vu de loin des personnes fumer quotidiennement, j’avoue que non et je conseillerai à mes 8 petits-enfants, s’ils me demandent mon avis, de ne pas essayer ou de le faire avec une extrême modération en leur rappelant qu’il ne faut pas en avoir fumé pour devenir pilote d’avion, par exemple…

J’aimerais lire vos commentaires. Vous pouvez les écrire ci-bas ou me contacter par courriel à [email protected].

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  • Leroux Loyola dit :

    Bravo pour l’ajout de la musique et des images. Quelle époque !!!

  • Yvon Robert dit :

    Beau témoignage, c’est loin du Loyola que j’ai connu au CEGEP au début des années 70.

  • Léonard Marchand dit :

    Woodstock? Je n’y étais pas, j’étais trop jeune, mais déjà passablement bougalou. Woodstock fut pour moi un moment décisif dans notre société nord-américaine. Ce fut comme un vent de liberté qui souffla sur le conservatisme puritain qui régnait naguère. Après cet immense événement, le monde avait changé.

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