Affaires, Politique, Santé, Transport

Un bilan des premiers mois du député de Saint-Jérôme, Youri Chassin

À la fin du mois de juin, nous avons demandé à Youri Chassin, le député de Saint-Jérôme élu le 1er octobre 2018, de s’asseoir avec nous pour faire le bilan de se première année de député.

On a pu y apprendre qu’il déménageait à Saint-Jérôme pour être plus proche de la réalité qu’il représente à Québec. On lui a aussi demandé comment il percevait son rôle de député en matière de développement économique, d’aide aux plus démunis et de partage des revenus.

Au bas de la vidéo, vous pouvez aussi lire la transcription de cet entretien.

Charles Michaud [00:00:01] Youri Chassin, on est à la fin juin. Il y a déjà neuf mois que vous êtes devenu député de Saint-Jérôme. La session est finie. On se prépare tous à être en vacances. Je vais commencer en vous disant: De quoi vous êtes le plus fier de ce qui s’est passé au cours des neuf derniers mois?

Services locaux

Youri Chassin [00:00:19] C’est une question presque facile je vous dirais parce que c’est sûr que c’est bon, une session parlementaire, c’est aussi les premiers mois d’activité. Il y avait certains dossiers qui étaient peut-être plus urgents. En tout cas, sur lesquels on a mis beaucoup d’énergie dès le départ. Et je pense que notre fierté au bureau et la mienne, personnellement, c’est l’hôpital.

Youri Chassin [00:00:44] L’hôpital de Saint-Jérôme, parce que on nous en avait parlé tellement abondamment durant la campagne électorale. C’était clair que c’était une priorité.

Ça faisait aussi tellement longtemps que ça traînait, qu’on avait ces projets-là dans les cartons. Que le CISSS des Laurentides m’avait aussi passé l’information pertinente pour qu’on puisse faire des représentations efficaces auprès du ministère de la Santé. Alors d’avoir la ministre qui vient à Saint-Jérôme faire une annonce. Ça, c’est vraiment une réussite.

Qui est accompagnée, non seulement l’annonce, mais aussi d’une inscription officielle au Plan québécois des infrastructures. C’est l’étape technique clé qui fait que oui, c’est considéré au Conseil du trésor comme un projet parmi les projets qui vont se faire dans les prochaines années.

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Charles Michaud [00:01:28] Donc, le dossier est bien engagé. On a les garanties qu’il faut. Et comme vous le disiez vous et les officiels du CISS: «Saint-Jérôme ne reconnaîtra plus son hôpital dans une dizaine d’années.» Bon là, on parle de l’hôpital de Saint-Jérôme comme il va être en 2029.

Youri Chassin [00:01:53] Avant ça, si possible.

Charles Michaud [00:01:54] Il y a des choses qui risquent de se passer auparavant. Comment on fait pour s’assurer qu’en 2029, on ait l’hôpital de 2029. Pas celui que 2019 voulait, mais celui que 2029 va exiger. Est-ce que ça va faire partie des préoccupations que vous avez pour la suite du projet?

Youri Chassin [00:02:13] C’est sûr qu’il y a des éléments de planification qui sont importants. C’est ça qui prend du temps aussi. Avant qu’il y ait une pelletée de terre, par exemple, on réfléchit à l’ensemble des services qu’une population en croissance, et une population vieillissante aussi dans les Laurentides, va requérir dans les années prochaines. Donc, cette réflexion-là elle est déjà assez avancée je vous dirais mais ça fait partie d’une réflexion que je pense qu’il faut avoir en continu pour, évidemment, ne pas manquer le train si jamais il y a du nouvel équipement intéressant à avoir pour assurer, par exemple, les services.

Le vrai enjeu au départ c’est d’abord celui de l’espace. Quand on n’a aucun espace de développement, c’est sûr que toute nouvelle technologie, tout nouvel appareillage, on ne pourra pas le recevoir. Déjà d’agrandir, ça permet cet ajustement-là, cette flexibilité-là. De façon dynamique, c’est de pouvoir continuer à se développer.

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Alors, commençons par la coquille, en ayant une vision de certains services très très importants. Puis après ça, on pourra continuer le développement de l’hôpital au fil des années. Mais c’est vrai qu’il y a toujours cet enjeu-là de ne pas manquer, finalement, des développements dans les prochaines années. Ça bouge vite la technologie. Ça bouge vite aussi la pratique médicale. Donc, il faut garder un oeil là-dessus.

Charles Michaud [00:03:42] Donc, on a commencé par une, pas une facile, une bonne nouvelle… Après neuf mois de mandat, quel est l’élément le plus important qui ne marche pas encore à votre goût? C’est où votre priorité d’action maintenant que l’hôpital, on va dire bon bin ça, c’est fait! 

Charles Michaud [00:04:08] Une affaire de rayée sur la liste, prochain item.

Youri Chassin [00:04:08] En fait, il y a d’autres enjeux. Je répondrais peut-être par une réponse un peu générale mais je suis sûr que vous allez comprendre, parce que dans le fond on arrive en politique un peu tout feu tout flamme…

Services locaux

Je suis député depuis neuf mois à peine. On arrive là en voulant se relever les manches puis en mettant beaucoup d’ardeur. Puis on se rend compte que parfois, il faut une certaine patience. Et ça, ça fait partie des défis d’avoir cette patience-là qui n’est pas toujours inutile.

Donc, on veut éviter des pertes de temps inutiles, mais évidemment ça prend un certain temps pour se concerter et rencontrer différents groupes. Je pense par exemple à tout le dossier des transports où Saint-Jérôme est un peu inclus dans la Communauté métropolitaine de Montréal à différents titres, notamment parce qu’on est une tête de train. Donc, on a vu par exemple une augmentation des coûts pour l’immatriculation des automobiles.

Tout ce dossier-là, je le travaille depuis plusieurs mois notamment avec le bureau de Chantal Rouleau, qui est la ministre déléguée aux Transports responsable de la région métropolitaine. C’est là où il y a peut-être des éléments où on hâte d’avoir des bonnes nouvelles. Tout n’est pas évident.

Ça c’est un dossier qui préoccupe les Jérômiens. Que la 15, par exemple, est souvent bien congestionnée. Puis en même temps, on le voit aussi dans nos routes, nos routes provinciales qui parfois souffrent. Je ne sais pas si vous avez vu l’intersection de la 158 et la 117, mais c’est assez catastrophique.

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Les gens passent à 5 kilomètres à l’heure pour éviter de trop abîmer l’automobile. J’ai pris des photos moi-même pour aller constater sur le terrain des enjoliveurs de roues sur le bord du chemin. Donc là, il y a vraiment un défi où on est peut-être tolérant avec l’intolérable en quelque sorte. Je pense que ça, c’est un vrai défi.

Charles Michaud [00:06:05] Justement, le train de banlieue de Saint-Jérôme. Ce train-là, et votre chef lui-même l’a dit, nos trains devraient être électriques au Québec. C’est un peu un non-sens, si on veut, d’être dans un endroit où on dispose d’autant de ressources puis que nos trains…

Youri Chassin [00:06:20] Un paradis de l’hydroélectricité…

Charles Michaud [00:06:27] Bon, parlons-en de transports en commun. Deux ou trois des choses les plus emballantes ou les plus intéressantes. Le train pourrait devenir électrique et Saint-Jérôme a aussi dans ses cartons l’intention que le transport en commun à l’intérieur de la ville devienne éventuellement gratuit. Ce sont des dossiers sur lesquels vous avez l’intention de pousser? Des dossiers qui ont besoin d’un coup de main? Qu’est ce qu’il faut faire pour que ça passe de la belle intention jusqu’à la réalité?

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Youri Chassin [00:06:58] Le dossier du transport en commun gratuit, je trouve ça intéressant. Je surveille ça d’un oeil intéressé, je dirais. Pour être certain évidemment que si Saint-Jérôme, dans sa volonté de mener ce projet à terme, a besoin d’un coup de main, eh bien que le député puisse travailler avec les autorités municipales. Évidemment, à la limite je vous dirais même, là je fais un aparté mais je dirais que ça m’intéresse comme économiste aussi, parce qu’il y a toujours une réflexion économique derrière les frais qu’on impose à l’usager. Et le coût administratif de gérer tout ça. Je trouve que ce n’est pas inintéressant.

Il y a certains bons arguments qui se font valoir. Et en même temps, il y a un certain nombre de défis ou de questions qui sont soulevées dans tout ça.

Pour l’électrification du train de Saint-Jérôme, là c’est peut-être plus compliqué parce qu’il y a toute une question d’équipement et d’infrastructure à changer. Là, c’est peut-être moins une priorité par rapport au fait que, même si c’est mieux en théorie notamment pour les gaz à effet de serre que ce soit électrique, les gaz à effet de serre émis par personne par kilomètre dans un train, même au Diesel, sont infimes en comparaison par exemple avec la voiture solo.

Un moment donné, on choisit ses combats. On essaie d’améliorer le service de transport collectif avant de dire, on va essayer d’électrifier et de faire le petit gain que ça consisterait, que ça représenterait.

Charles Michaud [00:08:34] M. Chassin, le pôle aéronautique qui se situe autour de l’aéroport de Mirabel est un moteur économique extrêmement important pour Saint-Jérôme. Ça génère des emplois, ça occupe nos institutions. À côté de ce pôle-là, il y a un parc industriel à Saint-Jérôme qui est vieillissant, qui semble parfois à certains égards être un petit peu tourné vers de la vieille industrie. Comment le parc industriel de Saint-Jérôme peut se positionner de façon stratégique? Je ne pense pas qu’il puisse compétitionner avec le parc industriel de Mirabel. Y a-t-il une complémentarité à bâtir? Y a-t-il une stratégie que vous espériez voir apparaître sur ce plan-là?

Youri Chassin [00:09:16] C’est une très bonne question parce que, dans le fond, il y a effectivement une opportunité formidable d’être à proximité d’un pôle aussi crucial, aussi formidable que tout ce qui tourne autour de l’aéronautique où des entreprises de Saint-Jérôme aussi entrent en lien avec ces entreprises-là. C’est là où on voit ces industries-là, dans le fond c’est du manufacturier haut de gamme, c’est de la valeur ajoutée très très élevée. Alors ça, c’est drôlement intéressant.

Youri Chassin [00:09:49] En même temps, d’anticiper quelles seront les industries de l’avenir, c’est toujours complexe. Je pense qu’il y a une espèce d’équilibre à chercher entre vouloir attirer des entreprises mais sans nécessairement choisir le secteur, en permettant que des nouvelles industries fassent leur apparition.

Je pense qu’on a des points forts à faire valoir à Saint-Jérôme par rapport à d’autres municipalités ou d’autres régions autour. On a à Saint-Jérôme un pôle universitaire. Avec un cégep, avec l’université, on a nos institutions d’enseignement supérieur qui peuvent contribuer. On a aussi des CCTT, des centres collégiaux de transfert de technologies, avec des beaux projets d’ailleurs. Évidemment, il y a les matériaux composites, il y a aussi l’Institut du véhicule innovant, qui a beaucoup de demandes.

C’est ça qui est intéressant, c’est que ce sont des centres de technologie rattachés au Cégep de Saint-Jérôme, qui desservent des clients dans l’entreprise privée. À date, ils ont tellement de demande qu’ils sont même parfois appelés à refuser des contrats parce qu’ils n’ont pas la capacité de travailler suffisamment, en raison des locaux, en raison des embauches qu’ils pourraient faire.

Il y a vraiment une raison d’intervenir pour leur donner ce coup de pouce pour permettre, par exemple à des nouvelles industries, des PME, des start-ups, de dire: «Tiens, nous on a quelque chose d’intéressant à aller chercher dans ces centres pour amener la technologie à l’étape de la commercialisation, des idées qui créent de la valeur, justement.»

Charles Michaud [00:11:38] Donc, un  coup de pouce ou un soutien accru pour l’IVI, pour les années qui viennent?

Youri Chassin [00:11:43] Oui, je pense que c’est important. À l’entrepreneuriat aussi, c’est une volonté qui a été exprimée en toute fin de session. Mon collègue et ministre de l’Économie et de l’Innovation. D’ailleurs, ce n’est pas innocent qu’il porte ces deux chapeaux: économie et innovation. Pierre Fitzgibbon a annoncé par un dépôt de projet de loi une refonte d’Investissement Québec. Il y a des possibilités là aussi d’intervention pour mieux aider des entreprises, notamment en région, qui veulent connaître une croissance, qui veulent se tourner vers des exportations. On est bons au Québec en termes d’exportation.

Je pense que tout ça fait que Saint-Jérôme peut se démarquer et peut contribuer au tissu économique des Laurentides et du Québec. Et même, pensons plus grand, du monde. Donc, s’inscrire dans des chaînes de valeur internationales. C’est quelque chose qui moi, comme économiste, m’appelle beaucoup. Ça veut dire miser sur la main-d’oeuvre, avoir un appui qui est efficace notamment par Investissement Québec et bien collaborer avec nos institutions d’enseignement pour que tant la main-d’oeuvre tant l’innovation, finalement, percolent dans les entreprises pour que nos entreprises soient innovantes, pour que nos entreprises soient des leaders de demain.

Charles Michaud [00:13:03] Votre gouvernement, M. Chassin, a annoncé un surplus qui dépasse les attentes de tout le monde et ça n’a pas tardé, le 4 milliards… Je pense que si vous écoutez l’ensemble des gens qui en ont pris acte, vous pourriez le dépenser deux ou trois fois sans doute. Je sais que Mme Plante, la mairesse de Montréal, a déjà dit que c’était une très belle opportunité de régler le cas du pacte fiscal.

Ici à Saint-Jérôme, le pacte fiscal, si je traduis les volontés du conseil municipal, ça voudrait dire notamment aider Saint-Jérôme à défrayer les coûts de son service de police dans un premier temps, mais aussi à plus long terme d’aider Saint-Jérôme à jouer son rôle de ville-centre. Je pense que vous êtes bien sensible au fait que Saint-Jérôme est une ville qui a une assiette de taxation de 75 000 personnes et qui dessert un bassin deux fois plus important. Comment on fait et qu’est ce que vous pensez être en mesure de faire pour que Saint-Jérôme bénéficie davantage de soutien, des dollars, de quelle façon on peut organiser ça pour que le pacte fiscal aide une ville comme Saint-Jérôme à mieux faire son travail de capitale?

Youri Chassin [00:14:22] Les institutions publiques, c’est à la fois tous ces services qui aident au développement économique et social d’une ville, et en même temps comme capitale régionale, qui desservent plus que la seule ville de Saint-Jérôme. Notre rôle de capitale régionale fait qu’on a aussi des coûts. Il y a des gens qui viennent à Saint-Jérôme qui utilisent des ressources, qui utilisent des services, qui utilisent des routes, etc.

C’est là où il y a un enjeu de financement, ce n’est pas évident. Il y a d’autres villes, par contre, qui sont dans une situation un peu similaires. Et c’est là où il y a peut-être des partenariats à faire pour faire réaliser à quel point certains lieux sont peut-être moins bien épaulés à l’heure actuelle. Tout ça est en négociation avec ma collègue Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation. Mais je pense que ça fait partie aussi du rôle du député de porter un peu cette voix-là, de rappeler un état de situation en quelque sorte.

Le service de police, c’est un exemple aussi là, où la Ville de Saint-Jérôme dit: «Si on passait par exemple au service de la Sûreté du Québec, le gouvernement finirait par payer beaucoup plus.» Et ce serait peut-être pas gagnant de toute manière. Là, il y a une façon de s’assurer que le dialogue entre la Ville et les ministères concernés soit continuel, que les points soient bien compris de part et d’autre. Parce que ce n’est pas évident. Il n’y a pas de programme spécifique pour le soutien à des services de police qui ne sont pas de la SQ. On entre dans un territoire vierge, il faut inventer quelque chose. C’est ça qui fait que c’est difficile, que ça prend du temps.

Charles Michaud [00:16:06] Mais voyez-vous une iniquité dans la façon dont…

Youri Chassin [00:16:09] En fait, je pense qu’il faut réaliser à quel point on se retrouve dans une situation intermédiaire entre deux classes plutôt bien définies: les villes de moins de 50 000 habitants qui ont, de façon automatique ou à peu près, les services de la Sûreté du Québec puis les villes de plus de 100 000 habitants qui doivent assurer un service policier de type 1, qui à ce moment-là se retrouvent à défrayer des coûts de toute manière.

Mais nous à 77 000 habitants environ, on se retrouve dans l’entre-deux avec Granby notamment, avec Saint-Jean-sur-Richelieu mais qui sont comme à 98 000, ils sont sur le bord de traverser la frontière. On se retrouve dans une situation où on voit le support du gouvernement, provincial notamment, s’accroître pour les plus petites municipalités.

Mais comme on est, dans le cas de Granby et Saint-Jérôme, deux municipalités qui assurent leur propre service de police, on se retrouve à être un peu de facto désavantagés par l’état de situation. Je pense que c’est de montrer qu’il y a là une certaine iniquité apparente à tout le moins.

Il faut voir quels sont les moyens dont on dispose et c’est là que je reviens un peu sur les surplus. À chaque fois qu’on annonce que finalement les résultats financiers ont été meilleurs qu’espérés, tout le monde s’imagine que ça y est, on a des capacités financières pour les années à venir et les siècles à venir. Or, le surplus qui a été déclaré c’est pour 2018-2019, une année financière qui est déjà terminée. Pour l’année financière en cours 2019-2020, on ne prévoit pas de surplus. Autrement dit, l’argent qu’on a finalement réalisé de façon intéressante. C’est une bonne nouvelle, en général. Vaut mieux ça que l’inverse…

Mais c’est conjoncturel. C’est une fois et pas nécessairement récurrent. On n’aura pas nécessairement cette même belle surprise dans les années à venir. C’est pour ça que je pense qu’il faut être prudent. Il ne faut pas s’engager par exemple à verser des milliards de dollars à chaque année aux villes du Québec sachant que ce n’est qu’une fois. Je pense que cela ne serait pas responsable parce que finalement, ce poids-là retomberait de toute manière sur les contribuables québécois.

Charles Michaud [00:18:27] La possibilité que les villes touchent un point, 1% de la taxe de vente, de la taxe uniformisée, c’est une avenue qui vous intéresserait?

Youri Chassin [00:18:40] Bien oui, parce que ça donne une certaine autonomie aux villes. C’est sûr que de donner ce point-là, c’est un échange. On donne un milliard de plus en financement plus autonome, on enlève 1 milliard de subventions directes de Québec vers les villes. Ce n’est pas tout à fait changer quatre 30 sous pour une piasse. Oui au départ parce que c’est à peu près le même montant. Mais en même temps, c’est aussi une permission ou un moyen pour les villes de profiter de leur prospérité interne, ce qui n’est pas le cas avec les transferts du gouvernement du Québec.

Charles Michaud [00:19:21] Je pense qu’on a fait le tour. Deux dernières questions… Vous êtes né à SainteAgathe. Vous êtes député de Saint-Jérôme depuis maintenant neuf mois. C’est important qu’un député habite dans sa circonscription? J’imagine que vous passez le gros de votre temps à Québec, ça va avec l’emploi. Avez-vous des intentions de vous installer plus proche de la ville que vous représentez ou si vous êtes heureux d’habiter… Où vous habitez en ce moment?

Youri Chassin [00:19:53] Moi je veux habiter à Saint-Jérôme et ça va être le cas à partir du 1er août. Alors, je vous l’annonce en primeur. Ça, c’était pour moi important ne serait-ce que pour sentir la réalité, pour permettre aussi aux citoyens de me croiser régulièrement un peu par hasard.

En arrivant pour cette entrevue-ci, j’ai été accroché par quelqu’un qui voulait me parler d’un projet de développement. Des fois, on ne prévoit pas ces rencontres-là. Il y a des gens qui viennent me voir au bureau évidemment, mais c’est parfois aussi dans l’impromptu qu’on a des nouvelles, qu’on a aussi une compréhension de ce qui se passe à Saint-Jérôme. Je trouve que c’est important, à tout le moins, d’être au courant.

Est-ce que c’est vraiment vivre dans le comté qui est le point principal? Je ne pense pas. Je ne veux pas dans le fond condamner ceux qui ne font pas ce choix-là. Moi, personnellement c’est quelque chose qui m’appelle, de revenir dans ma région. C’était aussi l’intention derrière une élection. On ne choisit pas n’importe quel comté.

De pouvoir venir dans ma région, à titre de député, mais dans ma région natale, c’est quelque chose qui moi m’appelle beaucoup. De reprendre racine dans les Laurentides, je trouve ça intéressant. On va commencer par des petits pas. Mais après neuf mois, je dirais qu’on est déjà bien alignés vers l’avenir.

Charles Michaud [00:21:15] Les citoyens risquent de vous croiser davantage dans les mois à venir.

Youri Chassin [00:21:18] Voyez-vous, en terminant… En regardant vers l’avenir, je trouve que c’est aussi en marchant dans Saint-Jérôme, en visitant les groupes communautaires, en sentant un petit peu l’ambiance du lieu. On se rend compte que… On a un beau centre-ville, on a de belles institutions, on a un effort qui a été fait urbanistiquement.

En même temps, il demeure certaines poches de pauvreté à Saint-Jérôme. C’est comme ça que j’ai eu cette idée de main tendue vers les plus démunis, vers les plus vulnérables. C’est ça qui va m’occuper d’ailleurs cet été, d’aller à la rencontre de toutes sortes de gens dont des groupes communautaires, des institutions, pour essayer d’améliorer les choses.

C’est plus les gens qui me disent: «Oui on a un beau centre-ville. Parfois, après telle heure, j’y vais pas par contre…» Puis là, on prend conscience à quel point certaines personnes peuvent se dire que la sécurité les préoccupe, il faut faire quelque chose. Alors que c’est parfois en vivant et en marchant les rues qu’on découvre des priorités auxquelles s’attaquer. Moi c’est quelque chose qui m’emballe.

Charles Michaud [00:22:25] D’autant plus que Saint-Jérôme, vraisemblablement, souhaite miser sur la qualité de vie. Il y a des projets résidentiels importants qui ont été annoncés. J’imagine que ça fait partie d’un tout…

[00:22:35] On est dans un boom, mais pour attirer les gens il faut aussi s’assurer qu’on est une belle communauté, qu’on se développe de façon aussi équitable envers tout le monde. Je pense que ça fait partie du sentiment de collectivité, de savoir que, entre nous, on s’assure que ceux qui sont les plus vulnérables, ceux qui sont les moins chanceux d’entre nous, reçoivent le coup de main dont ils ont besoin avec respect, avec dignité.

C’est quelque chose qui est très concret, qui touche peut-être une minorité de gens, enfin espérons-le, mais qui justement motive un peu tout le monde. Parce que quand on croise quelqu’un dans la rue qui a besoin d’aide et qu’on n’est pas outillés, qu’on peut lui donner un 50 sous ou un 1 dollar, on se sent tellement impuissants face à la pauvreté. Je pense que ça vient chercher un peu tout le monde.

Alors, s’il y a une chose que je peux faire comme député, c’est d’avoir ce leadership-là pour essayer de faire qu’on améliore les choses. Je ne pense pas avoir trouvé la recette magique pour se sortir constamment ou éternellement de la pauvreté, mais à tout le moins de donner un petit élan dans cette direction-là.

Charles Michaud [00:23:44] M. Chassin, merci pour votre temps.

Youri Chassin [00:23:46] Ça fait bien plaisir. Merci!

  • Lyne Pilon dit :

    Merci beaucoup pour cette belle entrevue! Mon regard vient de changer envers lui! J’ai le goût de le croire 😉 Encore merci Chales Michaud tu poses tellement des questions pertinentes. Toujours aussi intéressant!

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