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Affaires, Lieux, Réflexions

Le droit de refuser ce qu’on dépose à ma porte…

La Ville de Mirabel a déclenché tout un débat sur l’information récemment en prenant une décision qui touche l’environnement et le recyclage.

Un règlement obligera les distributeurs de circulaires à déposer des sacs seulement chez les gens qui en demandent. Cela dès le premier octobre.

Les résidents de Mirabel qui désirent recevoir le Publisac devront apposer à leur porte un autocollant pour signaler qu’ils veulent le recevoir. La distribution automatique à toutes les portes sera interdite.  Les amendes pour une entreprise atteindraient 2000$ par jour.

Dans certaines villes du Québec, déjà les distributeurs sont oblligés de passer tout droit chez les gens qui refusent les circulaires. Avec ce système, environ 5% de la population refuse les circulaires.

Mais avec un règlement inverse, c’est-à-dire en distribuant seulement chez les gens qui les demandent, il est assez évident que beaucoup moins que 95% des citoyens les demanderont.

Voilà qui affecterait directement l’efficacité du Publisac, une marque de commerce de TC Transcontinental qui, un peu comme on dit souvent frigidaire pour réfrigérateur, est devenue synonyme de tous les sacs de plastique distribués en porte à porte.

Cela va aussi affecter aussi l’efficacité de la publicité, seule source de revenus pour les journaux régionaux.

Une rencontre… et une poursuite

Des dirigeants de Publisac n’ont pas tardé à vouloir rencontrer le maire de Mirabel Jean Bouchard, rencontre qui s’est déroulée dans la semaine du 9 septembre de façon «très cordiale» selon les propos de Jean Bouchard.

À l’issue de cette rencontre, les responsables du Publisac ont demandé une nouvelle rencontre avec l’ensemble du conseil. Lors d’un bref entretien le samedi 14 septembre au bord de la rivière du Nord, M. Bouchard a confirmé que les membres de son conseil ont refusé de tenir cette rencontre, et que les élus maintiennent leur position.

TC Transcontinental s’adresse aussi aux tribunaux. La compagnie allègue que le règlement de Mirabel «viole le droit à la liberté d’expression garantie par les Chartes canadienne et québécoise». Elle allègue aussi que le règlement est discriminatoire puisqu’il ne vise pas les circulaires distribuées par Postes Canada.

Une industrie remise en question

On comprend la position du distributeur de circulaires. La décision de Mirabel affecte indirectement le modèle d’affaires du Publisac, ainsi que celui de Groupe JCL, ou tout autre journal qui distribue ses journaux dans le Publisac à Mirabel.

Non seulement ces entreprises ne pourront-elles plus promettre à leurs annonceurs une distribution à toutes les portes, mais elles devront gérer les indications des propriétaires, ce qui rendra leur distribution plus complexe, donc plus coûteuse.

À Saint-Jérôme

Il faut noter que Groupe JCL assure les services de mise en page et partage une adresse de siège social avec le journal Infos Laurentides, distribué à Saint-Jérôme. Ce dernier est toutefois distribué par la poste. Sur le territoire de Saint-Jérôme, c’est le journal Le Nord qui est distribué dans le Publisac de Transcontinental, sous propriété indépendante de Josée Pilotte avec Accès Le Journal des Pays-d’en-Haut, distribué dans les secteurs de Saint-Sauveur et Sainte-Adèle.

La vraie nature de la presse régionale

L’ensemble de la presse hebdomadaire au Québec est, pour l’essentiel, composée d’entreprises d’impression et de distribution de publicité.

Publisac distribue de la publicité. Des imprimés sur lesquels des commerçants et leurs fournisseurs mettent en valeur leurs produits, dans le but que les consommateurs en achètent. Groupe JCL, sur près de 75% de la surface de ses publications, fait la même chose et en tire d’ailleurs la totalité de ses revenus de journaux.

Accessoirement, les journaux de Groupe JCL publient des textes et des photos dans leurs pages entre les annonces. Groupe JCL n’est pas une exception à cet égard. C’est ce que font la plupart des hebdos québécois. Par ailleurs, la qualité des textes et l’indépendance de ses auteurs est un débat que je ne ferai pas aujourd’hui.

Des prétextes cousus de gros fil blanc

Mon propos aujourd’hui porte plutôt sur un comportement écoresponsable et des prétextes de droit à l’information qui m’apparaissent fallacieux et deviennent, à force de les entendre répétés, risibles.

Parlons d’abord de comportement écoresponsable. Notre société comprend aujourd’hui que beaucoup de nos comportements ne sont pas une façon durable d’utiliser les ressources de notre planète. Collectivement, nous travaillons à mieux nous comporter. L’urgence d’agir devient une idée de plus en plus répandue mais ne fait pas encore l’unanimité. C’est un autre débat que je ne ferai pas aujourd’hui.

Quant au droit du public à l’information, à ce que je sache, la Ville de Mirabel ne fait pas semblant que son journal municipal est un média d’information indépendant. Quand le patron de Groupe JCL, Serge Langlois, sous-entend que les citoyens pourraient confondre ce bulletin municipal avec un «vrai» journal parce qu’il est imprimé sur du papier et a la même forme, il insulte l’intelligence des citoyens et son jupon corporatif dépasse.

Quand il ajoute dans un écran de La Presse+ que Mirabel serait «dépassée par l’ampleur de son geste politique», il semble plus inspiré par l’insulte que par l’argument.

Le droit de ne pas recevoir de déchets

Le débat que je fais cependant, est le suivant:

N’est-il pas raisonnable qu’une entreprise dont l’activité engendre des coûts importants de recyclage en absorbe les coûts en totalité? Je crois que oui.

Les tas de circulaires que nous recevons chaque semaine servent d’abord les intérêts des commerces qui veulent y vendre leurs marchandises. Accessoirement, ils peuvent être utiles pour ceux qui les lisent à la recherche de biens à acheter.

Mais ne sont-ils pas totalement inutiles pour ceux qui n’en veulent pas? Et ne constituent-ils pas des déchets de trop pour ces personnes? Cela m’apparaît évident quand on observe la quantité de papier qui va directement à la poubelle bleue, ainsi que l’accumulation de plastique qui l’accompagne.

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai modifié beaucoup de mes habitudes au fil des ans. J’essaie toujours d’utiliser le recto et le verso des documents que je reis ou sur lesquels j’écris. Je demande des copies numériques des dossiers volumineux. Je découpe mes restes de papier en morceaux que j’utilise pour faire des blocs-notes. Mes petits-enfants veillent sur le moindre petit gaspillage de papier, parce qu’ils ont appris que c’était important.

N’est-il pas raisonnable que Publisac doive attendre ma permission pour accrocher à ma porte un tas de papier que je ne veux pas?

Ne devrais-je pas avoir le droit de recevoir seulement la circulaire ou seulement le journal qui m’intéresse? Et rendu là, pourquoi ne pas lire les nouvelles et les publicités locales en ligne?

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