Le comité pour les expropriés de Mirabel a lancé le 22 novembre à Saint-Janvier un album de 50 pages qui souligne les 50 ans de la bataille des expropriés de Mirabel.

Abondamment illustré de photos et de documents de l’époque, le livre compte aussi une chronologie exhaustive des événements et des textes courts qui offrent une synthèse claire du passé.

Le lancement s’est fait en présence des descendants de plusieurs familles d’expropriés et de représentants des sociétés d’histoire de la région.

27 mars 1969

C’est le 27 mars 1969 que le gouvernement du Canada annonce que le nouvel aéroport international de Montréal sera construit à Sainte-Scholastique. Le nom de Mirabel ne viendra qu’en 1973.

Avant qu’on utilise le nom de Mirabel, l’histoire de ce territoire était celle de nombreux villages. En tête de liste se trouvent Sainte-Scholastique et Sainte-Monique, dont le territoire a été totalement exproprié pour la construction du nouvel aéroport de Montréal.

Il faut aussi ajouter Saint-Antoine, Saint-Janvier, Sainte-Anne-des-Plaines, Sainte-Sophie, Saint-Canut, Saint-Augustin, Saint-Benoît, Saint-Hermas, Saint-Jérusalem, Saint-Placide, Saint-André d’Argenteuil et Lachute, toutes touchées à divers degrés par l’expropriation.

L’auteure Suzanne Laurin a d’abord tenu à souligner le travail de toute l’équipe qui a collaboré à la rédaction du livre. Elle a aussi eu une pensée particulière pour tous les descendants des expropriés de Mirabel, à qui elle a rappelé leur devoir de mémoire envers l’histoire de leurs familles.

Une expropriation trop grande

À l’époque, les planificateurs exproprient beaucoup trop de territoire. En fait, il s’agit de la plus importante superficie au monde à être expropriée pour un aéroport international.

La création du nouvel aéroport se faisait dans la foulée du succès de l’Expo 67 et en préambule à la tenue des Jeux olympiques de Montréal. Les brochures de l’époque montraient d’ailleurs des trains rapides, des autoroutes, des avions supersoniques dans le ciel, ainsi que six pistes et six aérogares.

Le projet est vite contesté: les terres visées sont parmi les meilleures terres agricoles du Québec, le territoire est trop vaste, et les compensations offertes sont inférieures à celles d’un projet similaire à Pickering, près de Toronto.

Cette photo exposée lors de la soirée montre un moment important: Jean-Paul Raymond du Centre d’information et d’animation communautaire(CIAC) et le directeur de la Société immobilière de Mirabel Pierre Hardy signent une entente qui remet 80 000 acres de terres expropriées en trop, en 1985. Roch Lasalle, alors ministre, est à l’arrière.

Ce grand projet ne s’est jamais réalisé. Les deux pistes construites à Mirabel répondent amplement, aujourd’hui, à sa vocation d’aéroport cargo et de complexe industriel. Depuis 2004, plus personne n’a pris un vol commercial à partir de Mirabel. Le seul avion supersonique, le Concorde, ne vole plus depuis 2003. L’aérogare de passagers de Mirabel a été démoli en 2016.

Démolition de l’aérogare de Mirabel en 2016.

Une histoire de résistance et de survie

L’histoire de l’expropriation de Mirabel, c’est celle de 12 000 personnes touchées directement dans leur lieu de résidence.

L’auteure Suzanne Laurin est native de Saint-Benoît, où sa famille exploitait une ferme laitière. C’est elle qui avait auparavant signé L’Échiquier de Mirabel, paru chez Boréal. Elle a assemblé la documentation et les archives de plusieurs sources, notamment le Centre d’information et d’action communautaire(CIAC) qui a regroupé les expropriés durant plusieurs années de leur combat, d’abord pour obtenir des compensations équitables, mais aussi et surtout pour obtenir la rétrocession des vastes étendues expropriées en trop.

En vidéo, Suzanne Laurin lors du lancement de L’Échiquier de Mirabel en 2012.

https://www.youtube.com/watch?v=PDKJzL-vSNc

Si le comité pour les expropriés a jugé important de rappeler les années de lutte, le livre se tourne aussi résolument vers le futur et présente des témoignages de quelques descendants de familles expropriées qui pratiquent aujourd’hui l’agriculture.

Le comité précise que le livre respecte son thème Toujours debout, toujours vivant, choisi pour commémorer les 50 ans de l’expropriation et se veut « porteur d’espoir » et dans un esprit de réconciliation.

Martine Raymond, très active au sein du comité, est la fille de Jean-Paul Raymond, un des importants leaders du CIAC.

C’est sans doute cet esprit qui animait Jean-Paul Raymond, président du CIAC et un important leader de la lutte des expropriés, qui a fait paraître lui aussi un livre intitulé La mémoire de Mirabel en 1988, avec Gilles Boileau.

Voici le texte d’une note manuscrite tirée de ce livre:

Au soir de ma vie, je veux dire combien j’ai admiré chacun des membres du C.I.A.C.. C’est le groupement le plus merveilleux que j’ai eu à présider dans toute ma vie. Je veux vous recommander de regarder vers l’avenir et d’oublier les injustices dont vous avez été victimes.

Je vous recommande d’éviter les conflits entre vous et de garder comme souvenir les moments les plus agréables de nos 18 ans de groupement.

PS La vie est tellement courte.

Jean-Paul Raymond, La mémoire de Mirabel, p. 191

Le nouveau livre, dont le tirage est limité à 350 exemplaires, est disponible tant que l’inventaire ne sera pas épuise. On peut se le procurer en écrivant à [email protected].

Henri Prévost, président de la Société d’histoire de la Rivière-du-Nord et journaliste retraité, a tenu à féliciter le comité de commémoration de l’expropriation pour avoir lancé cet album historique.
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Il y a une conversation à propos de cet article.
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Comments to: Un livre 50 ans après l’expropriation de Mirabel
  • 3 décembre 2019

    Le nom d’aéroport ”P E. Trudeau” a été donné a l’aéroport de Dorval et Mirabel a gardé le sien. Ne croyez-vous pas que c’est l’aéroport de Mirabel qui aurait du porter le nom de PET ?

    Répondre
    • 4 décembre 2019

      Oui, ce désastre devrait porter le nom de son auteur, PET

      Répondre

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