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Culture, Réflexions, Soupers confinés

Un vrai journal, ça vit avec ses lecteurs – souper confiné – jour 17, le 8 avril 2020

C’est comme la météo. Une éclaircie ne signifie pas le retour de l’été, et quelques jours de fonte des neiges, même s’ils sont les bienvenus, ne signifient pas que c’est fini. En avril, selon le dicton revu par le premier ministre Legault, ne te rapproche pas d’un fil.

Si on regarde plus loin, je pense qu’il faut faire le deuil des grands rassemblements, ainsi que de plusieurs de nos habitudes festives. Au moins pour l’été 2020… Peu importe, on réinventera!

Les grands rassemblements dans la joie et l’insouciance reviendront un jour. Mais il faut aussi songer que certaines de nos habitudes risquent de changer profondément.

Pour ma part, je continue de réfléchir aux nouvelles façons de faire les choses. En plus de respecter les directives de santé. Je continue de vous inviter à nous fournir des textes si vous en avez envie, par courriel à [email protected] Vos réflexions sont toujours les bienvenues.

Voici ma réflexion du jour, qui porte sur l’avenir du journalisme local.   

Nouvelles façons: le journalisme local

L’information locale est essentielle. Mais les journaux locaux et régionaux imprimés vont mourir. 

Je précise. Ce n’est pas l’écrit qui va mourir, mais l’imprimé. Je continue de croire au pouvoir et à l’influence des mots, et à l’importance d’une conversation publique.

L’agonie de la presse imprimée n’est pas nouvelle.  En fait, c’est déjà mort. Le décès n’a tout simplement pas encore été constaté formellement. Comme dans d’autres domaines, cette transformation sera accélérée par la pandémie.

Je connais beaucoup de personnes dans cette industrie. Des gens passionnés, intelligents et sensibles. Ce n’est pas faute de talent et d’efforts de tous ces gens que les journaux imprimés vont disparaître. J’attribue plutôt leur disparition éventuelle à leur incapacité d’offrir un service compétitif. De plus en plus de personnes obtiennent leur information à la source. L’actualité va trop vite pour l’imprimer et la distribuer. Et les annonceurs ont des outils de plus en plus puissants pour rejoindre leurs clients directement.

Des éditeurs devenus des distributeurs

Il y a déjà quelques décennies, les journaux locaux ont cessé de vendre leurs exemplaires et ont commencé à être distribués gratuitement. Ils sont devenus des entreprises de distribution. La rédaction de textes et la couverture de nouvelles est devenue leur activité secondaire. Un sac en plastique est même devenu un média. L’argent qui aboutissait en salaires de journalistes s’est dirigé vers les circulaires.

Saint-Jérôme a vécu cette mutation de près. Nous avions chez nous L’Écho du Nord, un hebdomadaire vendu dans les kiosques et acheté par ses abonnés. J’ai eu le privilège de diriger cette publication durant quelques années. L’Écho du Nord avait à lui seul, au début des années 1980, deux fois plus de journalistes que la totalité des médias locaux aujourd’hui. Une équipe remarquable, souvent reconnue parmi les meilleures de la presse régionale au Québec.

L’Écho du Nord pouvait se le permettre parce que ses lecteurs payaient leurs exemplaires.

Hélas, à partir des années 1980, la distribution gratuite a pris le dessus. Les grandes chaînes de magasins ont choisi d’investir dans les circulaires. Ensuite, les Kijiji de ce monde ont anéanti les pages d’annonces classées. Beaucoup de commerces locaux ont été balayés par les mégacentres, et ceux qui restent ont découvert les réseaux sociaux.

Les journaux locaux gratuits, jadis obligés de ressembler aux journaux vendus pour soutenir la comparaison, avaient entretemps laissé la publicité dominer dans leurs pages. Pour diminuer les coûts, ils embauchaient nettement moins de journalistes et leur laissaient de moins en moins d’espace. En bons gestionnaires, ils se sont adaptés aux lois du marché.

Le résultat saute aux yeux, trop souvent, le triste sac contient 90% de circulaires et un mince journal.  Pour survivre, le journal local présente une mince part de publicité locale noyée dans des promotions, des cahiers thématiques truffés d’information condescendante, d’autres pubs, des potins de convenance écrits pour plaire aux annonceurs, et des publi-reportages, le tout entrelardé d’un texte occasionnel, réalisé au meilleur coût possible, agrémenté de photos génériques achetées en ligne.

Dommage pour les nostalgiques, mais ce lourd appareil de distribution sort tout droit d’un épisode du Trône de fer. Bon d’’accord, ce ne sont pas des corbeaux qui volent avec des parchemins mais des camelots qui distribuent des pages d’annonces où on découvre, si on cherche, un «journal» rédigé 4 ou 5 jours plus tôt. C’est trop lent. C’est trop polluant. C’est dépassé.

Voilà pourquoi la crise actuelle sera le clou dans le cercueil de la presse régionale imprimée. C’est triste parce que certains titres ont déjà été de grands journaux. J’espère qu’ils se réincarneront en ligne. Mais chez les humains comme chez les entreprises, les crises éliminent d’abord ceux qui étaient déjà à l’article de la mort.

Notre modeste solution

Voilà pourquoi nous avons créé TopoLocal et pourquoi nous vous demandons de vous abonner. Voilà pourquoi, depuis quelques semaines déjà, il y a une limite au nombre de textes que vous pouvez lire gratuitement chez nous.

Nous avons un modèle d’affaires qui nous permet d’investir tout l’argent que nous versent nos abonnés en rédaction de textes.

Je sais, c’est un pari difficile. Nous opérons à perte depuis 5 ans.

Mais si on arrive à déplacer une infime partie de l’argent gaspillé en impression et en papier, et une toute aussi infime partie de l’argent versé aux Google et Facebook de ce monde vers des canaux locaux, TopoLocal vous offrira du journalisme comme vous n’en avez pas vu depuis longtemps.

Qui peut contribuer à cet objectif? Chaque lecteur qui devient un abonné. Chaque entrepreneur local qui investit dans nos services.

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