fbpx
Politique

Un règlement qui laissait tous les pouvoirs de la Ville de Saint-Jérôme à un fonctionnaire a été retiré

Un règlement qui aurait donné tous les pouvoirs de la Ville à un non-élu a été retiré d’une assemblée récente après une contestation des conseillers municipaux indépendants de Saint-Jérôme.

Ces trois conseillers, Nathalie Lasalle, Benoit Beaulieu et Johanne Dicaire, ont persuadé l’administration Maher de retirer un projet de règlement qui aurait, selon eux, laissé trop de pouvoir au comité exécutif et possiblement tous les pouvoirs actuels de cet exécutif entre les mains d’un seul fonctionnaire.

La discussion s’est passée avant l’assemblée du conseil municipal du 23 mars, tenue à huis clos tel que permis en période de pandémie. À la suite du tollé soulevé par les conseillers indépendants Benoit Beaulieu et Nathalie Lasalle, le point a été retiré de l’ordre du jour et n’a pas été discuté en assemblée.

On n’en trouve aucune trace dans l’extrait audio de la séance extraordinaire du 23 mars, sinon une remarque du maire Maher, à 30 secondes de l’extrait qui suit, parlant du retrait de l’item 4.  

On y trouve une bonne indication de l’attitude du maire Maher envers la conseillère Lasalle à la 11e minute de l’enregistrement. La conseillère s’étonne d’avoir appris certaines décisions seulement par les médias alors qu’habituellement, les membres du conseil sont informés à l’avance. Maher écarte son commentaire en lui disant: « S’il vous plaît là, commencez-moi pas ça. »

Un projet de règlement qui allait trop loin

TopoLocal a appris que le conseiller Benoit Beaulieu, le dernier à avoir quitté le parti de Maher en novembre 2019, trouvait inacceptable qu’autant de responsabilités puissent être formellement déléguées à un fonctionnaire.

Les objections des conseillères Nathalie Lasalle, largement partagées par sa collègue Johanne Dicaire, vont plus loin.

« Il semble que notre maire, M. Stéphane Maher, tente de profiter de la situation où toute l’attention médiatique est sur la propagation du virus pour passer un règlement très particulier en douce, un véritable coup de force jamais vu ou un genre de tutelle déguisée… », écrit-elle dans une lettre adressée à la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest le 2 avril.

Mme Lasalle est d’avis que les conseillers et conseillères de l’équipe du maire, qui sont « sous son emprise » selon elle, voteront pour cette résolution. Selon elle, le « silence tacite » de toute l’équipe de Maher sur ses agissements des élections de 2017, pour lesquels il est encore devant les tribunaux, le prouve.

Nathalie Lasalle ajoute qu’elle ne voit « aucun problème » à donner un certain pouvoir au directeur général de la Ville en temps d’urgence. Elle affirme que c’est « logique et prudent pour la sécurité et la santé des citoyens ».

Mais elle rappelle que la proposition permettait de déléguer « tous » les pouvoirs du comité exécutif à un fonctionnaire, qui n’était pas identifié.

Des « plantes vertes »

« Les élus (conseillers et conseillères) tant au conseil de ville qu’au comité exécutif ne pourront plus intervenir, ils deviendront dans les faits… inutiles. De véritables plantes vertes », dit-elle.

Nathalie Lasalle affirme qu’elle a « fait ses devoirs ». Elle a fait beaucoup d’appels à des personnes oeuvrant en droit municipal et partout, « on trouve ça très particulier, du jamais vu selon plusieurs ». 

Nathalie Lasalle estime que cette manœuvre inhabituelle de la part d’un maire qui siège encore malgré qu’il soit accusé de malversations politiques est inquiétante pour la démocratie.

Elle ajoute que Saint-Jérôme a déjà amplement de pouvoirs en état d’urgence compte tenu d’un règlement déjà adopté en 2002.  Elle s’inquiète aussi de la possibilité de voir l’exécutif déléguer son autorité au fonctionnaire de son choix, puisque le règlement ne le précise pas. 

« Est-ce une porte ouverte à donner tous les pouvoirs, à titre d’exemple, à l’adjoint administratif du maire? » demande-t-elle. ( Elle réfère à Simon Geraghty, alors le seul employé rémunéré du parti de Maher, que le maire avait promptement nommé à un poste important au sein de la fonction publique municipale au lendemain de son élection en 2013. )

Des fonctionnaires jugés hostiles

La conseillère Lasalle ajoute qu’à la suite de ses démarches elle est traitée de façon « presque agressive » par certains hauts fonctionnaires municipaux.

Elle relate une conversation téléphonique où elle-même, la conseillère Johanne Dicaire et le conseiller Benoit Beaulieu se sont faits « pratiquement raccrocher au nez ».

« On voulait savoir d’où venait ce projet de règlement. On nous a dit que ça venait du contentieux. On voulait savoir qui pouvait être le mystérieux fonctionnaire désigné et on n’a pas obtenu de réponse. Malheureusement, je ne crois rien de ces explications offertes par la haute direction. J’ai l’impression que ça vient de plus haut », a conclu Nathalie Lasalle.  

Québec doit s’en mêler

« L’atmosphère générale à Saint-Jérôme n’est pas très bonne, tant chez nos employés municipaux et fonctionnaires qu’au sein de la population. Un conseil de ville sous l’emprise malsaine d’un maire, accusé de fraude électorale par le DGEQ dont le procès aura lieu le 25 mai fait que notre ville est bien triste, en attente de changement. »

Dans ces conditions, elle souhaite, dans sa lettre à la ministre Laforest, la venue d’un observateur du gouvernement qui veillerait jusqu’à la fin des procédures judiciaires contre le maire, au maintien d’une saine démocratie municipale.

« Pour le plus grand bien des citoyens de Saint-Jérôme », a-t-elle conclu.

La prochaine séance du conseil municipal de la Ville de Saint-Jérôme, prévue le mardi 21 avril à 19h, sera diffusée en direct sur Internet pour une première fois, vu les circonstances actuelles de confinement relatives à la santé publique.

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
>
Send this to a friend