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Réflexions, Soupers confinés

Respirer, vivre et imaginer – Ève Duhaime – souper confiné – jour 25, le 20 avril 2020

Voilà maintenant plusieurs jours qu’on partage un repas ensemble. Si c’est votre première fois, vous pouvez lire nos rendez-vous précédents.

Voici donc le «souper confiné» du jour. Nous vous en présentons du lundi au vendredi en ces temps de pandémie. Aujourd’hui, on a confié la tâche de ce souper à un invité.

Si vous voulez contribuer à la réflexion, vos plats sont les bienvenus à [email protected].

Notre invitée aujourd’hui est Ève Duhaime, Jérômienne de coeur et d’esprit, même si elle vit présentement à Québec. Ses convictions sont bien connues, puisqu’elle a été candidate de Québec solidaire en octobre 2018 dans Saint-Jérôme. Pour ce «souper virtuel» ,elle a gentiment accepté notre invitation de nous raconter «son» confinement, comme chacun de vous pouvez d’ailleurs le faire.

L’imprévisible s’est invité de façon marquante. L’histoire prend un cours inattendu. Dès les premiers jours de confinement, j’ai organisé mon bunker! Le temps s’est libéré pour ranger, encadrer, aménager un espace dégagé et agréable.

Je cuisine, partage, bricole, marche. J’ai tout ce qu’il faut pour les prochaines semaines, comme une bonne campeuse.

Je suis prête à passer à la phase lecture, visionnement. Ma vie est toute simple: bouffe santé, danse, exercice, radio, cuisine santé et prendre des nouvelles de mes gens. Heureusement, 15 minutes avant que les bibliothèques soient fermées à travers le Québec, j’ai pu faire une provision de livres et de quelques DVD.

Ni dieu ni maître fait partie des vidéos que je ramasse à toute vitesse. Je suis aussi interpellée par un livre sur le Sisu: l’art finlandais du courage.

Changer d’air

De longues marches lors de tempêtes ou jours de beau temps. Rien ne me pousse vers quelque part, de façon urgente… J’avais loué une voiture en pensant aller à Montréal, La Pocatière fut ma destination. J’y ai découvert des sentiers. Un état de sérénité s’est installé en cet épisode de pandémie.

Ce matin, j’ai concocté une soupe aux légumes et je suis allée la porter à M. Jean-Eudes et sa dame, où j’offre des répits dans le cadre de mon emploi. Mon travail est suspendu en raison d’isolement pour les personnes de plus de 70 ans. Comme je me déplace en transport en commun; je ne veux pas prendre le risque de contaminer celles et ceux à qui je suis attachée. L’alternative est la conversation verbale.

Je dessers les personnes et leurs proches-aidants(es) de façon hebdomadaire ou quotidienne selon leur degré d’organisation ou de détresse face à ce nouveau quotidien vécu autrement. Nous parlons d’hier et d’aujourd’hui; nous nous encourageons. Je peux même les orienter vers notre service de livraison ou d’aide selon les besoins.

Une journée pas comme les autres

Sortie du vélo! Mon voisin était là pour gonfler les pneus. Piétons, marcheurs du dimanche ainsi que la petite famille ont pris d’assaut les rues de mon quartier. Les voitures ne sont pas là. Ballon panier, trottinette, patins à roulettes, skateboard et cris d’enfants prennent l’espace délaissé. Après souper, Simon et ses trois enfants font une balade à vélo, pendant qu’Anne prend du temps avec le p’tit dernier. On n’est pas en 1960 mais en 2020!

La petite gang revient de la promenade. Je lance un «À qui la rue?», il me répond en riant «À nous la rue!». Les voix cristallines des flos me réjouissent. À l’occasion j’agis comme une mamie, en offrant un gâteau à la citrouille et chocolat, ou du matériel artistique qui stimule leur créativité.

L’autre soir, le jeune couple d’en bas a décidé de mettre un peu de musique. C’est peut-être un peu fort. Je me sers une bière. Party intramuros! Musique qui donne envie de danser. Vive la jeunesse! Ça me rappelle des soirées à Saint-Jérôme quand j’étais collégienne. Santé! Salute! Nasdrovia! Le Dieu du ciel sera un lieu fréquenté quand on nous donnera le OK.

Alors que les webinaires et rencontres Zoom se sont multipliées, je priorise selon mes implications. Mon utilisation est déterminée par un forfait internet avec données limitées puisque mon service en itinérance est avec mon cell.

J’ai répondu à l’appel d’une ressource qui offre des repas aux personnes itinérantes. Toutes les mesures sanitaires sont respectées. Après ces semaines dans mon petit univers, j’avais accès à des humains. J’ai de courts échanges avec des gens du quartier en conservant une distance. Je suis comme la plupart du monde, en retrait.

Mon ordinateur et moi commençons à être en froid. Les conversations téléphoniques se sont ajoutées à mon quotidien. Me retrouver derrière le comptoir du service alimentaire, derrière un plexiglas, est bienfaisant. Il s’y manifeste de la reconnaissance, de l’indifférence, de l’humour. Je dirais que c’est un moment de vraie vie…

Sortir de la réflexion pendant un moment me fait du bien! De cette période ardue, le plus grand nombre doivent rester à la maison. Un vent pour l’achat local commence à souffler. La pensée d’un jardin germe, dans les têtes.

Peut-on transformer ce printemps en quelque chose de vivant qui réponde à un besoin essentiel, soit se nourrir. La santé est la priorité actuelle : se nourrir devient crucial. Les gens ne voyagent pas, leur principale ressource, en toute chose, c’est leur région. L’évasion n’est possible que par l’imaginaire.

Rêves de champs, de plates-bandes nourricières m’habitent. Des champs à cultiver pour celles et ceux qui ont des fourmis dans les jambes, qui ont soif de collaborer, de vivre une sortie de crise positive.

Tout est bouleversé dans nos vies. Pourtant les traces ne sont pas celles d’une tornade qui nous force à reconstruire ensemble nos maisons, nos quartiers, notre milieu de vie. Ce qui se vit dans les hôpitaux, dans les CHSLD me touche, me dérange. Je connais ces lieux et les gens dévoués qui y travaillent. Je les soutiens autant que possible.

Et après

J’aimerais qu’après ces moments difficiles, l’esprit de solidarité soit toujours présent. Je pense à un nouveau maillage de l’après-crise. Une brèche s’est installée. Comme Leonard Cohen le disait, la fissure laisse entrer la lumière. Je pense comme plusieurs, que le retour à la normale n’est pas envisageable : l’essentiel est devenu central.

Il y a des idées qui me passent par la tête… cet arrêt forcé m’incite à imaginer… Le rêve est le premier pas d’une réalisation. De quoi demain sera fait? Je ne sais pas. Ma mère Marthe disait: «On fait ce qu’on peut avec les moyens qu’on a».

J’ajouterais qu’une chose est sûre, c’est que rien n’est certain! La porte est ouverte au Monde des possibles!

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