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Politique, Réflexions, Santé, Soupers confinés

Laisser mijoter – souper confiné – jour 26, le 21 avril 2020

Vous savez comme moi ce que ça donne le confinement. Regardez autour de vous. Ça cuisine, ça fait du pain comme jamais.

Petit détour intime. Ma blonde et moi sommes retraités tous les deux. Notre vie hors-COVID est plutôt active. Outre la famille et les amis, il y a nos activités sociales, culturelles, les cours, les associations, le bénévolat, etc. Cela nous fait côtoyer beaucoup de gens, à tel point que nous partageons un agenda électronique et que, par moments, jusqu’à la Grande pause, on se croyait parfois obligés de se donner rendez-vous pour souper ensemble.

Vous pouvez trouver ça bien cute si vous voulez, ce petit couple de sexagénaires qui se donne des rendez-vous à souper. Pour ma part, selon les journées, je trouve le romantique ordinaire ou je trouve l’ordinaire romantique. C’est la vie.

Bon, je ne fais pas de pain. D’une part parce que je ne sais pas m’y prendre, mais d’autre part parce que nous tentons de maximiser nos achats de pain en achetant le pain de Lionel Ducreau ( Deux gars dans l’pétrin ) et, pour le stock vendu en sacs, à la boulangerie Auger. Si ça ressemble à une plogue publicitaire, sachez que je n’ai aucun intérêt financier ni dans l’un ni dans l’autre. Sachez toutefois que j’ai à coeur l’intérêt de ma ville et de mes voisins et que je vous suggère sans réserve de faire vos achats chez eux.

Sortons de la cuisine

Bon, c’est un sacré détour pour vous parler de l’idée du jour, mais voici.

Ce midi, nous réchauffions de la soupe. Du vrai bouillon de poulet maison, avec des herbes, un peu d’échalotes, et un ou deux cubes de vrai fond de veau maison. À côté, attendant impatiemment d’être plongés dans le bouillon, des vrais won ton maison, roulés avec soin la veille. Deux autres petits plats attendaient aussi sur le comptoir, l’un avec des queues d’échalotes hachées et l’autre avec des nouilles frites la veille.

Tenez bon, le détour achève

Tout cela chauffait pendant que dans la pièce voisine débutait le point de presse de François Legault. ( Non, il n’y aura jamais au grand jamais de téléviseur dans la cuisine. )

Je ne sais pas trop si c’est le stress, l’effet cumulatif de 45 années d’utilisation de micro-ondes, la vie «moderne» ou une combinaison de tous ces facteurs. Mais j’ai lutté pendant plusieurs minutes avec l’envie compulsive de soulever le couvercle du chaudron pour voir si le bouillon était chaud. Aller-retour. Plusieurs fois. Trop de fois.

Cela m’a rappelé une vieille maxime que ma mère reprenait parfois, en anglais: «A watched pot never boils». Littéralement: une marmite surveillée ne bout jamais. Je n’ai pas trouvé de véritable équivalent français, mais sachez deux choses. D’abord, quand vous avez pesé sur le bouton d’ascenseur, peser plusieurs fois à répétition n’accélère pas le mouvement de la cage d’ascenseur. Et en second lieu, prenez-en bonne note, lorsque vous conduisez et que vous immobilisez votre véhicule à un feu rouge, lâcher le frein et avancer de quelques centimètres ne raccourcit pas la durée du feu rouge.

Cette réflexion me revient parfois quand j’entends les journalistes demander si on est bien le 18, si le sommet de la courbe de la COVID-19 est bien atteint. ( On avait dit le 18, alors oui ou non? ) À combien de cas on est rendus, à combien de volontaires on est rendus? Y aura-t-il moins de morts demain, etc.

Je vous entends dans vos salons protester en criant au harcèlement, à la question niaiseuse. Je vous entends trouver que les journalistes ne cherchent que des poux.

On entend les journalistes chercher un peu de clarté alors que la situation n’est pas claire. Chercher des délais alors qu’il n’y en a pas. Questionner les étapes à venir alors qu’elles ne sont pas encore franchies. Ce que je constate, c’est qu’une pandémie a son propre rythme qui se fout bien des bulletins de nouvelles.

Et là, comme vous, j’entends le premier ministre utiliser l’expression « bonne nouvelle » à quelques reprises. Je peux vous dire, à partir de ma modeste expériene de journalisme, que c’est une expression qui éveille instantanément mes soupçons, surtout quand elle est prononcée par quelqu’un qui évite systématiquement d’utiliser l’expression « mauvaise nouvelle ».

Ça a le mérite d’être clair. On comprend tout de suite qu’on n’entendra pas beaucoup de vraies réponses franches et directes..

Beaucoup de gens qui voudraient les vraies réponses seraient possiblement déçus de les entendre. Parce que je pense qu’on entendrait souvent « on ne sait pas » ou « on ne comprend pas encore » ou encore « on s’est trompé et on essaie autre chose ».

Tout cela, les questions des journalistes, le point de presse, le langage, les messages, c’est de la cuisine. Je vous le dis: les nouvelles en continu, ce n’est pas tout à fait des nouvelles. Je ne dis pas que ce n’est pas du journalisme, mais je dis que c’est aussi, beaucoup, et dans certains cas majoritairement, du spectacle.

Avouons-le, il y en aurait pour peut-être une demi-heure de bonne télé une fois ou deux par semaine. En revanche, si vous voulez vous en donner la peine, allez lire. Je sais, il y a beaucoup de n’importe quoi, mais c’est beaucoup plus facile de faire le tri des bêtises avec une souris qu’avec une télécommande.

Si on veut bien comprendre ce qui se passe et songer à l’avenir, il faudrait laisser mijoter les événements un peu. À moins de travailler dans la cuisine, il va falloir goûter la soupe quand elle sera prête.

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