fbpx
Politique, Réflexions, Soupers confinés

Virage à gauche obligatoire – souper confiné – jour 31, le 28 avril 2020

Voilà maintenant plusieurs jours qu’on partage un repas ensemble. Si c’est votre première fois, vous pouvez lire nos rendez-vous précédents.

Voici donc le «souper confiné» du jour. Nous vous en présentons du lundi au vendredi en ces temps de pandémie.

Si vous voulez contribuer à la réflexion, vos plats sont les bienvenus à [email protected].

Je suis, je pense que nous le sommes tous, très heureux de voir la «réouverture» de notre économie.

Mais vous allez me pardonner tout de suite, je ne crois pas qu’on parle tous vraiment de la même chose. On s’entend que l’économie, c’est un concept très abstrait. Quand on parle d’économie dans les médias, c’est généralement pour s’intéresser au monde des affaires, à la finance, à la production de biens et services et à la consommation.

Si vous permettez, je vous propose de commencer par une définition. Les racines grecques du mot économie ( oikonomia ) viennent du mot oikos, maison, et du verbe nomos, gérer ou administrer.

Voilà pourquoi les mots me fascinent! Dès cette première étape de la définition, le concept de notre monde comme une oikos, une maison, me remplit de confiance en l’humanité. Et je me mets immédiatement à y associer le terme écologie et écosystème. Cette assimilation de l’économie, de l’écologie et des écosystèmes me semble particulièrement importante à retenir à une époque où, dans beaucoup de débats, l’économie et l’écologie sont vus comme des pôles opposés.

Mieux encore, si l’on me permet d’emprunter l’avis de Wikipedia, au sens religieux ou psychologique, l’économie serait « la manière de diriger sa vie ».

Maintenant qu’on a fait ce petit détour par les définitions, j’espère que vous conviendrez avec moi que la réouverture de l’économie, c’est essentiellement la réouverture de la vie.

Un virage inévitable

C’est là d’où viendra, à mon avis, le prochain choc.

L’économie de marché est devenue au cours du 20e siècle l’idée dominante. L’écroulement des pays du bloc soviétique a permis à plusieurs d’ériger le marché en tant que grand maître suprême de la vie humaine. Ça fonctionne d’ailleurs très bien pour la mince tranche de l’humanité qui prend les décisions, une tranche infiniment mince. Et ça se tolère pour une autre tranche bienheureuse, minoritaire elle aussi, qui s’échange des selfies du char, du bungalow, et des dernières vacances.

L’économie de marché nous a aussi fait voir de la surenchère et des scénarios dignes du crime organisé sur les tarmacs d’aéroports où se transigeaient des masques médicaux. Du Purel à 20$ le litre. Ça a donné des compagnies privées qui dirigent des CHSLD et des gouvernements trop heureux de sous-traiter la qualité des soins au plus bas soumissionnaire.

La loi du marché. Nous avons vu cette tendance depuis quelques années. Des « gens d’affaires » prennent le pouvoir à tous les niveaux politiques, que ce soit au municipal, au provincial ou au fédéral.

Sans doute étions-nous attirés par la capacité de ces soi-disant gens d’affaires à équilibrer les budgets et à réduire les coûts, bref, à réussir ce brillant objectif qui luit à l’horizon, ce rayon doré de bonheur, ce succès de tous les succès, baisser les taxes!

Cette course à baisser les taxes nous a donné des infrastructures, routières et autres, d’une médiocrité sans précédent, les CHSLD qu’on connaît, un réseau d’éducation qu’on veut encore réinventer plutôt que de peupler adéquatement, sans oublier une infrastructure informatique qui, d’ici 2025, arrivera peut-être en 1995. 

J’ajouterais aussi, pour ne nommer que le plus toxique des risques, des normes environnementales et énergétiques qu’on déguise en grands progrès alors qu’il s’agit de mesures qui devaient être prises il y a trente ans. Mais les entreprises sont en santé.

Hélas, il y a deux accrocs importants dans cette tendance. Baisser les taxes, c’est forcément, mathématiquement, et indiscutablement réduire le partage entre concitoyens. C’est forcément creuser l’écart entre ceux qui possèdent beaucoup et ceux qui possèdent peu.

Il faut aussi dire que cet enthousiasme à élire des gens d’affaires et des entrepreneurs avait un effet prévisible. Les gens d’affaires, on s’en doute, ont comme talent principal de s’enrichir. Pas d’enrichir les autres.

Mais voici que tout change.

Nous avons vu à quel point certains de nos chefs, notamment notre premier ministre, sont devenus par moments plus humains et moins business depuis quelques semaines. Comme si la vie, la vraie vie, comptait plus que l’économie.

Même les adeptes les plus rigoureux de la « discipline fiscale » penchent maintenant vers des investissements publics massifs pour redémarrer l’économie, vers les prestations qui ressemblent au revenu minimum garanti, vers des politiques monétaires qui rappellent le crédit social.

Mais voilà. La vraie vie et l’économie ne sont pas des contraires, mais deux éléments d’un même mouvement. Va-t-il donc falloir virer de façon plus décisive vers la qualité de vie, vers le bien-être des citoyens, vers ce qu’on peut appeler « l’essentiel » même si ça signifie l’abandon de certains pans entiers de l’activité économique devenus soudainement superflus? Absolument.

Et il n’y a pas de masques pour se protéger du changement.

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
>
Send this to a friend