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Affaires, Politique, Réflexions, Soupers confinés

Relancer le centre-ville et Saint-Jérôme – souper confiné – jour 40, le 9 mai 2020

Voilà maintenant plusieurs jours qu’on partage un repas ensemble. Si c’est votre première fois, vous pouvez lire nos rendez-vous précédents.

Voici donc le «souper confiné» du jour. Nous vous en présentons du lundi au vendredi en ces temps de pandémie.

Si vous voulez contribuer à la réflexion, vos plats sont les bienvenus à [email protected].

Je veux vous parler aujourd’hui du centre-ville de Saint-Jérôme. En fait, pas seulement du centre-ville, mais de toute la ville, autant son coeur que ses poumons.

Nous avons la chance, ici, d’habiter une véritable ville, avec un coeur, une âme, un parc, une histoire. L’historien Michel Lessard a d’ailleurs classé le parc Labelle parmi les dix places publiques les plus significatives du Québec.

Un regard lucide sur le centre-ville nous révèle hélas des vitrines plutôt déprimantes. Les locaux fermés abondent. Beaucoup d’édifices sont  sous-entretenus. Mais il y brille des étoiles quand on sait regarder.

Je ne vous donne pas la permission de me classer parmi les chialeux. J’aime le centre-ville. Non seulement je fréquente, mais je privilégie ses commerces autant que faire se peut. J’ai choisi d’habiter à proximité. Je ne vous donne pas les détails, mais je dors toutes les nuits à moins de 700 mètres de la statue du curé Labelle.

Et je vous le dis tout de suite, il y a des perles au centre-ville. Des commerçants francs et sympathiques, des experts, des lieux à l’accueil chaleureux, des terrasses ensoleillées qu’on a bien hâte de retrouver.

Au-delà du centre-ville, on trouve chez nous, par centaines, des petits commerces indépendants. Mes préférés. Des endroits où on entre et l’on croise le propriétaire. Des restos, des garages, des coiffeurs, des boutiques, des cafés, des boulangeries, des lieux où, de part et d’autre du comptoir, on est voisins.

Oui, je vous parle d’achat local. Pas seulement une mode ou un slogan pour trois mois, mais un mode de vie. Pas seulement pour quelques semaines, mais même après, quand les Walmart et les Costco de ce monde auront rouvert au complet leurs grandes portes.

Car voyez-vous, quand on ne choisit pas, quand on suit le courant, l’évolution n’ira pas toute seule dans la bonne direction. Il faut incarner le changement que l’on souhaite.  

Une ville facile à contourner

Saint-Jérôme n’a pas échappé à un phénomène qui s’est produit partout au Québec et même en Amérique du Nord. En 1957, l’ouverture de l’autoroute des Laurentides ( la 15 ) a donné un premier coup dur à Saint-Jérôme, qui était auparavant traversée par des milliers de Montréalais qui se rendaient dans les Laurentides, leur terrain de jeu d’été, d’hiver, et des fins de semaines.

Une ville dont on s’éloigne

Les décennies qui ont suivi ont été celles de la mobilité. Il y avait, au Québec, 17,3 voitures par 100 habitants en 1961. Aujourd’hui, il y en a 78 par tranche de 100 habitants. En fait, il y a plus de véhicules immatriculés au Québec qu’il y a de personnes en âge de posséder un permis de conduire.

Avec la mobilité, est venu l’inévitable étalement. Désireux de s’installer en paix, avec une pelouse et un jardin, les bonnes gens ont d’abord peuplé Saint-Antoine, et puis Lafontaine, et enfin Bellefeuille, jusqu’à ce qu’en l’an 2000, on fusionne ce qui était devenu un fouillis territorial.

Comme si on ne savait pas que recommencer le même manège donnerait les mêmes résultats, nous en arrivons aujourd’hui au même dilemme avec Saint-Jérôme qui supporte tous les jours le surpoids de son rayonnement avec Prévost, Sainte-Sophie, Saint-Colomban et même Saint-Hippolyte.

Une gestion contaminée à la base

Pire encore, dans ce territoire qui constitue une vraie communauté sociale, culturelle, économique, on a cinq villes. Des lignes imaginaires tracées au sol déterminent qui nous représente, combien et comment on paie pour l’eau, les routes, la police, le déneigement, le transport en commun. Elles déterminent si certains contenants de plastique sont permis ou non, comment notre commande d’épicerie doit être emballée ou pas, etc.

Pire encore, ces structures, les municipalités, sont financées non pas par le nombre de personnes qui les habitent ou le revenu de ces personnes, ni par l’usage que font de ces personnes des services publics, mais leur financement, pour l’essentiel, vient de la valeur des édifices qui se trouvent sur tel ou tel territoire découpé par les lignes imaginaires.

Financer les villes par la valeur foncière, ça a fini par donner des conseils municipaux qui se sont placés au service des développeurs immobiliers. Je ne dis pas qu’ils le sont tous, mais sur plusieurs années, c’est une tendance indéniable. Et une recette désastreuse.

Inutile d’ajouter aussi que les administrations municipales ont été des proies faciles pour une industrie qui avait installé la collusion en système. Justement celle du développement et de ses innombrables experts-conseil.

Il faut blâmer, dans l’ordre, les coupables d’abord, les complices ensuite, et, finalement, tous ceux qui ont choisi de fermer les yeux. Incluant aussi les électeurs qui apprécient les petits conseils municipaux dociles. 

Encore une fois, quand on suit le courant plutôt que de s’informer et choisir, on subit.

L’étalement commercial

Cette malheureuse petite lutte de territoires municipaux a marqué fortement le développement chez nous. En 1960, un premier centre commercial a asséné un coup au coeur à Saint-Jérôme. Il était situé juste à la limite de la ville, au nord de la rue Bélanger.

En 1973, les Galeries des Laurentides s’installent à Saint-Antoine, et c’est un deuxième coup dur, puis, en 1977, Saint-Jérôme riposte et assomme son propre centre-ville: le Carrefour du Nord arrive.

Depuis, on transforme les abord de l’autoroute 15 en boulevard Taschereau. Réservé d’abord aux signatures industrielles sobres et prestigieuses, le bord de la 15 est aujourd’hui jonché de tours lumineuses de mauvais goût. De dérogation en dérogation, c’est le fouillis. Les concessionnaires automobiles et autres commerces qui s’y installent contournent les règlements d’affichage en transformant leurs énormes vitrines en pancartes de toutes sortes. La laideur règne.

Bof, on peut toujours aller au Vermont et admirer le décor de la route 89, où l’affichage sauvage est interdit…

Donc je suis inquiet

Voilà pourquoi je suis inquiet pour le centre-ville et même pour tout le développement de Saint-Jérôme. Il est à se demander si nos élus sont davantage au service des bâtisses projetées, ou plutôt des citoyens qui sont déjà là. Le passé n’est pas rassurant. Et le présent n’annonce pas de changement de tendance.

Demain, je vous parlerai des éléments de solution.

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