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Les maires de la MRC de la Rivière-du-Nord pourraient limiter le volume de déchets mais n’interdiront pas l’importation des autres régions

La Coalition Alerte à l’enfouissement Rivière-du-Nord (CAER), veut que les maires de Saint-Jérôme, Prévost, Saint-Colomban, Saint-Hippolyte et Sainte-Sophie agissent rapidement pour limiter les quantités de déchets « importés » sur leur territoire.

La CAER estime que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a déposé un rapport complaisant et incomplet qui permettra au ministre Benoit Charette, ministre de l’Environnement du Québec, d’adopter un décret qui placerait la MRC Rivière-du-Nord sur la voie irréversible de devenir un des grands importateurs de déchets du Québec.

Le groupe manifestait devant les bureaux de la MRC le mercredi 10 juin. L’événement était largement symbolique. La manifestation se composait d’ailleurs de quatre personnes qui ont déposé leur demande devant l’édifice de la MRC, à l’angle des rues Labelle et Parent. Il y avait aussi deux photographes. TopoLocal était le seul média sur place. L’édifice de la MRC semblait désert.

Normand Beaudet de la CAER explique les attentes de son groupe envers les maires de la MRC de la Rivière-du-Nord.

Le rapport « choquant » du BAPE

Le groupe dénonce le fait que le rapport du BAPE, qui donne le feu vert à l’expansion du dépotoir de Sainte-Sophie, ignore tout simplement le fait que 90% des 18 millions de tonnes de déchets qui seraient enfouis à Sainte-Sophie de 2022 à 2040 proviennent de l’extérieur de notre région.

La CAER fait remarquer que le Québec tout entier se questionne présentement sur la quantité astronomique de déchets que nous enfouissons. Dans un pareil contexte, adopter des mesures pour continuer d’enfouir des millions de tonnes dans notre région est une option irresponsable, affirme la CAER.

La coalition rappelle par ailleurs l’existence de l’article 53.13 de la Loi sur la qualité de l’environnement, qui prévoit que les MRC ont le devoir de consulter leurs citoyens avant l’adoption de leur Plan de gestion des matières résiduelles(PGMR) dans lequel ils peuvent prévoir une limite aux déchets enfouis sur leur territoire.

La CAER exige que les maires consultent leurs citoyens pour qu’il y ait un débat public dans la MRC avant de tout simplement laisser passer le projet.

On peut trouver l’intégrale de la position de la CAER sur le site web de l’organisme.

La MRC s’en remet au gouvernement… ou presque

Le 10 juin, TopoLocal a posé trois questions aux maires de la MRC: Stéphane Maher (Saint-Jérôme), Paul Germain (Prévost), Bruno Laroche (Saint-Hippolyte), Xavier-Antoine Lalande (Saint-Colomban) et Louise Gallant (Sainte-Sophie).

TopoLocal leur demandait s’ils sont favorables à limiter l’importation de déchets dans notre MRC, s’ils croient pertinent de consulter la population, comme le prévoit la loi, et si oui, quelle forme devrait prendre cette consultation, allant par exemple jusqu’à un référendum?

« Pas très heureux », dit Bruno Laroche

En entrevue avec TopoLocal, le maire de Saint-Hippolyte et préfet de la MRC Bruno Laroche a dit que la plupart des maires de la région ne sont probablement « pas très heureux » que la MRC de la Rivière-du-Nord soit une importatrice de déchets enfouissables.

Le maire de Saint-Hippolyte Bruno Laroche.

Il a quand même tenu à rappeler que les municipalités de la région font des efforts importants pour réduire de façon globale la quantité de déchets enfouis, des efforts qu’il juge importants et nécessaires, même s’il reconnaît que cette réduction de déchets locaux pourrait, en théorie, laisser plus de place à l’importation de déchets à Sainte-Sophie.

C’est la raison pour laquelle il estime que le débat doit atterrir à un autre niveau, sur le bureau du ministre de l’Environnement Benoit Charette.

« Mais peu importe ce que prévoit notre PGMR, la décision incombe toujours au ministre » a-t-il ajouté, souhaitant que la Coalition « tire sur la bonne cible ».

« On n’est pas là » – Louise Gallant

Louise Gallant, mairesse de Sainte-Sophie, nous a aussi répondu. Est-elle favorable à limiter l’importation de déchets? Pas tout à fait. Après avoir laissé entendre qu’elle s’en remettrait aux décisions du BAPE et du gouvernement, la mairesse de Sainte-Sophie a précisé sa pensée.

Elle affirme que des discussions ont eu lieu au sein de la MRC sur la possibilité de limiter la quantité d’enfouissement à aussi peu que 500 000 tonnes, pour ensuite révéler que le chiffre avancé par le ministère de l’Environnement serait plutôt autour de 800 000 tonnes…

Mme Gallant juge que la position qui se dessine de la part de la MRC est irréaliste.

La mairesse affirme quand même que ce serait « idéal » de se rendre à zéro déchets, d’imposer des maximums et que chaque MRC enfouisse chez elle ses déchets, « mais que voulez-vous, on n’est pas là », a-t-elle conclu.

« Je me suis presque fait arracher la tête quand on a voulu faire la collecte des vidanges aux deux semaines. Je sais que les gens ne compostent pas assez, mais va-t-on aller jusqu’à nommer des polices des poubelles pour vérifier que tous les déchets sont au bon endroit? Je pense que les jeunes vont être prêts un jour, mais que présentement la population ne veut pas suivre. »

La mairesse est visiblement peu convaincue de l’enthousiasme de la population pour le recyclage et la récupération, surtout pas, juge-t-elle, quand il faudra payer le prix de limiter l’importation de déchets. Car Louise Gallant est d’avis que si les maires de la région limitent les tonnages accueillis par le dépotoir de Sainte-Sophie, non seulement la ville qu’elle dirige perdra des compensations financières, mais les autres villes ne profiteront plus de prix préférentiels pour la cueillette des ordures.

Quant à la question de TopoLocal sur la consultation, elle ajoute, laconiquement, que le plan de gestion des matières résiduelles est « adopté par la MRC selon les lois prescrites ».  Elle a ajouté qu’un référendum coûterait « très cher » et a aussi indiqué que les audiences du BAPE constituaient en soi une consultation.

Les autres maires n’ont pas répondu, bien qu’ils aient tous dit à un moment ou un autre depuis leur entrée en poste que l’environnement était « important ».

Pas de balises, ni de dates encore, de la part de la MRC

La MRC affirme qu’elle est favorable à limiter le tonnage de matière enfouie, et souligne que son règlement de 2016 prévoyait une limite de un million de tonnes annuellement. Le décret qui est présentement en vigueur limite d’ailleurs le tonnage un peu en-dessous du million de tonnes prévues au PGMR de 2016.

La MRC affirme qu’elle tiendra des consultations sur son prochain PGMR, comme la loi l’exige. Le Conseil de la MRC a par ailleurs convenu récemment d’un échéancier « accéléré » pour la révision du PGMR.

La MRC juge enfin que l’option d’un référendum ne s’applique pas. D’une part parce qu’elle a participé aux consultations publiques menées par le BAPE et aussi parce que, de toute façon, des consultations publiques auront lieu lors de la révision du PGMR . Lors de la révision précédente, en 2016, deux soirées de consultation ont eu lieu ainsi qu’un sondage.

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