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Affaires, Personnes

Photo CDM ferme ses portes après plus de 40 ans au centre-ville de Saint-Jérôme

Avant de lire ce texte, je dois faire une importante divulgation. Jean Lafontaine, le propriétaire de Photo CDM, c’est un ami à moi. Nous nous sommes connus il y a plus de 40 ans, via le monde de la photo. Et au fil du temps, nous sommes devenus amis et complices. Ce texte ne prétend pas à la neutralité.

Le 30 juin, Jean Lafontaine a fermé les portes de son commerce pour la dernière fois. Comme il le faisait depuis des années, il a fermé les lumières, mis les ordinateurs en veille et armé le système d’alarme. Et il est rentré tranquillement chez lui.

Le magasin Photo CDM faisait partie du décor de la rue Saint-Georges depuis 42 ans.

Mais après. il n’y aura plus de clients, plus de commis, plus de photos souvenir, plus d’agrandissements, plus de photos passeport en famille. Plus de CDM. Dans une lettre qu’il a partagée avec ses clients il y a un mois, Jean Lafontaine a tenu à les remercier, sans surprise. Mais comme on le fait pour des amis, il a aussi pris la peine de leur expliquer pourquoi il a choisi la retraite, pourquoi il n’y aura pas de relève. Et il a pris soin de dire à quel point il est reconnaissant d’avoir pu, grâce à sa clientèle, réaliser ce « rêve un peu fou » de ses 20 ans.

Les photographes un peu orphelins

Beaucoup d’amateurs de photographie de la région ne savent pas, ne se souviennent pas de l’absence d’un vrai magasin de photo. Un vrai magasin de photo, c’est un endroit pour peser le pour et le contre d’un équipement à loisir, pendant que le commis fait autre chose si vous n’avez pas de questions. C’est pour croiser d’autres mordus et entendre d’autres opinions. C’est pour parler des nouveautés avec des gens qui en ont vu d’autres. Échanger des trucs. Montrer ses plus belles photos. Bref, un lieu de partage de passions.

Photo CDM était aussi un authentique commerce local. Avec le propriétaire derrière le comptoir et un personnel auquel les clients pouvaient s’attacher.

Juste pour vous dire, il y avait un mur dans le magasin Photo CDM baptisé le mur Roger Tranchemontagne. Un mur de démonstration pour les sacs photo offerts en vente. Roger Tranchemontagne est décédé il y a quelque temps, mais sa recherche du sac photo parfait était légendaire. Le mur a donc rapidement pris son nom. Les habitués de CDM savaient. Et souriaient.

Le «staff» de Photo CDM. Louis-Xavier Michaud, Danielle Lafontaine, Denis Landry, Jean Lafontaine, Annie-Claude Magny, Yves Roy et Luc Pouliot.

La photo a beaucoup changé

Évidemment, la photo n’est plus ce qu’elle était. Avec la prolifération des téléphones intelligents, à chaque nouvelle tranche de 12 mois maintenant il se prend plus de photos que dans toute l’histoire de l’humanité.

D’ailleurs, on ne vante plus les qualités téléphoniques du dernier iPhone ou du plus récent Samsung ou du rutilant QuelqueChose. Non, quand on parle d’un nouveau téléphone, on vante sa caméra.

D’accord, la photo n’est plus ce qu’elle était. Certains expliqueront ainsi la fermeture de Photo CDM. Mais moi, je vous dis que non. Au fil du temps, j’ai vu Jean Lafontaine réinventer son commerce à chaque fois qu’une nouvelle vague est venue bouleverser le monde de la photo. Je suis convaincu qu’il aurait pu le faire encore une fois. Je pense que cette fois c’est simplement parce mon ami Lafontaine avait le goût de se reposer, et il a bien raison.

Les derniers jours de CDM ont été soulignés dans la bonne humeur… et un peu de nostalgie.

Et l’avenir des commerces indépendants?

Oui je sais, c’est un autre commerce du centre-ville qui disparaît. Mais je refuse cette nostalgie. Les commerces, comme les humains, ont une vie, et ils ont une mort. Surtout les commerces indépendants, parce que forcément, un jour, les propriétaires passent à autre chose.

Les grandes chaînes, vous dites? Elles ne durent pas davantage. Pire encore, elles n’ont pas de vie même pendant leurs années d’existence. Le propriétaire n’est jamais là. Elles regorgent de néons et de griffes célèbres, mais elles n’ont pas de mur Roger Tranchemontagne.

Je ne connais pas toutes les histoires des commerces indépendants, mais je sais que derrière chaque commerce où le proprio est dans la shop, il y a une histoire.

Vous pouvez me parler de l’évolution du commerce au détail. De la disparition des petits commerces indépendants et de leur remplacement par des grosses cages de verre et d’aluminium. Des centres commerciaux, des chaînes, des outlets.

Mais il reste un fait indéniable. Ces grosses boîtes anonymes existent parce que vous y allez.

Vous voulez que vos achats comptent vraiment? Facile. Je sais qu’il y d’autres commerces indépendants, mais je vais nommer des noms. Mes noms.

Je veux simplement vous rappeler le plaisir de sentir le pain qui sort du four de Lionel Ducreau chez Deux gars dans l’pétrin. De goûter les fromages chez les Fromagiers de la table ronde à Sainte-Sophie ou de saluer Yannick Achim à la Fromagerie qui porte son nom. Entendre Anthony Acena ou Jonathan Nelson décliner le menu du jour au Soleo. Entendre sacrer monsieur Coursol au marché public. Acheter des fraises, des radis et autres récoltes par des Bélisle, des Bélanger, des Chaumont, des Cataphard. Savourer les grillades d’Alvaro Olveira avec un verre de rouge à la Villa d’Este. Humer le parfum de la soupe Bangkok au Cambodiana. Regarder griller et sentir le bacon de Gaspor. Fouiner les mélanges de Louis Carpentier à la Choppe à café. Manger les couscous de Najiba sur le terrasse du Bel Azur. Prendre une Moralité sur le terrasse du Dieu du Ciel. Prendre un café tranquille à l’Uni-Café ou manger un muffin chez la Petite voisine. Les empenadas de la Conquistadora. Le poulet du Bon Manjé. Un shish taouk chez Arousse.

Ce ne sont que mes quelques préférés. Bien sûr j’en oublie, et vous avez les vôtres. Mais vous avez compris. Il y a de nombreux commerces chez nous qui appartiennent à des personnes qui vivent parmi nous….

Et je vous le dis, nous aurions le pouvoir d’en créer de nombreux autres. Faut juste y aller.

Les grosses boîtes d’aluminium, de verre et de néon, au milieu de leurs déserts d’asphalte? Quand ils vous font leurs clins d’oeil, tournez le dos, cherchez des voisins.

Je vous ai raconté cette histoire avec toute l’honnêteté dont je suis capable. Inévitablement, comme je l’ai admis d’entrée, je suis biaisé. Je l’aime bien mon chum Jean. Et j’ai beaucoup d’autres amis.

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