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Après 50 ans, retour sur des arrestations locales liées à la Crise d’octobre

Octobre 2020 marquait le cinquantième anniversaire de deux événements importants de l’histoire nationale du Québec. D’abord la Crise d’octobre 1970 et celui, interrelié, de l’adoption de la Loi des mesures de guerre.

Personnellement, ce cinquantième m’a ramené à ma bibliothèque pour y refaire certaines lectures en lien avec cet anniversaire, mais je me suis aussi mis à jour avec d’autres récentes publications. Ma nouvelle appréciation de ces événements et ma prise de connaissance plus pointue des personnes qui les ont vécus m’ont donné le goût d’écrire sur les événements, sur certains témoins de cette époque, mais surtout de retracer comment s’était vécue la Crise dans les Laurentides. 

Jean Dumais est un auteur partenaire de TopoLocal. Deux formules sont offertes pour supporter son travail: un abonnement qui se renouvelle chaque mois ou un abonnement pour l'année. *Les revenus sont partagés à parts égales entre l'auteur et le média, et incluent les taxes en vigueur au Québec.

J’ai d’abord relu l’essai de Pierre Vallières N* blancs d’Amérique dont la première lecture avait marqué mon cheminement universitaire et quelque peu chamboulé le jeune adulte que j’étais à l’époque où j’ai pris connaissance de ce livre alors à sa deuxième édition. J’ajouterai que la toute récente et très contemporaine controverse sur le mot que d’aucuns désignent désormais comme «une insulte raciste qui commence par la lettre N» me motivait aussi à relire ce classique. Je ne commenterai toutefois pas davantage ni l’ouvrage de Vallières et encore moins son titre, sinon que je vous invite vous aussi à relire cet essai qui a marqué la montée du nationalisme québécois et la naissance du Front de libération du Québec(FLQ).

Je me suis procuré et j’ai  lu avec grand intérêt La crise d’octobre, 50 ans après de Jules Falardeau, qui a été la source de mon inspiration pour vous écrire ce texte puisqu’on y relate le témoignage de plusieurs des acteurs qui ont vécu la Crise tant dans les rangs felquistes, ceux de la police ou même du journalisme. J’ajouterai que plusieurs documents et photographies de l’époque illustrent pertinemment les propos des divers témoins.

Finalement, j’ai acquis la plus récente réédition (la troisième) du livre de Louis Fournier FLQ, Histoire d’un mouvement clandestin. Certes LA référence sur l’histoire du Front de libération du Québec.

Cette nouvelle édition comporte désormais, en annexe, une liste de 360 des 497 personnes arrêtées. Sachez, par ailleurs, que le relevé complet des 497 noms n’a jamais été publié…

Une liste partielle, mais intéressante

Cette liste partielle des centaines de personnes arrêtées m’a remis en mémoire le nom de quelques-unes d’entre elles, toutes fort injustement arrêtées en vertu de la Loi des mesures de guerre, adoptée par le Parlement d’Ottawa le 16 octobre, loi qui autorisait les policiers à procéder à l’arrestation, sans mandat, de n’importe quel des individus sur qui  existait le moindre soupçon.

 Je vous rappelle quelques personnalités qui ont alors été incarcérées, c’est le cas de le dire, manu militari! On se souviendra bien sûr de Michel Chartrand (le syndicaliste bien connu), de Gérald Godin (écrivain et homme politique québecois qui deviendra même ministre de l’Immigration sous le gouvernement péquiste de René Lévesque), de Pauline Julien (chanteuse, auteure-compositrice, féministe et nationaliste), de Nick Auf Der Maur (journaliste au réseau anglais de Radio-Canada et conseiller municipal de Montréal), de Gaston Miron (poète national du Québec qui n’a besoin d’aucune autre présentation), de Denise Boucher (écrivaine et poétesse, auteure notamment de la pièce de théâtre Les fées ont soif), de Marcel Barbeau (peintre et sculpteur), de Jocelyne Robert (sexologue et écrivaine), de Robert Lemieux (avocat, défenseur des membres du FLQ), de Pierre Vallières (journaliste et écrivain, auteur de l’essai auquel je faisais référence ci-haut), et de tant d’autres…

La nette majorité de ces personnes seront relâchées après cinq jours, d’autres seront emprisonnées jusqu’à trois mois, sans jamais, je le rappelle encourir d’accusation formelle. Un certain nombre de prisonniers (36), après une longue incarcération seront finalement accusés d’appartenance au FLQ et de conspiration séditieuse en vue de renverser le gouvernement du Canada par la force. Toutes ces personnes seront toutefois plus tard acquittées grâce à une ordonnance générale d’arrêt des procédures suivant un verdict d’acquittement dans une cause type touchant deux des 36 accusés.

Bien entendu, toutes les personnes arrêtées ne l’avaient pas été que le 16 octobre (notamment durant la nuit), puisque des arrestations tout aussi injustifiées sont survenues jusqu’en novembre, sans compter que des centaines d’autres personnes ont été interrogées ainsi que perquisitionnées, sans mandat non plus, mais sans qu’elles ne soient incarcérées…

Ce sont ces arrestations d’autant d’innocentes personnes qui m’ont amené à m’intéresser davantage à la liste. Je me demandais si j’y connaissais personnellement quelqu’un, moi qui suis un fervent nationaliste, qui ai milité vingt ans dans le syndicalisme et qui me suis impliqué en politique municipale plus de quinze ans.

Mon intérêt pour cette liste partielle s’est trouvé grandi lorsque j’y ai lu que certaines de ces personnes vivaient alors dans notre région. 

Ainsi en est-il de six personnes de Saint-Jérôme :  

  • Courcelles, Ginette – conjointe du felquiste Jacques Geoffroy ;
  • Desjardins, Hélène; 
  • Geoffroy, Jacques – militant gauchiste,  frère du felquiste Pierre-Paul Geoffroy qui fut trouvé coupable d’avoir posé des bombes pour le FLQ et condamné à la prison  à perpétuité  en 1969 ( il sera libéré en 1981) et dont certaines des activités criminelles s’étaient déroulées dans une maison de Prévost (Shawbridge à l’époque) .
  • Loyer, Serge – militant ouvrier
  • Mercille, Pierre – militant syndical à la CSN
  • Potvin, Jean-Pierre – militant syndical à la CSN et porte-parole du Comité d’action populaire (le CAP),  un mouvement ouvrier à saveur socialiste de notre région, et camarade de Jacques Geoffroy;

2 personnes de Saint-Antoine (c’était avant la fusion avec Saint-Jérôme) : 

  • Depatie, Jocelyne; 
  • Pelletier, Gérard; 

une de Sainte-Sophie : 

  • Da Silva, Jean-Marie- homme de théâtre; 

une de Lachute :  

  • Lakoff, Ellen.

Malheureusement, je n’y connaissais personne, mais un nom avait retenu mon attention, bien qu’il  était associé à la ville de Montréal… il s’agit de Loyola Leroux. Comme je connaissais un ex-prof de philo du Cégep de Saint-Jérôme et un citoyen impliqué de notre région portant un tel nom, somme toute assez unique, j’ai réussi à le retracer. 

Bien oui, c’était bien lui : « notre » Loyola Leroux! Rien de vraiment étonnant, somme toute, quand on connaît un brin cet homme! 

Des recherches plus poussées m’ont permis de retracer deux autres personnes de notre région arrêtées en 1970, soit Ellen Lakoff (devenue mairesse du canton d’Harrington)  et Jean-Marie Da Silva. 

De plus, je vous relaterai certains événements survenus en lien avec le FLQ, tant à Prévost qu’à Saint-Jérôme, il y a plus de 50 ans. Le livre de Louis Fournier FLQ, Histoire d’un mouvement clandestin et les textes du journaliste local Henri Prévost ( repris dans la revue «Espace mémoire » Dossier  1970 : un automne chaud à Saint-Jérôme) m’ont permis de retrouver ces bribes de notre histoire régionale.

Autant de sujets que je me propose de vous entretenir dans les semaines qui viennent. À la prochaine!

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4 réflexions au sujet de “Après 50 ans, retour sur des arrestations locales liées à la Crise d’octobre”

  1. Dans la description de qui est Jean Dumais, je suis persuadé qu’il aime bien sa chère mais je le suspect davantage amateur de bonne chair.

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