En 1982, le gouvernement du Québec a créé le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, le BAPE. Un organisme créé pour entendre les représentations citoyennes quant aux impacts environnementaux de divers projets.

À première vue, c’est rassurant pour les citoyens. Voilà, en apparence, un organisme qui peut examiner les projets pour nous, sous un angle environnemental. Les citoyens du Québec sentent donc que leurs intérêts environnementaux seront défendus. Un peu comme un avocat se voue à une défense pleine et entière des intérêts de son client, on pourrait souhaiter que le BAPE se voue totalement à la défense de l’environnement.

Mais y a-t-il vraiment quelqu’un d’assez naïf au Québec pour croire que le BAPE a toute son indépendance vis-à-vis du gouvernement?

Hélas, on sait comment se comportent les gouvernements. Quand les choix environnementaux responsables risquent de créer la moindre incertitude économique, quand, comme le dirait Richard Desjardins, ça dérange le gros Dow Jones, ils choisissent toujours le compte en banque avant l’air propre. L’équilibre budgétaire avant la qualité de vie. La fluidité de la circulation automobile avant la limpidité de l’eau des rivières.

Et le BAPE, avec le même pragmatisme stérile, s’appuyant sur sa loi constitutive qui lui dit de tenir compte de la qualité de vie, de la solidarité sociale, de la protection de l’environnement, et de l’efficacité économique, rend les mêmes décisions que le ferait un gouvernement.

Libre à vous d’y croire, mais ce BAPE, pour moi, c’est une blague.

Un exemple à Québec

François Bonnardel a retourné la Ville de Québec à ses cahiers après que la Ville ait planché durant des années sur un réseau de transport en commun structurant qui comporte un tramway. Il a invoqué un avis défavorable du BAPE.

On parle bel et bien ici du même Bonnardel qui est le grand champion du troisième lien à Québec. Un moyen sûr pour que la capitale, déjà ville d’autoroutes par excellence, conserve son titre de capitale du char

Je suis désolé, mais sans lui manquer de respect, l’avis de François Bonnardel sur un projet de transport en commun structurant m’apparaît aussi sérieux qu’un guide de nutrition qui serait rédigé par le colonel Sanders.

D’ailleurs Régis Labeaume n’a pas tardé à réagir: « Il ne s’agit pas d’un rapport d’analyse, mais plutôt d’un rapport de consultation tronqué, biaisé et rempli d’incohérences », a-t-il déclaré après le dépôt du rapport du BAPE qui lui recommandait entre autres d’évaluer la possibilité de creuser un métro pour deux wagons qui passeraient sous la ville de Québec.

Un exemple chez nous

Dans notre région, nos maires invoquent le gros bon sens et leur préférence à choisir leurs batailles pour continuer à accommoder la métropole qui étouffe sous la quantité de ses déchets. 

Pour Montréal, c’est la plus vieille solution au monde. Des déchets? Allez jeter ça plus loin! On ne sait pas trop où, mais pas ici!

Or, le « pas ici » de la couronne Nord de Montréal, c’est Sainte-Sophie. Environ 95% des déchets enfouis à Sainte-Sophie viennent de l’extérieur de notre région. C’est presque un million de tonnes par année de déchets que nous importons. Heureusement que la 15 ne passe pas à proximité du dépotoir. Même les Montréalais qui passent pour aller dans le Nord auraient honte.

Le dépotoir de Sainte-Sophie vient de demander la permission de continuer à ce rythme pendant encore vingt ans.  Il sera alors saturé. Si on n’importait pas des déchets d’ailleurs, on mesurerait sa vie utile en siècles. Il serait, évidemment, beaucoup moins rentable.

Dans le dossier du dépotoir de Sainte-Sophie, tout le monde sait très bien que l’enjeu véritable, c’est de donner la permission à la métropole d’aller porter ses déchets loin de chez elle. Tout le monde sait que c’est ce que le ministre va invoquer. Tout le monde savait que le BAPE dirait qu’on n’a pas le choix. 

Certains diront que s’opposer à l’importation de déchets dans notre région tient du « pas dans ma cour », comme si c’était une position irresponsable. C’est de la haute foutaise! Ce qui est vraiment irresponsable, c’est de minimiser la situation actuelle. Dans l’état actuel des choses, garder le silence, c’est comme si la MRC Rivière-du-Nord s’achetait un grand panneau sur le bord de la 15 qui proclamerait: « Bienvenue à tous vos déchets ».

D’autres diront que notre région devrait commencer par s’approcher du zéro déchets avant de faire des remontrances. Encore une façon de pelleter le problème aux générations futures. Il est indiscutable que notre région doit s’approcher de zéro déchet, mais la métropole aussi. Une bonne façon de traduire cet objectif en engagement réaliste serait que le ministre Charette engage la métropole et tous les dépotoirs qui la desservent sur une véritable voie de diminution, en réduisant les limites de tonnage maintenant. Hélas, aucun élu de la région n’ose élever la voix pour défendre cette idée.

Et nos maires « choisissent leur batailles ».

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Il y a une conversation à propos de cet article.
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Comments to: La blague du BAPE
  • 30 novembre 2020

    Merci Charles de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas.

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  • 30 novembre 2020

    Très bel article, explicite et engagé, Bravo.

    Répondre
  • 2 décembre 2020

    Montréal avait l’occasion de diminuer le volume des déchets qui vont au dépotoir en utilisant la cheminée de l’ancienne carrieère Miron pour incinérer les déchets et ainsi dimunuer les volume à mettre dans le trou de la carrière. Mais non, Ils ont vite rempli le trou et maintenant exporte leurs déchets en Maricie et en estrie. Québec a eu l’intelligence de garder son incinérateur même s’il a été déplacé de la Pointe-aux-Lièvres à l’endroit actuel. Le dépotir de St-Tite est toujoursd fonctionnel car on a diminué par 10 le volume qui va au dépotoir en réduisant en cendre neutre les déchets domestiques. L’environnement c’est bon de respecter son entourage mais le pas-dans-ma-cour qui a initié le mouvement vert pose des actions qui ne règlent pas nécessairement les problèmes à la source. Entre l’économie et l’écologie, il y a un juste milieu et le principe de précaution est galvaudé par les verts de façon illogique.

    Répondre
  • 4 décembre 2020

    Oui, il faut diminuer notre production de déchets. C’est tentaculaire: surproduction, surconsommation, gaspillage, suremballage, recyclage calamiteux, revalorisation pratiquement inexistante. Les grandes villes doivent s’attaquer plus radicalement à ce problème, et les petites villes cesser d’accepter ces déchets les yeux fermés, pour une poignée de dollars. Les actions individuelles pour réduire chacun sa production de déchets, ça ne suffit pas. Bravo pour cet article.

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