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Les gagnants et les perdants de la nouvelle gouvernance scolaire

On me posait l’autre jour la question suivante en lien avec l’abolition des élections scolaires et la disparition des commissaires élus. Est-ce que les nouveaux conseils d’administration, qui sont l’élément central de la réforme du ministre Roberge, sont vraiment au centre des décisions les plus importantes concernant la réussite des élèves et la bonne marche de nos écoles? Dans l’état actuel des choses, c’est triste, mais la réponse est non. 

Alors, en termes de pouvoirs, qui sont les véritables gagnants de cette réforme? On sait que les parents auraient bien aimé que soit eux, les enseignants et le personnel syndiqué aussi. Toutefois, il faut être lucide, les vrais gagnants de tout cela ce sont les cadres et la direction générale. Je m’explique.

Réussite scolaire, sans le conseil d’administration

La réussite et la persévérance scolaires constituent le cœur de la mission des Centres de services. À ce sujet, la loi prévoit la création d’un comité de travail présidé par la direction générale et strictement composé de membres du personnel. Ceux-ci doivent, en l’absence des membres du Conseil d’administration, convenir de ce qui doit être fait pour que plus d’élèves réussissent.

Les membres du CA sont exclus des délibérations et des travaux de préparation de ce plan. On leur présentera le plan à la toute fin du processus et s’ils ne sont pas d’accord, ils pourront s’expliquer par écrit et dire ce qu’ils voudraient y ajouter ou modifier. Pourtant, c’est le plus important défi d’un conseil que d’accroître la réussite scolaire. Il est inconcevable que les administrateurs ne soient pas associés directement à la réflexion sur les meilleures stratégies pour améliorer la réussite.

Les finances décidées d’avance

Concernant maintenant le budget du Centre de services et la répartition équitable des ressources, qui sont pourtant des responsabilités du Conseil d’administration, c’est un comité présidé par la direction générale, formé majoritairement de directions d’écoles qui s’assure de répartir les ressources. Et c’est encore une fois quand tout sera ficelé que le Conseil sera informé. Si celui-ci n’est pas d’accord, il doit encore s’expliquer par écrit dans le peu de temps qu’il a pour le faire. Et parlons-en de ce temps…

Des pouvoirs diminués

La loi a fait en sorte, en plus de faire disparaître les comités exécutifs des conseils, de réduire de façon importante le nombre d’heures de rencontres des CA, ce qui laisse peu de temps aux membres pour travailler et faire avancer des dossiers jugés prioritaires et moins de temps encore pour réagir aux propositions préparées par les cadres et la direction générale. Plutôt que de permettre aux administrateurs de disposer de suffisamment de temps pour assumer pleinement leur rôle, plusieurs centres de services ont plutôt profité des premières rencontres de leurs CA et possiblement de l’inexpérience de leurs membres, pour modifier leur règlement de délégation de pouvoirs afin de retirer des pouvoirs du CA pour les remettre entre les mains des cadres et de la direction générale. Tout cela sous prétexte, bien sûr, d’être plus efficace et de ne pas trop en demander aux bénévoles qui siègent au conseil.

Poussant plus loin la bienveillance, il est même arrivé, comme par exemple au Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, que la direction générale se soit elle-même attribué de nouveaux pouvoirs avant que le conseil d’administration ne siège pour la première fois, plaçant ainsi les administrateurs nouvellement désignés devant un fait accompli. En d’autres mots, avant même d’entrer en fonction, beaucoup de conseils d’administration s’étaient fait enlever une partie de leurs pouvoirs.

Une voix publique inexistante

Vous qui lisez les journaux locaux, quand avez-vous entendu votre centre de services scolaire prendre position publiquement sur les décisions ou les tergiversations du ministre de l’Éducation en lien avec la pandémie? Jamais? Et c’est logique. D’abord, même si votre CA a une présidente, parent de surcroît, elle n’est pas autorisée à prendre position publiquement. C’est, en vertu de la loi, la direction générale qui est la porte-parole officielle. Or, elle doit exercer son devoir de réserve vis-à-vis les décisions du ministre. C’est-à-dire que chaque fois que le ministre parle, elle doit reculer d’un pas et se taire. Résultat : plus personne ne porte la voix des citoyens et de ceux et celles qui continuent, avec ou sans enfants, à payer la taxe scolaire dans la région.

Un rendez-vous raté?

Tout cela est bien triste car un conseil d’administration peut contribuer tangiblement à l’amélioration de la réussite et de la qualité des services éducatifs en se servant de tous les pouvoirs que lui confère la loi pour agir sur ce qui détermine justement cette réussite. Il peut créer et maintenir les conditions propices à un enseignement de qualité, à des opportunités égales d’apprendre et à un accès équitable à des services éducatifs appropriés pour tous les élèves. Pour cela, les conseils devraient pouvoir prendre position publiquement, engager une conversation avec la population, voir loin, voir large, voir autrement en intégrant l’avenir dans toutes leurs réflexions tout en étant conscient que le progrès n’est pas fait que de continuité mais aussi de ruptures.

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