Robert Dean est décédé le 4 février. Il a été député de Prévost alors que la circonscription englobait Saint-Jérôme, qui en était la ville principale. Robert Dean a consacré sa vie au monde du travail mais surtout, pour mieux dire, aux travailleurs. Il a d’abord fait sa marque dans le monde syndical à titre de militant puis de dirigeant. Il a ensuite été député, puis ministre dans les cabinets de René Lévesque et de Pierre-Marc Johnson. Son engagement a ensuite continué, bien après sa carrière en politique active.

L’auteur de ces lignes, Denys Duchesne, était aux premières loges de la vie politique de l’époque et de ses enjeux. Il avait été attaché politique du député Jean-Guy Cardinal de 1976 à 1979, puis il a joué le même rôle auprès de Robert Dean de 1981 à 1985. À l’invitation de TopoLocal, il témoigne de la vie et de l’oeuvre de Robert Dean.

Le soir de la défaite

Le lundi 2 décembre 1985, soirée électorale au Québec. Vers 20h20, Radio-Canada annonce : dans Prévost, élu, Paul-André Forget, un gain libéral. Défait, battu, Robert Dean, député sortant et ministre sous le gouvernement de Pierre-Marc Johnson. 

C’est la consternation totale. Je n’y crois pas. Impossible. Cauchemar, mauvais rêve, tout y passe. Il était convenu que le gouvernement du Parti québécois allait perdre cette élection. Il était aussi convenu que Robert Dean allait être réélu dans Prévost…

Robert Dean avait été un bon député.

L’agrandissement de l’hôpital Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme par l’ajout de quatre étages en façade; ses démarches fructueuses pour la création d’un CLSC à Saint-Jérôme; son influence déterminante sur l’implantation au Cégep de Saint-Jérôme du programme Techniques de transformation des matériaux composites, le matériau de l’avenir nous disait-il; son rôle stratégique dans la venue de Bell Helicoptère à Mirabel.

Robert Dean aimait ce qu’il faisait. Il préparait toujours soigneusement la journée du lundi au bureau : un privilège, disait-il, qui  lui permettait de rencontrer et aider ses concitoyens. 

Il aimait les tables de presse annuelles avec les journalistes de L’Écho du Nord : les Michaud, Lamarche, Prévost, Chénier, Rochon, Brasset, Valiquette et Gaston Boucher. Il aimait le défi, l’intelligence des discussions et les actions nouvelles qui en ressortaient.

Je l’ai vu se lever maintes fois, debout à côté des hommes et des femmes qui se dépensaient sans compter pour les plus démunis. Je l’ai vu mettre le poing sur la table pour les travailleurs de son comté, pour protéger et sauver leurs emplois.

Je l’ai vu assurer un fort leadership dans la bataille pour Hydro-Québec au centre-ville de Saint-Jérôme, avec la communauté d’affaires de Saint-Jérôme qui s’était étonnamment rapprochée de lui, lui le syndicaliste de gauche.

En 1983, dans son rôle de parlementaire, il a parrainé la Loi constituant le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ). C’est avec sa modestie légendaire débordante de fierté et d’enthousiasme qu’il porta cette grande réalisation à terme, faisant ce qu’il fallait faire pour la démocratisation des biens financiers.

À Québec toujours, avec une voix ferme, il s’opposa aux décrets confirmant la volonté du Gouvernement de sabrer dans les salaires des employés de l’État, faisant là ce qu’il fallait faire pour la défense des travailleurs.

Robert Dean avait un immense respect pour les travailleurs, pour les gens ordinaires. Il en avait tout autant pour les entrepreneurs. Il était conscient que les PME de son comté détenaient la clef d’un plus grand bien-être économique et social. Robert Dean s’occupait de son monde, de tout son monde, fidèle en cela au slogan de la campagne que nous avions retenu: Robert Dean, lui s’occupe de nous

Le 8 mars 1981…

J’ai rencontré Robert Dean pour la première fois, le dimanche 8 mars 1981, au restaurant le Gueuleton, sur la rue Saint-Georges à Saint-Jérôme. Un, deux, trois cafés…  j’étais conquis! Ce fut un coup de foudre qui ne s’est jamais démenti. Nous étions à cinq semaines des élections générales du 13 avril. J’ai sauté dans le train! 

Au cœur de la campagne électorale, sa fameuse tournée de nuit au cours de laquelle, à bord d’un Winnebago prêté par un militant, on s’est rendu avec lui rencontrer les travailleurs d’usine, les employés de l’hôpital, les chauffeurs de taxi, les employés de restaurant. Une nuit déterminante sur le chemin de la victoire qu’il allait remporter face à madame Solange Chaput-Rolland, députée sortante.

Le plein emploi 

Dès le premier jour de son entrée en fonction comme député de Prévost, il entreprit sa longue odyssée pour le plein emploi : un effort incessant et une détermination sans faille qui donnent la vraie mesure de cet homme, plus grand que nature. 

Jour après jour, j’en ai été témoin, une brique à la fois, dans l’auto du ministre Pierre Marois, dans les colloques d’affaires, dans les congrès du Parti québécois, dans les corridors de l’Assemblée nationale, dans les rencontres de cuisine avec les militants qu’il a fini par épuiser! Dans ses plans d’action, dans ses discours, le plein emploi, toujours: il ne pouvait tolérer que de trop nombreux travailleurs soient au chômage. Pour lui, il fallait une action gouvernementale concertée. Il y travailla jusqu’à ce qu’il en arrive à convaincre monsieur Parizeau et puis monsieur Lévesque, qui le nomma finalement ministre délégué de l’Emploi et de la Concertation à la fin de l’année 1984. 

J’ai œuvré plus tard à Emploi-Québec et pendant 15 ans, de 1994 à 2010, je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’autre avec une aussi fine sensibilité et une profonde compréhension des fondements du marché du travail, de l’emploi et de la concertation. L’instauration d’une politique de plein emploi demeurera pour lui une œuvre inachevée.  

Robert Dean était un homme franc, ouvert, honnête, réservé… et lorsqu’il mettait le poing sur la table, j’ai toujours vu que c’est son cœur qu’il y déposait là, pour nous.

On s’est perdu de vue. La vie est ainsi. Je garde en mémoire sa générosité, sa beauté d’esprit, sa grandeur de cœur, son attachement aux militants, à son équipe de comté qu’il aimait, Maryse, Pauline et Yvon. Je sais tout l’amour qu’il portait à son épouse Jeannette et à ses enfants que j’ai connus et que je salue.

Dans le comté de Prévost, de 1981 à 1985, Robert Dean a été un député heureux. 

Merci monsieur Dean. Bons vents monsieur le député.

Malgré le temps qui ment, le temps qui dit vrai, rester, rester debout,  jour après jour et malgré tout rester debout – Richard Séguin.

Il y a une conversation à propos de cet article.
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Comments to: Robert Dean, un homme plus grand que nature
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    10 février 2021

    Certainement l’un des politiciens les plus performants que j’ai connu et pourtant il a perdu son élection en 1985. Comme quoi, au niveau provincial, le vote des électeurs est nettement un vote de parti avant d’être un vote de candidat et c’est dommage pour des gens comme Robert Dean.

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  • France Gagnon
    14 février 2021

    Un homme de convictions qui avait à coeur les travailleurs, les gens qui l’entouraient. Bravo Denys pour cet hommage amplement mérité.

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  • Avatar
    16 février 2021

    Reposez en paix Monsieur Dean, vous avez servi le Québec de façon exemplaire en tout temps et en tout lieu.
    Cet homme avec qui je n’ai pas malheureusement beaucoup travaillé de près sauf pour du porte-à- porte dans mon secteur lors de l’élection de 1985. À bord de sa limousine , par un froid dimanche après-midi , nous avions parcourus le territoire.
    Petite anecdote. Quelques personnes, en entendant sa voix quelque peu chevrotante, lui proposait de venir se réchauffer croyant que le froid en était la cause. Le sous-sol de ma maison lui avait servi de base de communications téléphoniques, le cellulaire n’étant pas encore la norme.
    Je garde un précieux souvenir de cet homme hors de l’ordinaire et son départ m’attriste comme si je venais de perdre un ami cher.
    Merci à Denys Duchesne de nous remémorer les réalisations de cet homme politique comme on en trouve trop peu et à qui je vouais un profond respect et une admiration sincère.
    Mes condoléances à sa famille.

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