La Commission scolaire de Saint-Jérôme, qui s’est ensuite appelée le Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, n’existe plus, remplacée récemment, comme toutes les commissions scolaires du Québec, par une structure qui ne fait pas l’unanimité. Si le gouvernement du Québec et le ministre Jean-François Roberge y voient un pas vers la décentralisation et une plus grande participation des parents, ses critiques n’y voient rien de plus qu’un brassage d’organigrammes. Bref, le débat est loin d’être clos à propos des centres de services.

TopoLocal vous propose dans les lignes qui suivent le témoignage d’Yvon Robert, qui a dirigé la commission scolaire pendant plusieurs années marquantes avant de faire un virage et de fonder l’Académie Lafontaine, une école privée.

Né en 1936, l’homme est un pur produit de la révolution tranquille. Avide observateur de la chose publique, il a toujours été davantage un influenceur et un stratège qu’un politicien. Bien qu’il ait flirté avec la politique à quelques reprises, il a été candidat une seule fois, en 1997, dans la circonscription de Prévost, avec l’Action démocratique du Québec(ADQ) de Mario Dumont. Mentionnons, pour ceux qui s’en souviennent, qu’il a aussi été un complice et supporteur très public de sa conjointe Yolande Leduc, qui fut candidate à la mairie de Saint-Jérôme en 1981.  

Yvon Robert s’est mis à la rédaction de ses mémoires depuis quelques temps, un projet qu’il est en voie de compléter. De concert avec TopoLocal, il rend public aujourd’hui le chapitre qui relate ses années à la commission scolaire. Laissons-le raconter sa version de l’histoire.

La Commission scolaire de Saint-Jérôme

Les quinze années que j’ai passées à Saint-Jérôme ont vu s’installer dans la région les fruits du rapport Parent et de toute la Révolution tranquille. Tout se transformait, et rapidement. Du côté de l’éducation primaire, les commissions scolaires locales et paroissiales de la région ont d’abord été regroupées pour devenir la Commission scolaire Saint-Jérôme. Puis ensuite, au secondaire, la Commission scolaire régionale Dollard-des-Ormeaux est disparue alors que le primaire et le secondaire se trouvaient désormais regroupés dans la même commission scolaire, qui gardera le nom Commission scolaire de Saint-Jérôme. D’ailleurs, je termine ces mémoires alors que le gouvernement du Québec vient d’abolir les commissions scolaires. J’y reviendrai dans un des chapitres finaux.

Il n’en demeure pas moins qu’entre le rapport Parent et le début des années 1970, le réseau scolaire a pris une forme qui est encore présente aujourd’hui. Durant cette même période, on a assisté à la création du Cégep de Saint-Jérôme et à la venue d’un module d’éducation à Saint-Jérôme qui a pris, en quelque sorte, la relève de l’école normale de Saint-Jérôme.

Septembre 1968 – Mon arrivée à Saint-Jérôme

Étant devenu agent libre en mai 1968, j’ai commencé à explorer les possibilités d’emplois ainsi que l’idée de pousser mes études en administration scolaire. Après avoir fait mon inscription à la maîtrise en éducation, option administration scolaire, à l’Université d’Ottawa, je me suis dirigé vers Maniwaki pour étudier la possibilité de prendre la direction de la polyvalente de la place. 

Le destin en a décidé autrement. Mon travail à Saint-Sacrement et mes interventions à la Commission scolaire régionale Duvernay m’avaient fait connaître dans le milieu de l’éducation publique. Le directeur de La Revue de Terrebonne, grand ami du directeur de L’Écho du Nord de Saint-Jérôme, m’a informé de l’ouverture de deux postes de direction à Saint-Jérôme. Avec sa recommandation, je me présente à Saint-Jérôme devant le Conseil scolaire de la Régionale Dollard-Des Ormeaux et je décroche le poste de directeur des études de la Commission scolaire de Saint-Jérôme. 

Drôles de circonstances, de directeur à Terrebonne, commissaire à la régionale Duvernay, je deviens directeur des études à Saint-Jérôme, alors que Maurice Trudel, directeur général à Saint-Jérôme, ami et collaborateur dans l’aventure avec Holt Rinehart & Wilson du Canada, devient directeur général à la Commission régionale Duvernay. À ce moment, j’étais membre du Conseil des commissaires de la régionale Duvernay, comme commissaire à Terrebonne.

Dès l’été de 1968, je m’engage dans mes études à l’Université d’Ottawa; une occasion de prendre contact avec des administrateurs scolaires d’expérience venant surtout du système scolaire francophone de l’Ontario. De plus, certains de mes professeurs travaillent toujours à des postes de direction à la Commission scolaire régionale de l’Outaouais. 

C’est fort de leur expérience que j’entreprends ma carrière de directeur à Saint-Jérôme en septembre 1968, tout en continuant, à temps partiel, mes études à l’Université d’Ottawa. 

De fait, c’est une expérience qui s’échelonne sur quelques années, alliant vacances et études, parfois autour du lac privé Perkins, dans la région de Gatineau, avec ma famille. Ensuite, durant les années suivantes, à Montebello au Domaine Montevilla. Une occasion de revenir dans la patrie de mon épouse Yolande. Ce fut aussi l’occasion de partager mes vacances avec André Forest, un ancien élève de Saint-Sacrement à qui j’avais enseigné, devenu professeur à Saint-Sacrement et, par la suite, directeur général du Collège de Bois-de-Boulogne. Je le retrouverai plusieurs années plus tard à la Fédération des cégeps. De fait, il fut un concurrent au poste de directeur général de la Fédération des cégeps, poste que j’ai obtenu en 1982. 

Ce passage à l’Université d’Ottawa m’a mis en contact avec toutes les nouvelles théories en administration scolaire; théories que j’ai pu expérimenter car, en même temps, je faisais mes premiers pas comme directeur à la Commission scolaire Saint-Jérôme. À la suite de ce passage à l’université, on m’a remis une maîtrise en éducation, option administration scolaire.

Une période marquée par le changement

Je veux aussi relater une autre expérience de formation qui m’a marqué et qui a également marqué le système d’éducation du Québec. C’est avec une quinzaine de directeurs généraux de commissions scolaires que, durant les années 1970, j’ai vécu une expérience orientée vers le changement. Des formateurs de l’Institut de formation par le groupe nous ont initié à des processus de solutions de problèmes et formés en vue de devenir des agents de changement dans nos milieux respectifs. Encore une fois, les échanges avec ces directeurs de formations différentes, de milieux différents, de la Gaspésie, de la Commissions des écoles catholiques de Montréal, des écoles protestantes de Montréal, de Laval furent très enrichissants et m’ont aidé dans la gestion quotidienne de la Commission scolaire Saint-Jérôme et surtout dans la planification de son développement. 

C’est à la suite du passage en formation que j’ai développé une grille d’évaluation qui m’a servi à la Commission scolaire de Saint-Jérôme. Ce fut pour moi l’occasion de renouveler le personnel de la direction.

Ce fut le début d’une longue épopée. D’abord, établir un système de gestion avec les onze directions d’écoles sous ma juridiction. Au début, j’étais seul, avec une secrétaire, à temps partiel. Je disposais d’un projecteur et d’un écran pour tout équipement audiovisuel. J’allais oublier; mon équipe comportait une enseignante à temps partiel, Madame Vallée, responsable de l’implantation du Sablier et un professeur de diction, annonceur à la radio locale, monsieur Jean Néron, lui aussi à temps partiel.

Les principaux dossiers dont je me rappelle sont l’agrandissement de l’école de Bellefeuille, et la gestion de crise d’une convention collective contestée, avec moyens de pression. Le dossier de la Commission scolaire de Saint-Jérôme servit même à la préparation de l’injonction qui mena en prison les chefs syndicaux. J’ai pu, à cette occasion, travailler avec maître Jean Cournoyer, alors avocat de la Fédération des commissions scolaires. 

Cette mini crise amena les commissaires à lâcher prise sur la gestion quotidienne des écoles. Jusque-là, les réunions étaient très nombreuses; chaque commissaire s’étant vu attribuer une ou deux écoles. Les directeurs ou directrices me semblaient choisis surtout comme membres du club de bridge du président.  À tour de rôle, les commissaires choisissaient leurs concierges, le régisseur d’alors était un ex-commissaire. La complexité des relations de travail les amena rapidement à me céder toute la place pour la gestion des écoles. Pour éviter les problèmes, à cette époque, le secrétaire trésorier faisait le budget et les états financiers en même temps. 

Au début des assemblées, les commissaires vidaient leurs poches et sortaient les reçus pour se faire rembourser les achats faits pour leurs écoles. Des résolutions étaient votées sur le champ pour en assurer le paiement. Le vrai changement est intervenu en 1972 avec l’avènement de la loi 27 qui décréta le regroupement des commissions scolaire locales de la région : à Saint-Jérôme se sont additionnées Saint-Antoine, Saint-Janvier, Sainte-Sophie, Saint-Hippolyte, Lafontaine, Prévost, Saint-Colomban, Saint-Canut. De onze écoles avant, on se retrouvait avec plus de vingt écoles et la mise en place de toute une structure, de même que l’arrivée de nouveaux commissaires d’écoles.

C’est à ce moment que je deviens officiellement directeur général de la nouvelle Commission scolaire Saint-Jérôme. Le nouveau centre administratif sera au 1010 de la rue Labelle, un édifice renuméroté pour devenir le 1000 rue Labelle. Commence alors l’intégration des nouveaux directeurs à l’équipe, le renouvellement de l’équipe de direction dans les écoles de l’ancienne commission scolaire, ainsi qu’une décentralisation des responsabilités et des budgets au niveau des écoles. On sera une des premières commissions scolaires d’écoles primaires à se doter d’un ordinateur pour gérer la taxation, les finances, et la paye. Jusque-là ce service était réservé exclusivement aux commissions régionales. 

J’allais oublier: durant cette période, mes services ont été prêtés au ministère de l’Éducation pour coordonner la réorganisation scolaire sur le territoire exproprié en vue de la construction de l’aéroport de Mirabel. Ce fut un travail de plusieurs mois, pour faire un portrait de la situation et des conséquences, afin d’amorcer une négociation avec le gouvernement fédéral. L’argent étant devenu disponible au niveau fédéral, nous avons dû amorcer des négociations difficiles avec le ministère de l’Éducation pour les dépenses. Cela nous a permis, entre autres, de construire un gymnase à l’école Saint-Stanislas de Saint-Antoine.

Une nouvelle équipe donne un nouveau dynamisme à la Commission scolaire.  Parmi ceux là je mentionne des commissaires: Jacques Ouimet, Thérèse Aubert, Bernard Vachon, Charles-E. Garneau, ancien président de la Commission scolaire Saint-Antoine, Pierre Haché, et aussi de nouveaux directeurs dynamiques, sœur Laflamme de Saint-Janvier, le frère Raymond Charrette de Saint-Antoine, pour n’en nommer que quelques-uns.

Il en était de même au niveau de l’équipe de direction. L’addition de Yves Rheault, futur président de Gaz Métro, Madeleine Perrault, future directrice du personnel chez Téléglobe, tous deux nouveaux diplômés de la Faculté d’administration scolaire de l’Université de Montréal, apporte un vent de changement qui n’est pas près de s’arrêter. 

C’est alors que s’est amorcé avec l’Université du Québec à Montréal une vaste enquête sur les perceptions du personnel et les attentes de la population. La mise en place d’un service de communication et, après quelques balbutiements, l’arrivée de Robert Soulières comme agent d’information. Il deviendra un auteur et un éditeur de renom en littérature jeunesse. La mise en place du service de communication me rappelle une anecdote intéressante: parmi les candidats retenus pour une entrevue se trouvait une certaine Madeleine Poulin, devenue plus tard une journaliste bien connue à Radio-Canada.

Une incursion au cégep de Saint-Jérôme

Durant la même période, je suis nommé au conseil d’administration du Cégep de Saint-Jérôme. Rapidement, je suis élu président de ce conseil d’administration. Ce fut un feu roulant de deux ans. Le cégep était en pleine construction à tous les niveaux; les postes de directeur général et des études étaient à renouveler, il fallait préparer les plans pour la construction de l’agrandissement du cégep, plus les débuts de la construction qui a souffert d’avoir été faite en même temps que la construction du stade olympique. Comme si ce n’était pas déjà suffisant, durant cette période, le directeur du personnel a été assassiné à Québec et nous avons vécu deux ou trois grèves des enseignants.

La « recherche action » 

Le directeur du Département de l’éducation à l’UQAM, Gérard Lucas, citoyen de Saint-Colomban, a amorcé avec nous la préparation d’un questionnaire qui fut soumis aux parents et à tout le personnel. L’université en a fait l’analyse et l’équipe, mise en place pour l’opération, a préparé un rapport qui, une fois publié, a fait l’objet de débats, lors de journées spéciales organisées, tant pour les parents que pour le personnel.

Cette enquête a fait ressortir la divergence des valeurs préconisées par les parents et les enseignants. Ce fut une occasion d’échanges et d’ajustements.

L’UQAM à Saint-Antoine

Durant la même période, on a ouvert un module de formation pour les enseignants dans l’école Saint-Stanislas à Saint-Antoine, afin de permettre au plus grand nombre de nos enseignants d’obtenir un baccalauréat sans avoir à se rendre à Montréal.

De fait, la grande majorité de notre personnel du primaire était diplômée de l’école normale de Saint-Jérôme et ne détenait que des brevets C ou B. Au secondaire, plusieurs avaient été recrutés, sans aucun brevet. On leur offrait donc une occasion de compléter leur formation.

L’Université de Montréal à Saint-Jérôme

De la même façon, se sont ouverts, sous l’impulsion de Rémi Lauzon et de Yves Archambault, futur directeur de la Commission des écoles catholiques de Montréal, des cours de formation sur l’évaluation des enseignements, un certificat de 30 crédits.

Vers l’intégration du primaire et du secondaire

Pendant toute cette période de changements, couvait un dossier important. Le leader, le docteur Lavigne, alors président de la Commission scolaire du Long-Sault, rêvait de recouvrer l’autonomie de sa commission scolaire, donc de gérer le primaire et le secondaire sur son territoire. Les gens de Lachute n’avaient jamais digéré la mise en place de la Commission scolaire Dollard-des-Ormeaux. Les polyvalentes Saint-Jérôme, Dumais ( à Saint-Antoine) et Lavigne ( à Lachute ) avaient été construites. On rêvait de faire disparaître la régionale.

C’était vers 1973, j’étais à la croisée des chemins. À la suite de mes sessions avec l’Institut de formation par le groupe, on m’offrait un poste à l’ACDI pour mettre en place, en Côte d’Ivoire, un poste de TV éducative en remplacement de monsieur Payette qui avait dû se retirer en raison de maladie. Après avoir décliné cette invitation, je deviens directeur général des deux commissions scolaires : la locale de Saint-Jérôme et la régionale Dollard-des-Ormeaux, avec au niveau régional un conseil de 32 commissaires! Une véritable petite assemblée nationale avec un but commun, le démantèlement de la régionale. Ce fut une dure année. 

D’abord il fallait gérer un déficit important, car à partir de la déclaration d’élèves faussée, la régionale se trouvait avec environ 40 enseignants de trop, avec des conséquences financières importantes. Dès le début de l’année, je rencontrai le syndicat afin de mettre en place des mesures pour éviter le choc d’une mise à pied massive, tout en préparant le démantèlement de la régionale, le partage du personnel et des actifs.

La collaboration des commissaires était totale; pour le syndicat, le démantèlement de la régionale était perçu négativement et il craignait la venue d’une nouvelle gestion. De la part du ministère de l’Éducation, la collaboration était tiède. Pour mener à bien l’opération, il fallait faire jouer toutes nos influences politiques. Jean-Pierre Joubert, embauché comme adjoint administratif à mon bureau durant cette année, dut passer une semaine à Québec avec l’aide de Jean-Paul L’Allier, alors ministre libéral, pour faire cheminer le décret à travers la machine gouvernementale et, enfin, obtenir le décret permettant le démantèlement officiel de la Régionale Dollard-des-Ormeaux.

Avec cette décision et la mise en disponibilité d’une quarantaine d’enseignants, ce fut le début d’une longue grève de plus de 40 jours de classe, de la fin d’avril au début de septembre de l’année suivante. Avec l’accord du ministère de l’Éducation, on procéda à la certification de tous les élèves à partir des notes de la fin d’avril et la promotion de tous les autres. L’objectif du syndicat était d’obtenir la sécurité d’emploi à Saint-Jérôme et, ainsi, établir un précédent pour la future convention collective.

Durant la même période, on a dû procéder au congédiement d’un enseignant pour trafic de drogue. La police avait fait embaucher un agent double à la polyvalente Saint-Jérôme pour mettre fin à ses activités illégales. Cet épisode malheureux n’a certainement pas aidé la réputation de la polyvalente ni de ses professeurs. 

Dur coup à encaisser aussi pour la centrale syndicale, la CEQ, le conflit leur coûta près de deux millions, car le syndicat avait payé les enseignants en grève. Cette grève fut suivie par ailleurs d’un long procès de 40 jours; le syndicat voulant être remboursé par la commission scolaire prétextant que nous aurions agi illégalement en congédiant les 40 enseignants.

Le procès fut préparé soigneusement par maître Denis Sirois, avec Yves Rheault.  J’avais mis la main sur la liste de paye du syndicat, une liste que nous avions produite en preuve. L’obtention de cette liste est une histoire en soi…

Une histoire dans l’histoire

Durant la grève, les leaders syndicaux décidèrent d’occuper nos bureaux administratifs du 1010, de la rue Labelle. Yves Rheault et moi, ne pouvant accéder à nos bureaux, décidâmes de nous rendre au bureau du syndicat alors situés tout près, sur la rue Laviolette. Les secrétaires du syndicat s’empressèrent de signaler notre présence à leurs supérieurs qui accoururent rapidement. Entretemps, nous avions pu mettre la main sur la liste de paye des syndiqués en grève.

En bout de ligne, les griefs syndicaux ont tous été rejetés. La décision a pris presque autant de temps à arriver que la durée du conflit, mais après 40 jours de grève et 40 jours de procès, le tribunal a tranché en faveur de la Commission scolaire. C’est la CEQ qui a encaissé le choc financier, puisqu’elle avait continué à payer les enseignants durant le conflit.

Une commission scolaire enfin regroupée

La fin de la grève coïncida avec l’intégration du primaire et du secondaire à l’intérieur de la Commission scolaire Saint-Jérôme. C’est le début de la dernière étape de mon séjour à la Commission scolaire Saint-Jérôme. Avec l’arrivée des directeurs du secondaire, il s’est développé une nouvelle dynamique : l’engagement d’un nouveau directeur à la polyvalente Saint-Jérôme, la nomination de Yves Archambault à Dumais, le rapatriement de Raymond Courtemanche au siège social, l’action ne manquait pas. Mais, ce qui a le plus marqué cette époque, ce fut, au niveau pédagogique, la mise en place d’examens régionaux au primaire et l’implantation d’une décentralisation très poussée au niveau des écoles et des services. 

De fait, les écoles de la nouvelle Commission scolaire Saint-Jérôme fonctionnaient un peu comme des écoles privées, avec leur budget, leurs comptes de banque, même la répartition des enseignants était décentralisée. En même temps, la participation des parents, qui avait été améliorée à partir de 1968, a continué à se développer avec la participation à l’engagement des nouveaux directeurs et la consultation obligatoire sur le budget de l’école. Le comité de parents, formé des présidents de chaque comité d’école, se réunissait tous les mois avec le directeur général et les directeurs de service au besoin et jouait un rôle très constructif. C’était presque des commissions scolaires au niveau des écoles.

La table des directeurs d’écoles jouait aussi un rôle très actif dans la préparation des budgets en collaboration avec des tables sectorielles au niveau de la pédagogie, des finances, du personnel, de l’informatique. De la même façon, les commissaires consacraient au moins une heure avant chaque assemblée à discuter en comités sectoriels des sujets à l’ordre du jour; trois comités dirigés par trois commissaires assistés des directeurs des services concernés étudiaient les dossiers relatifs à leurs comités et faisaient des recommandations au conseil des commissaires qui suivait. Les comités étaient les suivants : pédagogie, personnel, finances et équipement. Ces comités siégeaient en public tout comme le conseil des commissaires.

Durant ces dernières années, un dossier particulier fut celui de l’aménagement de l’ancienne école des métiers, au coin des rues Labelle et Bélanger, en centre administratif.

Deux autres dossiers méritent également d’être soulignés.

La fin des maternelles centralisées

D’abord la fermeture de la maternelle centralisée, projet unique au Québec dont j’ai hérité à mon arrivée. Une religieuse, sœur Claire Poissant, avait convaincu le conseil des commissaires de réunir tous les élèves de maternelle dans une même école, l’école Saint-Lucien, qui est aujourd’hui utilisée par l’hôpital de Saint-Jérôme comme clinique externe. Cette maternelle était devenue une curiosité nationale.

La principale objection aux maternelles centralisées était le transport des élèves provenant de tout le territoire. Dans certains cas les enfants passaient plus de temps dans l’autobus qu’à l’école! J’étais tout-à-fait d’accord pour dire que les inconvénients dépassaient de loin les avantages. 

On venait d’un peu partout au Québec pour la visiter. La directrice avait su vendre son projet et obtenir un soutien important de la part des parents. Retourner les maternelles dans les écoles de quartier fut une opération longue et difficile qui s’est échelonnée sur trois ans. C’est avec le renouvellement du personnel de direction des écoles de quartier, la venue des écoles des autres commissions scolaires, qui avaient intégré leurs maternelles, que l’opération s’est soldée avec succès, tout en continuant à offrir le transport en maternelle, peu importaient les distances. Cette mesure ne fut abolie qu’en 2016.

Un centre de formation stratégique

Le second gros dossier touche davantage la formation professionnelle. C’est le développement du centre de formation du transport routier (CFTR) un dossier qui a demandé beaucoup de travail et d’énergie. De fait, ce centre succédait à un centre de machinerie lourde mis en place pour former du personnel, entre autres, pour le projet de développement de la Baie James. On y avait vécu tous les problèmes de conflit de travail imaginables.

Malgré tout, grâce à l’acharnement de Maurice Toupin et des talents de négociateur de Jean Canac-Marquis, le centre a pris son envol pour devenir le centre par excellence pour tout le Québec. En 2016, la commission scolaire y investit 6,5 millions pour en assurer le développement.

Durant une certaine période, ce dossier mobilise autant d’attention que toutes les autres écoles réunies : conflit de relations de travail, négociation difficile avec le ministère de l’Éducation, et une ingérence politique pour l’achat du matériel roulant… 

Mon passage à la Commission scolaire Saint-Jérôme fut aussi marqué par mon implication à la Chambre de commerce et au Conseil régional de développement des Laurentides, deux organismes que j’ai eu l’occasion de présider et les contacts que j’y ai faits me seront très utiles dans le développement du dossier de l’Académie Lafontaine.

Tout en étant directeur général à Saint-Jérôme, je me suis aussi impliqué au niveau de l’association des directeurs généraux des commissions scolaires et du bureau régional du ministère de l’Éducation de Laval-Laurentides. Le directeur du temps avait accepté de la gérer d’une façon collégiale avec les directeurs généraux.

Incursion en radio

Avec, entre autres, André Métivier, Lucien Foisy, M. Hattem père, Gérald Lord, René Bédard, tous d’anciens collègues de la Chambre de commerce, je décide de me porter acquéreur du poste de la radio locale, une station de la bande AM alors en faillite. Dans la même aventure, nous acquérons aussi les postes de Sainte-Agathe et Rivière-Rouge. L’aventure fut de courte durée. Après deux ou trois ans, le groupe de Saint-Jérôme se retire et conserve la propriété du terrain où se trouvaient l’émetteur et des antennes. L’emplacement sera revendu ensuite pour pour y installer un concessionnaire Honda et un terrain de golf de neuf trous. Ce sera la fin de la radio AM à Saint-Jérôme.

Un apprentissage en France

En 1972, j’ai eu l’occasion de participer à un voyage d’études en France. Ce fut pour moi l’occasion d’être mis en contact avec le système d’éducation français. Un système sclérosé, avec des réformes votées depuis 20 ans toujours pas appliquées. Une bureaucratie obèse, le directeur de l’Académie que j’ai visitée utilisait deux avocats pour donner suite à son courrier. On parlait d’autonomie des écoles, mais tout était dirigé de Paris, autant par le ministère de l’Éducation que par les syndicats. On pouvait discuter une heure sur une soumission pour l’achat de papier hygiénique. La répartition du personnel était aussi une opération longue et difficile; on devait tenir compte des conjoints ou de l’humeur des maires entre autres. Il faut croire que la centralisation est un mal contagieux, quand on voit l’évolution du Québec. 

Ce qui m’a le plus frappé, c’est la scolarisation précoce des enfants faite par un personnel recruté pour ses capacités à s’en occuper. Ces mêmes individus, après avoir fait leurs preuves, pouvaient être intégrées au personnel des écoles. C’est, en fait, un modèle de formation en entreprise.

Des contacts à travers le Canada

Durant mon séjour à la commission scolaire, j’ai eu aussi l’occasion de prendre contact avec le système d’éducation des autres provinces en participant au congrès de l’Association canadienne de l’éducation dans les différentes capitales du Canada. Le système qui m’a le plus impressionné est celui de la Colombie-Britannique. La seule place où le travail dans des aires ouvertes fonctionnait. Les professeurs avaient été recrutés en Angleterre et avaient été formés pour travailler en équipe. De plus, ils étaient assistés par des aides pour s’occuper des besoins des élèves surtout de leur bien-être physique, propreté, sécurité, etc. Accomplir des tâches qui libèrent l’enseignant; voilà qui semble impossible au Québec où l’aide doit venir d’un autre professeur. Cette formule permet d’avoir des groupes plus nombreux et d’assurer le bon fonctionnement de ces groupes. Dès le début des années 1980, la Colombie-Britannique était déjà plus évoluée que le Québec. On y trouvait déjà beaucoup de femmes occupant des tâches réservées jusque-là aux hommes, par exemple dans la voirie. C’est beaucoup plus tard, que ce phénomène atteindra le Québec.

Ces voyages dans les provinces canadiennes furent aussi l’occasion de faire connaître nos réalisations et d’échanger avec des responsables d’éducation. Lors d’une dernière visite, alors que j’étais à l’Académie Lafontaine, j’ai été panéliste, à Régina, pour défendre le système de l’enseignement privé du Québec. Mes meilleurs supporters furent des commissaires d’écoles de la Rive-Sud dont les enfants fréquentaient des écoles privées. Un sondage fait dans la région de Deux-Montagnes, au cours des années 1980, arrivait à la conclusion que 75 % des enfants des commissaires et du personnel de la régionale fréquentaient des écoles privées.

Les échanges France Québec

Lors de mon passage à la Commission scolaire Saint-Jérôme, j’ai aussi eu l’occasion de vivre l’expérience des échanges franco-québécois. Durant quelques années, la commission scolaire a accueilli dans ses écoles primaires des professeurs français; en même temps, nos professeurs sont allés travailler en France. C’est durant ces échanges que j’ai eu l’occasion de recevoir un directeur d’académie durant une semaine à Saint-Jérôme. Ce qui fascinait le plus ce directeur était la culture américaine. Durant sa première fin de semaine au Québec, il en a profité pour visiter New-York.

De la même façon, j’ai eu l’occasion de me rendre en France pour deux semaines : une semaine à Paris et une autre dans la région de Nantes. Durant cette semaine à Paris, je me suis rendu compte de la fascination des Français pour …la culture américaine; c’était très voyant sur les Champs-Élysées. 

Les centres administratifs au fil des ans

Quand je suis arrivé à Saint-Jérôme, la commission scolaire de Saint-Jérôme avait ses bureaux dans l’école Prévost, dans des classes donnant sur le boulevard Grignon. La Commission scolaire régionale Dollard-des-Ormeaux, quant à elle, logeait alors au 300 rue Longpré.

Les bureaux de la Commission scolaire auraient pu aboutir sur la Place du curé Labelle, dans le Vieux palais de justice. Avec le regroupement des commissions scolaires de la région on devait trouver plus d’espace. La ville de Saint-Jérôme, qui avait déjà logé la commission scolaire, souhaitait que nous achetions le vieux Palais, situé en plein centre-ville. Un édifice patrimonial qui aurait été extrêmement couteux à rénover, et qui n’avait pas d’espaces de stationnement. Nous avons refusé. 

La commission scolaire avait aussi proposé à la ville de partager des bureaux dans un nouvel édifice situé près de la gare, et d’y partager des services informatiques, mais cette proposition a été refusée par la ville. C’est alors que deux possibilités sont offertes à la commission scolaire, réaménager la vieille usine de la compagnie Diva Shoe au 1000 rue Labelle, ou encore un édifice près du cégep, anciennement l’Imprimerie Saint-Jérôme, partiellement occupé par l’Écho du Nord, qui allait éventuellement être vendu au CÉGEP pour y installer le pavillon des Matériaux Composites, la commission scolaire avait alors choisit alors  le 1000 rue Labelle. 

À la fin des années 1970, les élèves logés au 995 Labelle, ancien édifice de l’École des arts et métiers, sont déménagés dans l’école Saint-Lucien. C’est alors que l’édifice a été rénové pour devenir le centre administratif de la Commission Scolaire Saint-Jérôme tel qu’on le connaissait jusqu’à l’abolition des commissions scolaires. L’édifice sert aujourd’hui à des fins admiistratives quelconques.

Quinze années marquantes

Ces 15 ans ont marqué l’histoire de l’éducation à Saint-Jérôme, comme je le soulignais en début de chapitre. 

Quant à moi, arrivé à Saint-Jérôme avec un fils de trois ans, à mon départ il en avait 17 et fréquentait le cégep. Notre deuxième fils était sur le point d’entrer au secondaire. Mon épouse, Yolande, avait profité du Cégep de Saint-Jérôme pour parachever ses études en sciences infirmières, qu’elle complètera plus tard par un baccalauréat.

J’ai passé ces 15 ans à apprendre et à entreprendre avec ma famille.

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