L’adjoint exécutif à la mairie de Saint-Jérôme a fait l’objet ces dernières semaines d’une enquête de la Ville à la suite de diverses allégations touchant son comportement ainsi que la description même de son travail.

Qu’en est-il? Un suivi laconique de la Ville de Saint-Jérôme qui confirme que « l’enquête est terminée et que les mesures appropriées ont été prises ».

Pour l’instant, la population ne saura rien de plus. L’enquête a-t-elle conclu que les gestes reprochés publiquement à M. Geraghty ont bel et bien eu lieu? Des mesures seront-elles prises à l’endroit de M. Geraghty? Ses fonctions seront-elles éclaircies?

L’administration municipale invoque la confidentialité d’un « dossier de ressources humaines » et n’entend pas fournir davantage d’informations. TopoLocal a demandé des informations supplémentaires en vertu de la Loi d’accès à l’information.

Saint-Jérôme avait confié l’enquête au Carrefour du capital humain, un groupe de services aux municipalités associé à l’Union des municipalités du Québec. Le mandat a été attribué à Danny Boudreault, un consultant en ressources humaines qui compte une trentaine d’années d’expérience dans le domaine municipal.

Un rôle contesté

Le rôle de Geraghty est contesté depuis des années. Il est permis de se demander si l’enquête s’est limitée aux incidents récents ou si elle pouvait s’étendre à l’ensemble de son travail depuis son arrivée en poste. La Ville de Saint-Jérôme a refusé de révéler à TopoLocal le texte exact du mandat confié à l’enquêteur.

En février, la mairesse Saint-Gelais avait dit souhaiter que l’enquête soit faite « rapidement » mais n’était pas en mesure de préciser d’échéance.

Des conseillères contre l’enquête

L’enquête avait été déclenchée le 16 février par un vote majoritaire du conseil municipal, à la suite d’une proposition de la conseillère Nathalie Lasalle. Les indépendants Johanne Dicaire et Benoit Beaulieu, de même que la majorité des conseillers de Vision Saint-Jérôme, avaient voté en faveur de l’enquête. Sophie Saint-Gelais, alors mairesse, n’a pas voté le soir de l’assemblée du conseil mais a confirmé à TopoLocal qu’elle était aussi favorable.

Le projet d’enquête s’est buté à l’opposition des conseillères Janice Bélair-Rolland, Chantale Lambert et Mylène Laframboise, qui ont voté contre la résolution. Toutes trois ont été invitées à expliquer leur opposition, mais seule Janice Bélair-Rolland avait répondu au courriel de TopoLocal. « Je ne pense pas qu’un article dans le journal est un élément valable pour mettre quelqu’un sous enquête », a-t-elle écrit, avant d’ajouter « j’ai confiance en notre administration et en son code d’éthique. On ne lave pas son linge sale dans les journaux. »

Mme Bélair-Rolland sera élue mairesse sous peu par ses collègues du conseil municipal, Mme Lambert prend l’intérim du parti Vision Saint-Jérôme et Mylène Laframboise a déjà été associée en affaires avec M. Geraghty et son intime. Le directeur général Yvan Patenaude avait affirmé deux jours plus tard que même si cette résolution n’avait pas été adoptée, il en aurait déclenché une par lui-même.

Les conseillères Chantale Lambert, Janice Bélair-Rolland et Mylène Laframboise se sont opposées à une résolution voulant que Saint-Jérôme fasse enquête sur Simon Geraghty.

Jusqu’à ce qu’il occupe son emploi à la Ville, Geraghty était directeur général du parti Vision Saint-Jérôme, le seul employé payé du parti. Stéphane Maher lui a confié le rôle d’adjoint exécutif au lendemain de son élection en 2013. Le contrat de Geraghty a été renouvelé en 2017 pour une période de quatre ans.

Son salaire annuel était d’un peu plus de 81 000$, une somme qui est indexée selon la même formule que les cadres municipaux. Il bénéficie aussi des mêmes bénéfices et avantages sociaux que les cadres, ce qui signifie que son poste représente une dépense de l’ordre de 100 000$ par an.

Le rôle de Geraghty

Le rôle de Simon Geraghty à la Ville de Saint-Jérôme a été maintes fois critiqué. Toujours dans l’ombre du maire Stéphane Maher, son adjoint exécutif était surtout un adjoint politique, voire presque, pour certains, son alter ego. Son rôle réel s’apparente beaucoup à celui d’un chef de cabinet. Or au Québec, la loi ne prévoit pas de chef de cabinet dans une ville qui, comme Saint-Jérôme, compte moins de 100 000 habitants.

Du côté de l’administration municipale, autant le directeur général Yvan Patenaude que la mairesse Sophie St-Gelais avaient bien tenté bien de dépeindre le rôle de Geraghty comme celui d’un fonctionnaire qui ne ferait pas de politique, mais leurs explications ne tiennent pas la route à la lumière de nombreux faits.

Ainsi, la plus récente médiatisation des interventions de l’adjoint de la mairesse fait suite à des allégations du journal Le Nord, qui affirme qu’il y a eu tentative d’ingérence de la part de Geraghty dans ses choix rédactionnels. Geraghty se serait apparemment plaint de voir Marc Bourcier faire la «une» de l’édition du 10 février, alors que la Ville avait une «historique» première mairesse. ( Le Nord a par ailleurs docilement réciproqué, avec une «une» montrant Sophie St-Gelais la semaine suivante, alors que la principale nouvelle concernait …Geraghty! )

C’est aussi Geraghty, par exemple, le 6 octobre 2017, qui avait approuvé un projet de communiqué soumis par Mario Fauteux, que Maher venait d’expulser en commettant une fraude électorale.

Toujours le 6 octobre 2017, c’est aussi Simon Geraghty qui, peu de temps après que Maher ait expulsé Fauteux et André Marion, a communiqué avec les conseillères Lasalle et Dicaire, reprenant la formule « bonne nouvelle – mauvaise nouvelle » de Maher. La mauvaise nouvelle c’était que Fauteux avait été expulsé pour sa prétendue proximité avec Marc Gascon en 2001. C’était aussi qu’André Marion avait manqué de respect envers le maire en n’étant pas d’accord avec lui dans certains dossiers.

Mais la bonne nouvelle, c’était la parité homme-femmes dans l’équipe politique du maire. Geraghty annonçait ainsi les candidatures de Sophie Saint-Gelais et Mylène Laframboise. Il est difficile de voir comment cet appel ferait partie du travail d’un fonctionnaire.

La question de la description de tâches de Geraghty a même été soulevée par la procureure d’Élections Québec au procès de Maher: elle avait demandé à l’ex-maire s’il faisait partie des tâches de Geraghty d’autoriser les communiqués en lien avec son parti politique. Maher avait ajouté à sa longue liste de demi-vérités en répondant: « Ça fait partie des fonctions de M.Geraghty de répondre aux demandes d’un conseiller municipal. »

De plus, Geraghty, selon les allégations de l’homme d’affaires jérômien Francis Gagnon, serait allé le visiter à l’automne 2020 en le menaçant de subir des problèmes de la part de la Ville parce que Gagnon avait accueilli dans ses locaux Marc Bourcier, un ennemi politique du régime Maher, pour tenir une conférence de presse. La nouvelle avait été révélée par la station radio CIME en janvier. Geraghty n’a pas retourné les appels de la station radio.

Au moins trois témoignages de citoyens qui ont eu affaire à lui ces dernières années nous ont permis de constater que le ton et la manière de s’adresser aux citoyens de M. Geraghty n’était ni courtoise ni polie.

Enfin, TopoLocal a été en mesure de constater que Geraghty est intervenu personnellement auprès de la conseillère Nathalie Lasalle à la fin de 2017, en lui demandant de ne pas «aimer» les propos des ennemis politiques sur les réseaux sociaux, en lui précisant que s’occuper des ennemis politiques de Maher était le coeur de sa job. « Le nerf de la guerre c’est l’information, on veut savoir ce que l’opposition va dire, on veut savoir ce à quoi ils réfléchissent », avait alors ajouté Geraghty, qui s’inquiétait aussi de voir Nathalie Lasalle parler à des journalistes ou à des personnes qu’il considérait comme des « ennemis » politiques.

C’est donc dire que lorsque Sophie St-Gelais et Yvan Patenaude ont tenté de dire que Geraghty est un simple fonctionnaire et d’expliquer son poste par le besoin d’une sorte de trait d’union entre les citoyens et l’appareil municipal, leurs affirmations étaient fort discutables.

Considérer Geraghty comme un trait d’union apolitique entre le conseil et les citoyens fait abstraction que la Ville a déjà un service des communications, auquel s’ajoute une équipe de plusieurs personnes affectées à la Centrale du citoyen, ainsi qu’un directeur général adjoint chargé des relations avec les citoyens en la personne de Michel Therrien.

On serait porté à croire que tout cet appareil suffirait à favoriser des échanges non-partisans entre la Ville et ses citoyens. D’autant plus qu’il s’y ajoute aussi treize élus, dont les salaires totalisent plus de 600 000$ annuellement, dont c’est également le devoir.

Un rôle politique pourtant admis indirectement par les tribunaux

Au Québec, la Loi des cités et villes prévoit du personnel politique à la disposition des élus pour les villes de 100 000 habitants et plus. On prévoit même un cabinet politique pour tout parti dit d’opposition qui obtient 20% ou plus des votes, avec des budgets en conséquence.

Dans les villes de 100 000 habitants ou moins, la loi est muette, ce qui fait dire à plusieurs que le maire de Saint-Jérôme ne devrait pas avoir de chef de cabinet ou même, pour utiliser l’appellation utilisée à Saint-Jérôme, un adjoint exécutif.

Stéphane Maher s’était donc donné en 2013 l’équivalent d’un chef de cabinet, mais n’a évidemment pas offert de budget semblable aux partis d’opposition.

Si l’esprit de la loi semble bien clair, son application est toute autre. Les tribunaux ont d’ailleurs statué que la loi n’interdit pas cette embauche, à condition qu’elle soit approuvée par une résolution du conseil. Ce qui a bel et bien été le cas à Saint-Jérôme.

Si l’intention des législateurs était de limiter les chefs de cabinet aux villes de 100 000 personnes et plus, ils ont laissé une ouverture béante dans la loi. Telle que la loi est écrite, le poste de Geraghty est tout à fait conforme. Il faut alors s’en remettre à la démocratie et au jugement des électeurs, ont d’ailleurs dit les tribunaux.

Dans une décision de 2011 dans Le directeur général des élections du Québec c. Camirand, la juge Danielle Michaud de la Cour du Québec écrivait d’ailleurs: « La nature même de cette fonction est partisane. On peut être inconfortable avec cela, car il n’y a pas d’imputabilité pour le personnel politique. Il y a longtemps que ce type de travail existe et la complexité de la vie moderne ne va vraisemblablement pas entraîner sa disparition. » Plus loin, la juge Michaud ajoute: « J’ai tout à fait confiance au processus démocratique et au bon sens des gens des petites villes tout autant qu’aux grandes. Les citoyens sont tout à fait capables d’aller se plaindre aux réunions du conseil s’il prenait la fantaisie à ce dernier d’engager du personnel politique sans mesure. »

Le ministre des Affaires municipales du Québec de l’époque, le libéral Laurent Lessard, s’était dit surpris du jugement, qui devait être examiné par le ministère de la Justice. Le Parti québécois, alors dans l’opposition, avait demandé au gouvernement de Jean Charest de porter le jugement en appel, affirmant qu’il venait de se créer un trou dans la loi.

Il est à noter que le projet de loi 49 de l’actuelle ministre Andrée Laforest, qui se veut pourtant un pas en avant pour l’éthique, ne fait aucune mention de cette ambiguïté.

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Comments to: Le rôle obscur de Simon Geraghty: la Ville de Saint-Jérôme refuse de révéler les conclusions de l’enquête
  • 28 mars 2021

    Oufff, à quand Saint-Jérôme pourra faire bonne RÉPUTATION.

    Une tutelle aurait été la solution de ce qui se passe à ce conseil de ville.

    La CAQ dort sur sa gouverne de dictature et refuse d’intervenir dans ce dossier.

    Ce parti (Vision Saint-Jérôme) et les conseillers indépendants méritent de prendre la sortie dans l’intérêt des citoyens.

    J’ai honte de mes dirigeants, j’ai confiance aux employés car ils sauront tenir le fort malgré cette tempête.

    En terminant, protégeons le Lac Jérôme pour en faire une belle plage municipale pour les jeromiens.

    Répondre

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